Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau se livre sur ses « combats » dans l'« espoir » de remonter la pente

Huit mois déjà. En février dernier, Bruno Retailleau plongeait dans le grand bain présidentiel. Le patron des Républicains (LR) bat depuis la campagne à un rythme plus que soutenu, multipliant propositions et déplacements, sans en récolter les fruits dans les sondages. A défaut de percer le mur du son d'une actualité saturée, ce féru de littérature, amoureux de Péguy et Giono, tente cette fois de s'adresser aux Français par un livre. Dans « De combats et d'espoir », paru jeudi aux Editions de l'Observatoire, le sexagénaire adopte le genre épistolaire pour défendre son projet et sa vision de la société.
Une lettre à son ânesse
Dix-huit lettres prétextes, destinées ici à Emmanuel Macron, là à ses « compatriotes musulmans », aux « gilets jaunes » ou encore à Jean-Luc Mélenchon. L'une d'entre elles est même consacrée à… son ânesse, Hisa. L'ancien cavalier du Puy du Fou revient là sur son rapport aux animaux et à la nature pour mieux fustiger « les partisans de l'écologie politique ». « L'écologie radicale se trompe : malgré toutes ses inconséquences, l'homme n'est pas que le problème, il est aussi la solution. Sans le secours de son intelligence, le réchauffement climatique continuera », écrit ainsi celui qui veut couper les vivres aux énergies renouvelables pour « mettre le paquet » sur le nucléaire. Entre une lettre à J. D. Vance, vice-président des Etats-Unis, et une autre à Claude, le modèle d'intelligence artificielle, Bruno Retailleau s'attaque sévèrement au fondateur de La France insoumise (LFI). « Vous êtes, Jean-Luc Mélenchon, mon seul adversaire. Puisque vous seul êtes une menace politique pour la République », écrit-il.
Fort contre LFI, modéré contre le RN
Ses équipes ont remarqué que les coups portés à LFI, que Bruno Retailleau a carrément proposé d'interdire, lui permettaient d'exister dans le débat. « C'est comme sur un électrocardiogramme, ça crée un pic », se félicite son porte-parole Jonas Haddad. Pas question, en revanche, de taper trop fort sur le parti de Marine Le Pen, malgré l'affaire des écrits antisémites de Jordan Bardella. Dans la lettre suivante, il s'adresse à un électeur du Rassemblement national (RN). « Mon désaccord avec le RN porte sur le rapport à la vérité », écrit celui qui a renoncé à mener bataille contre l'extrême droite sur le terrain des valeurs et de ses racines. Pour ne pas froisser les nombreux Français séduits par le parti lepéniste qu'il aimerait ramener à lui, Bruno Retailleau défend plutôt le « sérieux » de son programme, pointant la « démagogie » de leur candidate. « Lorsque Marine Le Pen vous promet la fermeté régalienne sans le sérieux budgétaire, elle vous mène en bateau », martèle le Vendéen, après avoir présenté cette semaine un régime sec de 197 milliards d'euros de coupes et 400.000 fonctionnaires en moins sur cinq ans.
Un débat avec Edouard Philippe
Au fil des pages, Bruno Retailleau assure à « un directeur de presse people » qu'il ne posera pas dans des magazines avec son épouse, médecin scolaire de profession. A « ceux qui pensent que je suis réactionnaire », il jure aussi ne pas regarder le passé avec nostalgie. Mais « si, parmi vous, certains ont pu être heurtés par mes prises de position, alors je le regrette sincèrement », lâche l'ancien opposant au mariage pour tous et à la constitutionnalisation de l'IVG. Si Bruno Retailleau consacre une missive à Emmanuel Macron, dépeint en « Gulliver, pris dans les filets de [ses] contradictions », aucune n'est destinée à Edouard Philippe. Le candidat LR a toutefois envoyé un courrier au maire du Havre (Seine-Maritime), dont « Les Echos » ont obtenu une copie. Sans fermer la porte au dialogue, le Vendéen répond par la négative à l'invitation de l'ex-Premier ministre de se retrouver entre responsables de la droite et du centre, début novembre, pour discuter des législatives et de la présidentielle. VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ? A la place, le candidat LR propose un débat à Edouard Philippe afin de « confronter » leurs projets. Mais le favori du bloc central s'y refuse. « On souhaite débattre avec nos adversaires, pas avec nos futurs partenaires », soutient sa codirectrice de campagne Marie Guévenoux, alors que les coups de griffes de Bruno Retailleau contre le Havrais se font plus insistants.