Patrice Bessac, maire de Montreuil, bataille pour « sauvegarder le foncier économique face à la pression des promoteurs »

Par Adèle Loisel
Deuxième ville de Seine-Saint-Denis avec 111.000 habitants, Montreuil connaît une forte croissance démographique. Réélu pour un troisième mandat, le maire Patrice Bessac (PCF) décrypte les transformations à l'oeuvre dans sa ville. Montreuil est une ville attractive. Comment concilier logement et développement économique ? Les gens aiment vivre à Montreuil. La ville a une tradition d'accueil et d'intégration de toutes les populations dans d'excellentes conditions. C'est son identité, et notre municipalité consacre beaucoup d'énergie à la préserver, à faire en sorte que des expériences communes continuent d'exister. Aujourd'hui, Montreuil attire des Franciliens en quête de mètres carrés supplémentaires. Notre volonté, c'est de les accueillir bien. Nous modérons le rythme des constructions, de manière à les rendre compatibles avec le tissu urbain, et à pouvoir financer les équipements et les services publics nécessaires. Depuis 2014, nous avons réduit le rythme de production à 580 nouveaux logements par an maximum, contre plus d'un millier par an précédemment, tout en fixant l'objectif de 40 % de logements sociaux : sinon, par exemple, un couple de professeurs ne pourrait pas vivre ici. Notre projet contient donc cette triple dimension : sociale, pour préserver la diversité existante à l'échelle des 14 quartiers ; urbaine, avec le respect du pavillonnaire ; et économique, avec le souci de maintenir la tradition industrielle, et désormais productive de la ville autour du réemploi notamment. On sauvegarde le foncier économique face à la pression des promoteurs, sinon il est tout de suite récupéré pour du logement. Il faut aussi développer le commerce dans certains quartiers. Vous venez d'être réélu. Allez-vous lancer de grands projets ? Nous avons déjà des projets à achever, comme le renouvellement urbain (ANRU) des secteurs de La Noue - Clos Français, à l'Ouest, et du Morillon à l'Est. Les travaux de rénovation thermique de logements sont lancés. La zone des Murs à pêches, dont une partie accueillait autrefois des usines, est en cours de dépollution ; le chantier est complexe. Le très grand foyer des travailleurs migrants de Rochebrune doit être desserré. Nous devons aussi réfléchir à la manière d'accompagner le vieillissement de notre population. Rénover la voirie, développer des services, adapter notre parc de logements. Il y a des déséquilibres d'occupation ; peut-être, faut-il, pour y répondre, travailler sur une offre de logements spécifiques. Le logement est un sujet de tension maximale… J'identifie trois leviers d'action. Sur le plan national, je regrette le désinvestissement des grandes institutions financières qui ont vendu leurs immeubles de logements dans les années 1990 : elles administrent les dépôts des Français, il faut les responsabiliser sur cette crise. S'agissant de la construction de logements, il faut cesser la ponction des organismes HLM et organiser une solidarité nationale dans le cadre du budget, avec un rattrapage dans les territoires en déficit de logements sociaux. Enfin, l'Etat doit sanctionner plus durement les maires qui ne construisent pas de logements sociaux, en se substituant à eux pour atteindre le quota prévu par la loi SRU. Quelles sont vos pistes pour contenir les loyers à Montreuil ? Nous avons déjà la compétence de l'encadrement des loyers au sein d'Est Ensemble. J'ai demandé au préfet de nous donner davantage de moyens pour l'appliquer. Aujourd'hui, les sanctions ne sont pas suffisamment appliquées car les préfectures n'ont pas le personnel nécessaire pour mener des contrôles. Mais à Est Ensemble, nous pouvons faire le job. Lorsqu'une collectivité récupère la compétence, comme à Paris, cela fonctionne. Le budget est-il devenu plus difficile à boucler ? Nous vivons un moment très dangereux pour les finances des collectivités locales. Après deux mandats d'Emmanuel Macron, la situation est difficile. Bercy a le réflexe de mettre les communes à contribution pour boucler son budget ; or nous ne sommes en rien responsables du déficit public ! Nous sommes au contraire un modèle de stabilité financière. A Montreuil, nous avons déjà dû augmenter la taxe foncière à deux reprises pour préserver notre capacité d'investissement et financer deux nouveaux groupes scolaires. En 2027, il n'y aura pas d'augmentation de la fiscalité. Notre situation financière est saine : nous pourrons investir 40 millions d'euros, contre 30 à 35 millions en moyenne les années précédentes. Subissez-vous lourdement l'impact de la crise énergétique ? Elle nous coûte horriblement cher depuis la guerre en Ukraine et l'augmentation des tarifs du gaz et de l'électricité. Un grand nombre de nos bâtiments sont de vieilles constructions mal isolées. Notre facture énergétique (eau, électricité, chauffage et carburants) a atteint 6,6 millions d'euros en 2025, contre 4,9 millions en 2021. Nous avons mutualisé l'achat d'énergie avec d'autres collectivités. Nous avons aussi engagé des travaux de rénovation thermique et électrifié notre flotte automobile. Mais tout cela a une limite et le contexte d'instabilité nationale et internationale n'arrange rien. Comment adapter la ville au changement climatique ? La canicule a constitué un point de bascule cette année. On sait désormais que la période de fortes chaleurs peut durer de mai à octobre. Nous nous attelons à certaines actions comme accélérer l'installation des brasseurs d'air dans les écoles. Le plan arbre a permis de planter 2.000 arbres à Montreuil. Et à l'échelle de l'intercommunalité Est Ensemble, que je préside, nous allons racheter des m2 pour les convertir en espaces verts. Mais nous devons être modestes. Le climat change très vite, il est difficile de se projeter dans cinq ou dix ans. Il faut continuer à travailler avec des urbanistes et des spécialistes du climat, regarder ce qui se fait ailleurs.