Présidentielle 2027 : Edouard Philippe et Gabriel Attal à la peine après les violences du 17 octobre

Par Ulysse Legavre-Jérôme, Grégoire Poussielgue
Après le fiasco du 17 octobre, Edouard Philippe et Gabriel Attal tentent de ne pas couler avec le bateau présidentiel. Eclipsés par la crise sociale et politique qui polarise le pays, et confrontés à un vent de dégagisme après un décennat d'Emmanuel Macron, les deux anciens Premiers ministres et candidats à l'Elysée s'efforcent plus que jamais de se démarquer du chef de l'Etat pour sauver leur campagne. « Ce qui s'est passé ce week-end et la vacuité de la réponse présidentielle fait du mal à tout le bloc central », note le sénateur Horizons Loïc Kervran. Un premier sondage publié mardi par l'Ifop pour LCI Sud Radio et « Le Figaro » illustre les dégâts. A six mois du scrutin suprême, Jean-Luc Mélenchon obtient son ticket pour le second tour dans presque tous les cas de figure et Marine Le Pen atteint des sommets. Edouard Philippe et Gabriel Attal enregistrent, eux, une nouvelle chute, plombés par la fin de règne crépusculaire d'Emmanuel Macron. « Les Français ne veulent plus voir tous ceux qui ont touché, de près ou de loin, au président sortant », lâche un ancien ministre.
« Décision pas la plus opportune »
C'est pourquoi les deux candidats ménagent de moins en moins le chef de l'Etat. « La décision du président de la République de quitter le territoire, à ce moment-là, n'était pas la plus opportune », a enfoncé Edouard Philippe, ce mercredi, sur France 2, alors qu'Emmanuel Macron est parti dans le Golfe au lendemain des manifestations qui ont tourné aux émeutes. Une seconde salve après avoir sous-entendu, dimanche, que le pays n'était plus « commandé », actant définitivement le divorce avec un pouvoir impopulaire auquel il ne veut plus être associé. « Dans une telle crise, on ne quitte pas la France. Emmanuel Macron donne le sentiment de fuir les Français », note un ancien ministre. Moins sévère cette fois-ci sur le chef de l'Etat - « on ne tire pas sur l'ambulance », assure un proche - Gabriel Attal rappelle ses propositions très fermes pour lutter contre ce type de violences. Certaines sont anciennes, d'autres répondent à la situation. Pêle-mêle, depuis le début de la semaine, il s'est prononcé en faveur de la mise en place de militaires pour protéger les bâtiments publics, ce qui libérerait des membres de forces de l'ordre, pour l'interdiction ciblée et temporaire des réseaux sociaux ou pour une utilisation accrue de la reconnaissance faciale. Comme d'autres responsables, il souhaitait la mise en oeuvre de l'état d'urgence. Surtout, il n'oublie jamais de souligner qu'il aurait géré la crise différemment, rappelant qu'au moment de la crise agricole, qu'il avait dû gérer en arrivant à Matignon, il était tout de suite allé sur le terrain. Exactement ce que ne font ni Emmanuel Macron, ni Sébastien Lecornu, qui s'est contenté d'une visite rapide aux forces de l'ordre samedi soir. Surtout, le candidat Renaissance tente d'afficher sur le régalien une ligne plus ferme que celle qui a prévalu depuis dix ans sous Emmanuel Macron, histoire de prouver qu'il l'a jugée trop faible. « Dans toutes les fonctions qui ont été les miennes, j'ai montré une ligne particulière sur ces sujets », a-t-il estimé en début de semaine sur BFMTV. Le candidat est remonté à ses premières fonctions ministérielles (secrétaire d'Etat à la Jeunesse) pour rappeler qu'il a porté le SNU (Service national universel), qu'il a essayé de restaurer l'autorité à l'école ou qu'en arrivant à Matignon il a martelé le « tu casses tu répares ».
Propositions inaudibles
Malgré de très nombreuses propositions depuis le début d'une campagne rythmée par les crises, les deux anciens locataires de Matignon semblent inaudibles. En plus de l'héritage du macronisme, le trop-plein de candidatures au centre et à droite expliquerait leur difficulté à imprimer dans le débat, veut croire un poids lourd de la campagne du maire du Havre. « Le plus important, c'est d'abord d'avoir un candidat unique », affirme ce dernier, alors qu'Edouard Philippe et Gabriel Attal se sont donnés jusqu'à février pour se rassembler. Si l'échéance est jugée beaucoup trop tardive par beaucoup face au rouleau compresseur du Rassemblement national (RN) et de La France insoumise (LFI), certains voient dans cette crise l'opportunité pour les deux hommes de se rapprocher dès maintenant. La logique sondagière voudrait que cela soit derrière Edouard Philippe, le Havrais étant à ce stade le favori au centre et à droite dans les enquêtes d'opinions. Mais Gabriel Attal, persuadé de pouvoir renverser la vapeur ces prochains mois, voit les choses autrement et entend faire campagne au moins jusqu'à la fin de l'année. D'autant que si Edouard Philippe a toujours une longueur d'avance, il baisse plus fortement dans les sondages. « La campagne de Gabriel Attal ne prend pas, mais la nôtre a de grandes difficultés », concède un élu philippiste. Le paradoxe est qu'Edouard Philippe comme Gabriel Attal auraient besoin d'afficher des ralliements pour relancer leur campagne. Mais leur manque de dynamique n'incite pas les élus du centre et de la droite à les rejoindre. La crise vient semer un peu plus le trouble. « Elle installe le match entre le RN, parti de l'ordre, et LFI, favorable aux manifestants. Et au milieu le bloc central disparaît », note un attaliste.