« Un soulagement » pour les écologistes, « un acharnement » pour les agriculteurs : en Bretagne, ces mesures anti-pesticides adoptées après quatre ans de tension
C’est la fin d’un feuilleton qui aura duré plus de quatre ans. Ce vendredi 16 octobre 2026, la Commission Locale de l’eau (Cle) a voté la nouvelle version du Sage Vilaine (*). Un texte dont l’enjeu est de protéger la ressource en eau sur le bassin versant de la Vilaine, un territoire de 11 000 km² comptant 1,3 million d’habitants. Signe de l’importance du moment, la préfète de Région Emmanuelle Dubée était présente dans la salle des Landes de Cojoux, à Saint-Just, où s’est déroulé le vote. Le sénateur écologiste d’Ille-et-Vilaine Daniel Salmon aussi, dans le public.
Les forces de l’ordre avaient également fait le déplacement, en nombre et ont transformé la salle municipale en camp retranché. Impossible, ce vendredi matin, d’entrer dans le bourg de Saint-Just sans montrer patte blanche. Objectif : que l’épisode de Châteaubourg, le 11 décembre 2025, ne se reproduise pas. Ce jour-là, le vote du Sage Vilaine avait été empêché par le coup de force de plusieurs syndicats agricoles, FDSEA et Jeunes agriculteurs en tête.
Ces derniers, opposés notamment à l’un des articles les plus sensibles, à savoir l’interdiction des pesticides dans les zones de captage d’eau, avaient bloqué l’entrée de la salle, puis s’étaient rendus à la préfecture d’Ille-et-Vilaine, à Rennes. Ce qui a entraîné plusieurs mois de blocage et de nouveaux ajustements au texte.
« Le projet n’est pas mûr »
Ce vendredi, associations environnementales d’un côté, FDSEA et Jeunes agriculteurs de l’autre, étaient bien là Saint-Just. « Mais on n’est pas là pour bloquer le vote », a déclaré Cédric Henry, président de la FDSEA 35. Le syndicat agricole majoritaire avait pourtant appelé, dans la semaine, au report de l’adoption du Sage. « Le projet n’est pas mûr, a-t-il insisté ce vendredi. Avec la promulgation de la loi d’urgence agricole (dite Upsa), dont les décrets ne sont pas encore publiés, aucun élu de la Cle ne peut dire quel sera le vrai impact de ce Sage pour les agriculteurs. On est dans un flou artistique ». Il demande « une vraie étude socio-économique qui pourrait lever certaines ambiguïtés. Mais cette étude n’a pas été faite ».
Malgré ce nouvel appel au report, le Sage Vilaine a bel et bien été voté, par 45 voix contre 18. « Un soulagement », pour Pauline Pennober, membre de la Commission locale de l’eau et chargée de mission au sein de l’association environnementale Eau et rivières de Bretagne. « On n’est pas satisfaits à 100 % car il y a eu de nombreux reculs par rapport aux premières versions du texte, a-t-elle déclaré. Mais on va pouvoir enfin avancer et mettre en place des règles qui vont permettre de mieux protéger nos masses d’eau qui sont, à 90 %, en mauvais état sur le bassin versant de la Vilaine ».
Ludovic Brossard nouveau président de la Cle
Un dénouement qui satisfait aussi la préfète d’Ille-et-Vilaine, Emmanuelle Dubée : « Ce Sage propose des principes que l’État soutient, notamment sur la qualité de l’eau en Bretagne qui mérite d’être améliorée. L’État se mobilisera pour mettre en œuvre ce Sage de façon opérationnelle ». Élu président de la Commission locale de l’eau après le vote du Sage Vilaine, Ludovic Brossard veut, lui, penser à la suite. « On n’a qu’une seule hâte : travailler à la mise en œuvre de la réglementation, notamment la règle une sur la limitation de l’usage des herbicides de synthèse. Et on a encore tellement de sujets à travailler, comme la question du stockage de l’eau, la submersion marine et la préservation des milieux. On va vers un mur d’investissements si l’on veut pouvoir proposer demain une eau de bonne qualité et en quantité suffisante ».