Présidentielle 2027 : pourquoi faire campagne ?

Par Philippe Besson
Pourquoi faire campagne puisque Marine Le Pen va être élue dans un fauteuil ? Les émeutiers décérébrés et embrigadés du 17 octobre se sont chargés de faire grossir son pactole électoral, elle qui avait déjà gagné trois points la semaine dernière dans les sondages. A ce rythme-là, on n'aura même pas besoin d'un second tour. Il faut dire, elle est formidable, Marine. Pleine de bon sens. Franche du collier aussi, pas langue de bois, pas comme tous ces politicards. Avec cette autorité qu'on trouve (et qu'on aime) chez les patronnes de bistrot, par exemple. Elle comprend les difficultés des pauvres gens, d'ailleurs c'est bien simple, elle va diviser le prix de l'essence par deux. Et puis elle aime les chats. Et les homos ! Vous n'avez qu'à regarder son entourage. Formidable, vraiment. Du coup, on a hâte qu'elle soit présidente. D'autant plus que, ces derniers jours, on a commencé à avoir une idée assez précise de ce que sera son (premier) quinquennat.
Tout glisse
L'Ukraine ? On arrête de la soutenir. Ça va bien, maintenant. Ça coûte trop cher. On n'a plus les moyens. Encore plus de gens vont mourir ? L'Europe sera prise pour cible ? Poutine va pavoiser et s'essuyer les pieds sur nous ? Oui, d'accord. Mais est-ce si grave ? De toute façon, on est très injuste avec Vladimir. C'est réellement quelqu'un avec qui on peut s'entendre. D'ailleurs, il a été le banquier du parti, c'est dire si on peut compter sur lui. La Constitution ? On s'assoit dessus. On ne va pas se gêner. Elle est si dépassée et si tatillonne. Les juristes s'étouffent ? On s'en fiche. Le président du Conseil constitutionnel fait la leçon ? Qu'il parte, et fissa ! Ah, il est inamovible ? Encore une extravagance inventée pour faire taire le peuple, le vrai. Du reste, c'est très ennuyeux, cette histoire d'Etat de droit. Il y a tellement de pays qui s'en passent. Pourquoi pas nous ? Les juges ? On les conchie quand ils nous condamnent, on les presse quand ils sont trop lents, on les ralentit quand ils nous menacent d'un bracelet électronique. On devrait d'ailleurs les mettre au pas, puisqu'ils sont tous rouges. Les journalistes ? On leur conseille de porter des gilets pare-balles. Parce qu'ils sont quand même insupportables, ces scribouillards qui cherchent la vérité et demandent des comptes. Le budget ? Bon, on s'est un peu emmêlé les pinceaux dans les milliards, on a un peu abusé des tours de passe-passe et distribué des tonnes de cadeaux, mais ce qui compte, c'est qu'on a pointé les têtes de Turc qui piquent notre pognon et tapé sur les immigrés qui mangent le pain des Français. Et que les électeurs, ces benêts, n'y ont vu que du feu. Alors, bien sûr, pour les mois qui précèdent son triomphe, cela fait de Marine une capitularde et une illibérale, cela rappelle qu'elle est une délinquante et une incompétente, mais quelle importance ? Puisque tout glisse. Et quand elle aura le pouvoir, elle s'occupera des grincheux, faites-lui confiance. Sinon, on peut aussi se méfier des sondages. Et se souvenir qu'une campagne, cela sert parfois à déjouer les pronostics.