Revue de presse

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Violences du 17 octobre : comment le respect de l'ordre fait irruption dans la campagne présidentielle

Les Échos · 19/10/2026 · ← revue

Par Ulysse Legavre-Jérôme, Anne Feitz, Hadrien Valat

Encore sonné par les scènes de violences de ce week-end, l'exécutif essuie une salve de critiques de la part des candidats à la présidentielle. A six mois du premier tour, les prétendants à l'Elysée se sont tous précipités pour réagir à cette crise qui sera sans aucun doute un marqueur de la campagne. « On a tous en tête l'affaire Papy Voise en 2002 », note un conseiller d'Edouard Philippe. L'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron a été particulièrement sévère à l'égard du chef de l'Etat. « J'aurais préféré, comme des millions de Français, des décisions et des initiatives permettant le retour à l'ordre et le rétablissement de l'autorité de l'Etat », a-t-il déploré sur X à l'issue de l'allocution du président de la République dimanche soir. Avant de porter le coup de grâce : « Notre pays a besoin d'être commandé. »

« Question civilisationnelle »

Un nouveau témoignage de la volonté d'Edouard Philippe - pourtant à Matignon pendant la crise des « gilets jaunes » - de prendre un maximum de distance avec Emmanuel Macron et son bilan. Il avait déjà appelé à sa démission au lendemain de la chute du gouvernement Lecornu I en 2025. « S'il est jugé comptable de l'action du gouvernement, il ne sera pas élu », justifie un proche du Havrais, dont la mise en place de peines planchers et l'utilisation de la reconnaissance faciale lors des manifestations figurent au programme. Ciblant moins Emmanuel Macron personnellement qu'une « faillite » plus générale de l'exécutif, Gabriel Attal a, de son côté, plaidé pour un recours temporaire à des forces armées. « On est dans une question civilisationnelle », est allé jusqu'à déclarer ce lundi sur RTL le secrétaire général de Renaissance. L'ancien Premier ministre, qui a aussi évoqué la possibilité de suspendre les réseaux sociaux lors d'éventuelles futures émeutes, n'a pas fermé la porte à la proposition de Bruno Retailleau de décréter l'Etat d'urgence. Le candidat des Républicains fait du recours à ce régime d'exception appliqué au lendemain des attentats terroristes en 2015 une nécessité. « Ma crainte c'est que l'on tape trop peu et trop tard », a déclaré Bruno Retailleau ce lundi, jugeant « insuffisants » les couvre-feux partiels annoncés par Sébastien Lecornu. Sans apporter de preuve, l'ancien ministre de l'Intérieur a aussi établi « un lien entre une immigration massive qui crée des désordres sécuritaires et ce qui s'est passé ce week-end ». Il avait affirmé la veille qu'Emmanuel Macron apparaissait « totalement dépassé, incapable d'opposer la force de l'Etat à la chienlit qui menace la République ».

« Un joli coup de communication »

Une critique qu'on retrouve au Rassemblement national, qui n'a pas manqué de se poser comme la seule alternative capable de résoudre la crise sécuritaire. « S'il accède au pouvoir […] le RN entend rétablir la sécurité et l'ordre par tous les moyens légaux », a déclaré Jordan Bardella, le président du parti à la flamme, lors d'une conférence de presse baptisée « Face au chaos, la France en ordre ». Profitant de l'occasion pour faire oublier au passage les accusations d'écrits antisémites qui empoisonnent ses sorties depuis trois semaines, celui que Marine Le Pen a désigné comme son futur Premier ministre a rappelé les recettes traditionnelles du RN : le tout sécuritaire, la fin du « laxisme judiciaire », la réaffirmation du principe du « casseur-payeur », l'expulsion des étrangers délinquants - sans oublier d'établir un lien avec l'immigration. Dimanche, Marine Le Pen avait, elle aussi, frappé fort en diffusant, deux heures avant l'intervention prévue d'Emmanuel Macron, une allocution solennelle, au ton grave et au style très présidentiel, tirant à boulets rouges sur le « pouvoir macroniste à bout de souffle, épuisé, désorienté », « un pouvoir finissant ». « Un joli coup de communication… », commente le politologue Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof.

Jean-Luc Mélenchon sur un fil

Surfant sur la colère des Français, mais sans aborder spontanément le fond de leurs revendications, les dirigeants du RN ont aussi attaqué La France insoumise (LFI), l'accusant d'avoir pour « bras armé » l'ultragauche violente. En appelant, ce lundi, Jean-Luc Mélenchon et ses élus à « sortir de l'ambiguïté et à dire s'ils se trouvent […] du côté des honnêtes gens ou du côté de l'insurrection et de la guerre civile », Jordan Bardella a voulu poser, par contraste, le RN comme le parti de « la souveraineté et de la démocratie respectée ». Mis en cause de toute part, notamment par le gouvernement qui l'a accusé d'encourager les fauteurs de troubles et l'a sommé de choisir « son camp », Jean-Luc Mélenchon joue une partition de funambule. Pas question de se désolidariser de la grogne populaire. Mais pas question, non plus, d'être associé aux images de pillages qui ont tourné en boucle sur les chaînes info. Il a donc d'abord assuré que « ceux qui partagent notre combat n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage ». Tout en rejetant l'entière responsabilité des événements sur la stratégie de « pourrissement » qu'entretiendrait à dessein l'exécutif, avec son « incompétence dans la technique du maintien de l'ordre » et sa « violence aveugle pour essayer de faire peur à tout le monde ». Plutôt que de se focaliser sur les violences en marge des cortèges, Jean-Luc Mélenchon a voulu se faire le porte-voix des revendications des centaines de milliers de personnes qui ont défilé dans le calme samedi : « Répondez à la vie chère - blocage des prix -, répondez aux jeunes gens en leur mettant 10 milliards, supprimez Parcoursup, et répondez à la détresse des malheureux dont les boutiques ont été pillées. »

Deux visions de la gauche

Comme Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann a suspecté le gouvernement de jouer le « pourrissement ». Le point commun, dans leurs réactions, s'arrête là. Bien plus remonté, le candidat de Place publique s'est dressé contre les « hordes » de pillards. Et s'est inquiété que ceux-là puissent transformer le pays « en jungle ». Une sémantique peu fréquente à gauche. L'eurodéputé s'est fait, ce lundi matin sur RTL, le héraut de « l'ordre » et de la « tranquillité publique ». Contre « le sentiment d'impunité », il faut « agir de manière extrêmement ferme » et « traquer » les responsables de violence, a-t-il dit, appelant, en parallèle, le gouvernement à donner des réponses concrètes aux manifestants pacifiques. Deux réactions pour deux visions de la gauche : Raphaël Glucksmann impose ainsi un peu plus son duel avec Jean-Luc Mélenchon, qu'il accuse de « mise [r] sur le chaos depuis des années ». Invités par Sébastien Lecornu à se rendre à Matignon, les leaders des différents partis n'ont pas encore tous fait connaître leur réponse. « Emmanuel Macron nous convoque à Matignon comme des enfants au tableau à l'école », s'est de son côté agacé l'écologiste Marine Tondelier. Ni Marine Le Pen ni Jordan Bardella ne devraient s'y rendre.

Anne Feitz, Hadrien Valat et Ulysse Legavre-Jérôme