Il gagne 2 800 € par mois : le profil surprenant d’un jeune condamné après les pillages du 17 octobre à Rennes
Un jeune homme de 22 ans avait été interpellé une première fois ce samedi 17 octobre 2026 vers 18 h 50 : il avait en sa possession une paire de lunettes à 1 695 € provenant du magasin Alain Afflelou situé rue de Nemours à Rennes. Lors de sa garde à vue, le prévenu avait expliqué les avoir trouvées par terre sur la place de la République alors que « la foule » était en train de distribuer des « objets saccagés » en marge de la manifestation.
« Vous souffrez d’un déficit visuel ? », lui demande donc d’emblée la présidente du tribunal correctionnel de Rennes, devant lequel il était jugé en comparution immédiate pour recel ce mardi 20 octobre 2026. « Non », répond le prévenu. « Alors pourquoi vous prenez ces lunettes ? », déroule la magistrate. « J’ai trouvé ça tentant », essaie de se justifier l’accusé, qui pense avoir agi « comme un mouton » face à un « mouvement de foule ». Il assure toutefois qu’il n’avait « absolument » pas l’intention de revendre les lunettes.
Des lunettes de luxe puis 5 000 € d’électroménager ramassés
Relâché par les policiers qui lui avaient demandé de « rentrer chez lui », ce dernier avait pourtant été de nouveau interpellé à 1 h 45, ce dimanche 18 octobre 2026, au volant de sa voiture… remplie d’objets électroménagers en provenance du magasin Boulanger de la dalle du Colombier. Les policiers avaient ainsi retrouvé une cafetière, des écouteurs sans fil, un gaufrier ou encore un ordinateur pour un montant total de 5 000 €.
Là encore, l’homme de 22 ans explique ses actes par « l’effet de groupe » : il avait décidé de sortir en ville à 23 h avec trois amis pour « voir le rendu de la manifestation » et avait alors vu des objets « dans les buissons » sur la dalle. « Vous alliez revendre ces objets ? », l’interroge la procureure de la République. « En aucun cas », certifie le prévenu qui voulait en faire un « usage personnel ».
Trois emplois et « pilier de la famille »
« J’ai envie de vous dire : « Quel gâchis monsieur… » Qu’est-ce que vous êtes allé vous mettre dans ce bourbier ? », souffle la présidente. Sur le plan professionnel, l’accusé cumule en effet trois emplois qui lui rapportent « 2 700 à 2 800 €» mensuels. Son père le décrit même comme « le pilier de la famille ». Il aide financièrement ses parents et s’occupe de son « moyen frère » autiste.
Et, sur le plan pénal, son casier judiciaire ne faisait jusqu’alors état d’aucune condamnation, même s’il a fait par le passé l’objet de procédures pour port d’arme, recel et violences sur personne chargée de mission de service public. « Ce sont des faits qui ne me ressemblent pas : je ne suis pas un petit délinquant de cité », insiste le jeune homme. « Je vous sens sincère dans vos déclarations mais je répète que c’est un énorme gâchis », maintient la présidente. « Pour ma conscience, je demande à rembourser », a ajouté le prévenu bien qu’aucun des deux magasins ne se soit constitué partie civile dans ce dossier.
L’avocate de la défense a ainsi souligné le « véritable choc » vécu par son client, qui avait été incarcéré ce lundi 19 octobre 2026 dans l’attente de l’audience. « Vous pouvez être certains qu’il ne recommencera pas », avait dit Me Margaux Drahonnet pour rassurer les juges. Il ne fallait pas « le condamner en répression du contexte extrêmement tendu » dans le pays, insistait-elle. « On ne juge pas aujourd’hui les milliers de personnes qui ont commis des dégradations, on le juge lui », avait-elle appuyé pour réclamer une peine « individualisée ».
« Je n’ai aucune certitude qu’il ne recommencerait pas »
Reste que le jeune homme a « profité » pour « quelques minutes de plaisir personnel » du « malheur des commerçants qui ont vu leur vie ruinée en quelques instants », avait fustigé la procureure de la République. Le magasin Alain Afflelou a précisément subi « 280 000 €» et Boulanger « 60 000 €» de préjudice, en a-t-elle rappelé. « Si la situation se représentait aujourd’hui, je n’ai aucune certitude qu’il ne recommencerait pas », s’était inquiétée la magistrate.
La représentante du parquet avait donc requis à l’encontre de ce jeune « opportuniste » quatre mois de prison ferme et quatre mois supplémentaires assortis d’un sursis probatoire, avec l’obligation de travailler et de payer les « sommes dues au Trésor public ». Le prévenu devait aussi, de son point de vue, effectuer un travail d’intérêt général (TIG) de « deux semaines », régler une amende de 1 000 € et être interdit de fréquenter la dalle du Colombier pendant trois ans. La partie ferme de sa peine devait enfin être aménagée sous la forme d’un bracelet électronique. Le tribunal correctionnel de Rennes a finalement suivi en tous points ces réquisitions.
Un autre jeune placé sous contrôle judiciaire
Une seconde affaire en lien avec les heurts qui ont fait suite aux manifestations de samedi était également programmée ce mardi 20 octobre 2026 : un jeune de 20 ans devait être jugé pour « violences » sur des gendarmes et « dissimulation volontaire du visage sans motif légitime lors d’une manifestation », commis le dimanche 18 octobre 2026. Mais, comme la loi l’autorise, il a sollicité un délai pour préparer sa défense.
En attendant l’audience, prévue mi-décembre 2026, cet étudiant en « deuxième année d’archéologie » à Rennes a été placé sous contrôle judiciaire : il a notamment l’interdiction de se rendre sur les places Sainte-Anne et de la République et de participer à toute manifestation