Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Contre les violences du 17 octobre, les élus ont appelé à « faire bloc » lors des rassemblements devant les mairies

Le Monde · 19/10/2026 · ← revue

Un peu partout en France, des rassemblements se sont tenus, lundi 19 octobre, à l’appel de l’Association des maires de France. L’objectif : être solidaires de la vingtaine de villes qui ont connu, samedi, des violences et des pillages. « Ces attaques graves portées contre les institutions démocratiques constituent un vrai risque pour toute la nation », s’alarmait l’association, dimanche. Certes, tous les maires ne l’ont pas fait. A Cachan (Val-de-Marne), par exemple, ville où la tension a été forte, on y a renoncé. La maire, Hélène de Comarmond (socialiste), a jugé qu’elle ne pourrait pas « assurer la sécurité des participants ». A Bagnolet (Seine-Saint-Denis), le maire, Edouard Denouel (écologiste), s’y est refusé, considérant, selon son entourage, que « le mot d’ordre ne correspond[ait] pas à la réalité de la situation », sans vouloir en dire davantage. A Paris, en revanche, les rassemblements se sont tenus devant les mairies d’arrondissement ainsi que sur le parvis de l’hôtel de ville. Aux côtés de plusieurs de ses adjoints et de quelques parlementaires, le maire de la capitale, Emmanuel Grégoire (socialiste), a tenu un bref discours visant à « montrer que l’attachement à l’Etat de droit, à la démocratie et à la primauté du dialogue sur la violence d[eva]it être protégé en République ». Emmanuel Grégoire a fait une « très claire distinction entre le mouvement social et la tentation de certains de vouloir le pourrir en se laissant aller à des incivilités voire des crimes qui ont mis un certain nombre de concitoyens en danger ». « La vie reprend son cours, c’est notre priorité absolue. La meilleure récompense faite aux fauteurs de troubles serait de se laisser marcher dessus », a-t-il poursuivi. « Tant qu’il n’est pas donné de réponse politique à la crise politique, cela ne se résoudra pas », a-t-il ensuite insisté auprès de la presse, en disant juger que la prise de parole d’Emmanuel Macron de dimanche soir « n’était pas alignée par rapport à ce qu’attend le mouvement social ».

« Double peine »

A Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le maire, Karim Bouamrane (socialiste), a rappelé que la République avait été frappée « en plein cœur ». Lui aussi a demandé de ne pas tout mélanger. « Jamais, à Saint-Ouen, nous ne confondrons le combat de la jeunesse, qui est légitime et que nous soutenons, avec le combat des casseurs », a-t-il dit devant une centaine de personnes qui l’écoutaient sous une pluie hésitante, avant d’entonner une vigoureuse Marseillaise. Les visages étaient graves, les propos à vif, lundi à midi devant l’entrée de la mairie du 3e arrondissement de Lyon. Plusieurs élus municipaux en écharpe tricolore, dont le maire de la ville, Grégory Doucet (écologiste), participaient à un rassemblement d’une petite centaine de personnes, qui a tourné à l’agora. « Quand on est de gauche, c’est la double peine. On nous a volé notre mobilisation, et en plus on doit se justifier d’avoir nos revendications. Les casseurs ne votent pas à gauche, ni LFI, ils crient contre l’Etat, a confié Thibaud Roche, conseiller municipal (L’Après). On est dans cette situation à cause de la politique menée depuis dix ans. » « Il faut remettre de l’ordre, de l’autorité, retrouver du courage en politique », a dit un peu plus loin Béatrice de Montille, conseillère municipale et fervente partisane du mouvement Nouvelle Energie, de David Lisnard, candidat à la présidentielle. Le sentiment de gravité était partagé, les discussions étaient clivantes. « Vous portez une responsabilité, il faut avoir plus de fermeté, faites-le remonter à votre parti », a lancé une habitante face au maire de Lyon, alors qu’un retraité refusait d’accuser le maire : « Les extrêmes profitent de la situation pour ne parler que de sécuritaire. » « Moi, j’ai eu peur en tant qu’employeur », a répondu Grégory Doucet, qui a réfuté toute faiblesse en matière de sécurité : « Nous avons un déficit d’emplois de policiers municipaux et nationaux. » Les habitants étaient encore sous le choc des exactions de la journée et de la soirée de samedi, marquées par l’incendie de l’office de tourisme, place Bellecour. Beaucoup se sont demandé comment la situation a pu échapper aux autorités, et se sont retournés contre le maire. « Quelle responsabilité vous assumez dans ce qui s’est passé ? », a demandé une commerçante. D’autres ont profité du rassemblement pour politiser le débat. « Vos amis de LFI ne sont pas là, ils sont responsables, vous ne les condamnez pas ? », a lancé un jeune habitant, proche de l’opposition municipale. L’heure n’était pas au consensus républicain. Le maire de Lyon a réaffirmé sa « condamnation sans ambiguïté du recours à la violence ».

« On a le droit de manifester »

Dans la cour de l’hôtel de ville de Bordeaux, le rassemblement républicain, organisé dans la matinée par la municipalité, a vu arriver les Bordelais en nombre. « Je suis là en tant que citoyenne, pour dénoncer profondément la violence », a expliqué Catherine Genet, commerçante depuis vingt-sept ans à Bordeaux. « Je sais que les Bordelais ont été choqués de ce qu’ils ont vu et subi », a déclaré le maire, Thomas Cazenave (Renaissance). « Faire bloc ne veut pas dire nier les revendications qui s’expriment », a-t-il dit, mais cela doit se faire « tout en respectant les biens et les personnes ». Le maire ne s’attendait pas à voir autant de monde ce matin, pour un événement préparé à la hâte, a-t-il confié au Monde. « Cela signifie qu’il y a beaucoup d’émotion dans la ville », a-t-il poursuivi. Tandis que le cortège de Bordelais et d’élus quittait l’hôtel de ville en direction de la résidence préfectorale, saccagée samedi soir, Céline, 52 ans, a appuyé le message qu’elle avait inscrit sur une pancarte : « On a le droit de manifester, de s’exprimer, et là on n’entend même plus ceux qui ont besoin d’être écoutés », a-t-elle déploré. Tout aussi en colère, à ses côtés, Cathy, 62 ans, s’est insurgée : « Tout ce qu’ils font, c’est ouvrir un boulevard à Marine Le Pen. » Sur le chemin de son retour à l’hôtel de ville, Thomas Cazenave a été interpellé par des habitants lui exprimant leur soutien ou leur colère. « Je suis commerçant, et au bout d’un moment, on va devoir se défendre nous-mêmes », a dit l’un d’eux. Le gouvernement tente de calmer la colère des élus. A la tribune de l’Assemblée nationale, la ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, Françoise Gatel, a annoncé dans l’après-midi la création d’un fonds exceptionnel pour aider les collectivités à reconstruire les équipements publics détruits… sans préciser, toutefois, quel en serait le montant.