Le Drezen met à l'eau le premier prototype de chalut non écotoxique

Lechalutage est régulièrement décrié par les militants environnementaux, qui accusent cet art de pêche d'abîmer lesfonds marins, mais aussi de participer à la pollution en microplastiques des océans. Face à ces critiques et au durcissement des réglementations internationales, les équipementiers et armateurs français ont multiplié les innovations pour réduire leur impact. A l'exemple du projet Linc Biomer, imaginé dès 2019, par un consortium qui associe la plateforme de recherche de l'université de Bretagne-Sud (UBS), ComposiTIC, à Lorient (Morbihan), les laboratoires LTBH et SMASH de l'Ifremer, et un industriel. En l'occurrence Le Drezen, le spécialiste français du tissage de filets installé à Tréffiagat, dans le Finistère. Le portage du dossier est assuré par la Coopération maritime, l'association qui fédère les acteurs de la pêche artisanale.
« Une vraie rupture »
Ensemble, ces partenaires sont parvenus à développer un prototype de filet - une centaine de mètres carrés pour l'heure - entièrement fabriqué à partir d'une formulation à base de polybutylène succinate (PBS), un polymère « vert ». « Il s'agit d'une vraie rupture technologique. Contrairement au polyamide traditionnellement utilisé, notre bioplastique est biodégradable et non écotoxique », souligne Max Dufour, directeur général de Le Drezen, propriété du groupe américain WireCo. Après les étapes de recherche, le projet Linc Biomer, dans lequel 1,2 million d'euros a été injecté, entre en phase opérationnelle. Selon le dirigeant, l'utilisation industrielle de ce matériau n'a pas posé de problème majeur : seule la température de l'étuve, nécessaire à fixer la taille des mailles, a dû être modifiée pour traiter le bioplastique. Début octobre, deux premières alèzes ont été intégrées sur un chalut du Manathia, navire artisanal de l'armement lorientais Scapêche. « Les tests en conditions réelles d'utilisation vont durer plusieurs mois, voire un an », annonce Max Dufour.
Marché mondial
Les membres du consortium misent beaucoup sur ces essais, qui pourraient déboucher sur un brevet commun entre l'université Bretagne-Sud et Le Drezen. Les différents plans de réduction de la flotteont pesé sur l'activité de l'industriel, dont le chiffre d'affaires avait chuté de 20 à 12 millions d'euros après le Brexit. Depuis, la tendance s'est inversée, la croissance de l'entreprise - qui a avoisiné les 60 % - lui permettant « d'atteindre les 18 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année, en partie grâce à l'amélioration de nos performances à l'export », note Max Dufour. Linc Biomer doit conforter cette progression, les gros armements européens étant à l'affût d'équipements plus durables. Le Drezen, qui emploie 50 salariés, imagine en outre étendre cette innovation aux autres arts de pêche, comme les sennes utilisées pour la pêche à la sardine, par exemple. « Avec ces solutions, les professionnels pourraient poursuivre leurs activités dans certaines parties des aires marines protégées, dont l'essor est continu », espère le dirigeant. L'industriel recrute actuellement 10 personnes pour travailler sur ces nouveaux filets. Mais aussi sur le projet Hyba, axé, lui, sur une réduction de la consommation de carburant.