« C’est comme si on n’existait pas » : en Bretagne, prendre le train ou le car reste une épreuve pour les usagers en situation de handicap
Ils se sont réveillés à l’aube, aux quatre coins de la Bretagne, ce jeudi 15 octobre. Depuis Vannes, Lorient, Pontivy, dans le Morbihan, ou encore depuis Loudéac, Lannion et Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor, des membres de l’association APF France handicap ont voulu réaliser un test, en situation réelle, des TER et cars bretons. Rendez-vous dans la matinée, en gare de Rennes, pour annoncer au grand public leur verdict sur l’accessibilité du réseau BreizhGo : peut beaucoup mieux faire.
C’est le sentiment de Claude, en fauteuil roulant, tout juste débarqué de son car en provenance de Fougères (35). Un trajet qu’il connaît par cœur pour le faire souvent. « Il y a des jours où ça se passe bien », précise-t-il. Pas celui-ci. « La rampe d’accès qui permet de monter à bord, cette fois encore, ne voulait pas s’ouvrir. Et le chauffeur ne savait pas comment la déployer manuellement. J’ai dû lui expliquer. Je devrais me faire embaucher ! », plaisante celui qui a dû apprendre le mode d’emploi face à des conducteurs pas toujours formés.
« Aucune information pour les personnes handicapées »
Côté trains, la marge d’amélioration reste importante, témoigne Isabelle, l’une des deux accompagnatrices d’une personne en situation de handicap moteur et intellectuel. Embarquées à Plougonver (22), depuis un quai trop bas, les deux femmes ont dû hisser le fauteuil dans le wagon à la force des bras. « Cette personne a aussi besoin d’assistance pour aller aux toilettes mais impossible d’entrer avec lui à l’intérieur, l’espace est trop restreint. » Et lorsque d’autres participants en fauteuil sont montés dans leur TER, plus loin, « il a fallu jouer à Tetris et demander aux gens de déplacer leur vélo pour que tout le monde puisse entrer. »
Parmi les personnes à les avoir rejoints sur la ligne, Laurence, usagère régulière des trains régionaux. Elle aussi a des choses à redire sur le service. Notamment sur la billetterie en ligne. « Quand on réserve sur le site de BreizhGo, il n’y a aucune information pour les personnes handicapées, critique-t-elle. C’est comme si on n’existait pas. Ils ne nous disent pas que l’on doit appeler 24 heures à l’avance pour bénéficier de l’assistance en gare ».
« Beaucoup a été fait, beaucoup reste à faire », selon la Région
Des critiques qui ont trouvé un écho, ce jeudi matin, dans l’hémicycle du conseil régional, où les élus se réunissaient en session plénière. Interpellé par l’écologiste Loïc Le Hir, le vice-président aux transports a fait le bilan des actions menées depuis la loi accessibilité de 2005. Selon Michaël Quernez, 26 gares ont été adaptées, soit 78 % du flux voyageurs. Une majorité des trains le sont aussi, affirme-t-il. Concernant les cars, 700 arrêts avaient été identifiés comme prioritaires : un peu moins de la moitié ont été rendus accessibles. Le matériel roulant, lui, est équipé dans sa totalité. « Beaucoup a été fait, beaucoup reste à faire. »
Un euphémisme, selon Stéphane Kerangoarec, élu au sein du bureau de l’APF et lui-même en fauteuil. « Je me demande pourquoi on doit encore faire ce genre d’actions, 21 ans après la loi de 2005, pointe-t-il. Tout devrait être accessible. Les politiques ne prennent pas vraiment les personnes en situation de handicap au sérieux. Nous sommes encore considérés comme des objets de soin et pas comme des citoyens à part entière. »