Revue de presse

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« Viens on va tout brûler » : ils avaient préparé des explosifs artisanaux à Rennes, trois jeunes interpellés en marge de la manifestation du 17 octobre

Le Télégramme · 22/10/2026 · ← revue

Samedi 17 octobre, en marge de la manifestation contre la vie chère à Rennes, deux jeunes hommes de 19 ans et un âgé de 20 ans ont été interpellés vers 17 h devant la préfecture de région, située contour de la Motte : ils circulaient à bord d’une voiture dans laquelle se trouvaient une « bouteille d’eau en plastique fondu », mais aussi « quatre bouteilles » qui contenaient « des boulettes d’aluminium » et une « bouteille d’acide chlorhydrique ». Un couteau Opinel a aussi été retrouvé et l’un des jeunes portait sur lui une « cagoule noire intégrale ».

« Viens on va manif, tout brûler »

Deux policiers ont même déclaré qu’un « projectile » à base de ces « substances explosives artisanales » avait « explosé à proximité » d’eux. Les trois jeunes ont convenu qu’une bouteille avait effectivement explosé, mais « à l’intérieur » de la voiture… Ils ont déclaré en garde à vue qu’ils étaient venus à Rennes pour « s’amuser entre potes » ce samedi 17 octobre 2026 et « faire du bruit dans une rue où il n’y avait pas trop de monde ». « Viens on va manif tout brûler », indiquait pourtant un message retrouvé sur leurs téléphones.

Ces trois jeunes, qui vivent tous chez leurs parents à Liffré (35), devaient dans ces circonstances être jugés en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Rennes ce mercredi 21 octobre 2026 : ils devaient répondre de violence sur un fonctionnaire de la Police nationale, mais aussi de transport et détention de produits incendiaires ou explosifs.

Un des jeunes connu de la justice

Mais, comme la loi l’autorise, ils ont tous sollicité un délai pour préparer leur défense. Dans l’attente de cette nouvelle audience mi-décembre, la procureure de la République avait requis leur placement en détention provisoire car elle craignait un « risque de renouvellement de l’infraction » dans la perspective des « manifestations à venir ».

Sur le plan judiciaire, les trois prévenus sont quasiment inconnus de la justice : seul l’un des jeunes, âgé de 19 ans, a déjà été condamné en Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) en juillet 2026 pour des infractions liées aux stupéfiants.

Sur le plan professionnel, l’accusé de 20 ans est en contrat à durée indéterminée (CDI) dans une entreprise de « machines de levage » à Liffré, le troisième protagoniste est employé à l’agence de location du Super U de Châteaubourg et le premier connu de la justice suit un apprentissage en « mécanique automobile » au centre de formation des apprentis (CFA) de Ker Lann, à Bruz.

Il était donc « absolument nécessaire » de « déposer » le « bagage d’émotion extrêmement fort » suscité par « les scènes de pillage et de casse » pour « analyser objectivement et spécifiquement » leurs situations, avait insisté l’une des avocates du jeune salarié en CDI.

Une « logique de répression » dénoncée par leurs avocats

Me Zoé Vandaële était d’ailleurs « effarée » par l’appel du ministre de la Justice Gérald Darmanin à requérir la « détention provisoire systématique » dans ces dossiers. « Ce n’est pas la lettre du texte », s’était-elle indignée.

Un « contrôle judiciaire strict » était donc suffisant pour ce « gars bien » venu à Rennes « par pure curiosité », trouvait son autre avocate. « Il a été dit à plusieurs reprises au cours de la procédure qu’il s’agissait de « bombes d’acide », mais ce n’est absolument pas le cas : c’est ce que les médias appellent « le pétard du pauvre » », avait tenu à préciser Me Juliette Beigelman. « La détention provisoire serait l’illusion d’une réponse ferme et adaptée », en avait-elle déduit.

L’avocate d’un des autres accusés, Me Dimitra Mary, avait elle aussi fustigé les réquisitions « disproportionnées » de la procureure de la République qui « répondent à une logique de répression » face à « l’amateurisme de ces trois-là ».

Le tribunal correctionnel de Rennes a finalement placé les trois prévenus sous contrôle judiciaire : ils auront l’interdiction de se rendre à Rennes, de participer à toute manifestation, de se contacter et de porter une arme d’ici la prochaine audience. Ils devront aussi pointer une fois par semaine à la gendarmerie et respecter un « couvre-feu » de 20 h 30 à 6 h en semaine et de 16 h à 6 h le week-end.