Revue de presse

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« On sera implacables sur le plan judiciaire » : les déclarations des responsables politiques et de l’État en Bretagne au lendemain d’une journée historique

Le Télégramme · 19/10/2026 · ← revue

Maires, préfets, députés… Tous et toutes font bloc face aux scènes de violences et de pillages constatées sur le territoire breton. Louis Le Franc, préfet du Finistère, a voulu afficher la fermeté. Ce dimanche, il s’est rendu en bas du square Mathon, là où, samedi, des centaines de personnes ont pilonné les policiers qui tenaient leur position devant le commissariat Colbert. « Je vais m’en prendre aux commanditaires », a-t-il prévenu, sans en dire davantage. « Face à un tel niveau de violence, il faut changer de registre et nous allons le faire. On sera implacables sur le plan judiciaire »

Le représentant de l’État a, notamment, précisé que huit interpellations avaient eu lieu dans le Finistère. Un chiffre à mettre en balance avec le nombre de personnes impliquées dans les violences – 1 500 selon le préfet , qui reconnaît un dépassement total du dispositif policier. Dans la journée, des renforts ont ainsi dû être appelés à Brest, parfois venus de Saint-Brieuc.

« Catastrophique »

Présent à cette conférence de presse, le maire de Brest a salué « le sang-froid des services de l’État ». Si les affrontements directs n’ont pu être évités, un incendie de l’hôtel de ville a été évité dans la soirée, assure-t-il. « Le bilan est catastrophique. Rien que pour le square Mathon et le Monument aux morts, la somme est complètement délirante », s’inquiète l’édile, sans toutefois pouvoir apporter un chiffrement précis aujourd’hui. La veille, il prédisait déjà des millions d’euros de dégâts en ville.

Dans le Sud-Finistère, les dégâts ont été moins importants. Mais c’est peut-être la quiétude habituelle des rassemblements dans le chef-lieu du département qui a créé l’émoi, alors qu’une banque a été incendiée, samedi, après de longs affrontements tout au long de l’après-midi. « Ces actes sont inacceptables. Nous pensons d’abord aux habitants, commerçants et à leurs équipes, touchés et choqués de cette violence. La Ville est à leurs côtés », assure Isabelle Assih, maire, avant d’ajouter qu’elle porterait plainte au nom de la Ville.

« Détruire ne fait avancer aucune cause »

La députée de la majorité présidentielle Annaïg Le Meur s’est joint à cette réaction en condamnant « fermement des actes inacceptables ». « Ceux qui en paient le prix ne sont pas des symboles : ce sont des salariés qui perdent leur outil de travail, des commerçants qui voient leur activité partir en fumée ou leur magasin pillé, des Quimpérois qui retrouvent leur centre-ville dévasté », défend-elle « Détruire ne fait avancer aucune cause : cela frappe d’abord celles et ceux qui travaillent et font vivre notre ville. »

L’opposition municipale de Quimper, à travers la voix de Guillaume Menguy, a également pris la parole, cette fois-ci pour s’attaquer directement à « l’extrême gauche, qui a encouragé ces mouvements, et une certaine gauche, qui a trouvé beaucoup d’excuses au mouvement lycéen. En préférant condamner les réactions des forces de police, ils ont une responsabilité dans la gravité des faits commis aujourd’hui dans notre ville et en France ».

Un son de cloche, en effet, dissonant avec la prise de position de Pierre-Yves Cadalen, député de la deuxième circonscription du Finistère, qui estimait, la veille, que « le cortège aurait pu terminer la manifestation à la place de la Liberté. Au lieu de cela, les enfants et leurs parents ont été aspergés de gaz lacrymogène. Nous condamnons cette violence inacceptable, conséquence d‘une doctrine chaotique du maintien de l’ordre. Nous avons croisé de nombreuses personnes choquées de l’usage disproportionné de la force ». L’élu, ainsi que quatre élus insoumis de la mairie de Brest, dont Cécile Baudoin, ont ébauché l’impasse dans laquelle se trouverait le pouvoir : « Un problème politique appelle une réponse politique. Le gouvernement est seul responsable de cette situation qu’il a provoquée ».

« Le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd »

Le réveil a également été difficile pour le maire de Lorient. « Nous avons vécu ici, des scènes de guérilla urbaine, que je veux distinguer de la manifestation pacifique. » D’une mine grave devant notre journaliste, l’élu a soutenu que « de mémoire de Lorientais, nous n’avons jamais assisté à de telles scènes. » La ville morbihannaise a connu, en effet, une nuit de fièvre, avec quatre ou cinq magasins pillés et de nombreuses dégradations. L’élu se console tout de même : « Le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd ».

Plus lourd, comme à Rennes, où la ville, pourtant connue pour ses soulèvements quasi insurrectionnels, a tout de même vécu les événements avec sidération. « Toutes les dégradations n’ont évidemment pas pu être effacées, ni réparées en une seule nuit », se désole Nathalie Appéré.

« À Rennes, comme dans de nombreuses villes en France, les dégâts sont immenses et le traumatisme collectif », a réagit la maire socialiste. « Des dizaines de locaux ont été la cible de pillages et de saccages méthodiques. La sidération est partagée et les échanges unanimes : certains ont tout perdu ; beaucoup ont subi des menaces ; tous sont profondément secoués par les intrusions, les destructions et les vols. » Dimanche, à 15 h, un nouveau rassemblement, non déclaré, a entraîné l’annulation d’une partie du Marathon Vert, prévu en ville. La préfète, Emmanuelle Dubée, a déclaré, de son côté, que le même dispositif policier était prévu encore aujourd’hui, comme dans la capitale, pour éviter toute reprise des violences.

Mépris des corps intermédiaires

Le sénateur Simon Uzenat, dans un communiqué, a tenu insister sur les revendications des manifestants, qui « peuvent faire consensus », rappelons-le, sur la vie chère, notamment due à la hausse des prix des carburants. Cependant, « ces convulsions sociales, sans cadre d’organisation ni responsables reconnus, témoignent à leur façon des dégâts considérables provoqués par la politique assumée depuis dix ans par Emmanuel Macron », signe le parlementaire, qui rappelle le « mépris des corps intermédiaires », souvent prêté au Président de la République. L’élu insiste, et appelle d’urgence à la réunion de ces corps, partis politiques, syndicats, monde associatif, face au « péril imminent ».