Revue de presse

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Macron, la grande faillite sécuritaire

Les Échos · 18/10/2026 · ← revue

Par Cécile Cornudet

Samedi 17 octobre 2026, jour tragique qui laisse pantois. Des violences jamais connues dans leur ampleur, même au temps des « gilets jaunes », des lieux de pouvoir visés (Elysée, Assemblée) et atteints (mairies, préfectures, commissariats), des hordes de pilleurs dans les magasins de dizaines de villes de France. L'alliance improbable d'une ultragauche qui vise la révolution, théoriquement anticapitaliste, et de jeunes de banlieues qui vandalisent et dévalisent, voire pénètrent pour certains dans des halls d'immeubles. La capuche noire en commun. Le lendemain dimanche, les échauffourées se poursuivent à Paris et les zones d'ombre restent immenses. Comment cela a-t-il été possible ? Pourquoi le pouvoir a-t-il paru pris au dépourvu, quand les renseignements anticipent d'habitude les mobilisations de black blocs et sonnent l'alarme via des « notes » diffusées dans la presse ? Pas d'alarme publique cette fois-ci, même si manifestement vendredi, l'Intérieur disposait de remontées inquiétantes de ce qui se tramait. Pourquoi dès lors positionner si peu de forces de l'ordre, et ordonner si peu d'interpellations préventives ? Le maire de Marseille, Benoît Payan, avait demandé des renforts, en vain. « Cynisme » du ministre de l'Intérieur, en a-t-il déduit. Pourquoi les unités spéciales comme les CRS 8 n'ont été employées que tardivement dans la journée, de même que les canons à eau sur la place de République ?

Macron tente la désescalade

Pourquoi, pourquoi ? Quand les questions n'ont pas de réponses, la conclusion s'impose : le pouvoir n'a plus le pouvoir. Il est vide. Et l'on parle là de son coeur, du pouvoir régalien censé garantir la protection des biens et des personnes. Emmanuel Macron qui refuse toujours d'intervenir à chaud le fait cette fois-ci. Pas d'état d'urgence comme certains le lui conseillaient. Ce dimanche à 20 heures, le ton se veut ferme mais il choisit surtout la désescalade : aide des commerçants, manifestations interdites par les préfets si besoin, clarification demandée aux partis et gestes promis à la jeunesse. Des discussions vont s'ouvrir. A six mois de la présidentielle, il n'est plus temps d'aller dans la rue mais de s'atteler à un débat constructif , conclut-il. Avec quelle efficacité ? Car il y a le feu, dans tous les sens du terme, et pour lui en particulier. Il affrontait une crise politique depuis la dissolution, avant une crise budgétaire pouvant déboucher sur une crise financière, une crise sociale avec la jeunesse dans la rue, et désormais une crise sécuritaire, susceptible de vraiment compromettre la fin de son mandat. Un petit mot, prononcé récemment lors d'une réunion de ministres, fait de lui dans l'esprit de beaucoup, au RN, à droite et pas seulement, le responsable de la grande faillite de ce samedi : la police doit affronter les manifestants avec « empathie », avait-il conseillé. Un si joli mot peut s'avérer terrible s'il a contribué à inhiber son dispositif sécuritaire, son ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, et à donner le spectacle d'un pouvoir en perdition.

Cécile Cornudet