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« Éviter la droite la plus bête du monde » : Bruno Retailleau et David Lisnard face au risque d’une déchirure interne

Le Figaro · 15/10/2026 · ← revue

« Éviter la droite la plus bête du monde » : Bruno Retailleau et David Lisnard face au risque d’une déchirure interne DÉCRYPTAGE - Alors que le maire de Cannes et candidat à la présidentielle connaît une dynamique nouvelle, la piste d’une primaire de la droite et du centre reprend des couleurs.

Les sondages fluctuent et Bruno Retailleau n’a jamais été hostile à une primaire, sous réserve de démontrer son utilité en vue d’une victoire à la présidentielle. En substance, ce sont les premières réactions exprimées du côté des Républicains (LR) face à la poussée constatée chez David Lisnard, candidat Nouvelle Énergie. Mercredi, le maire de Cannes a progressé de 2,5 points dans la dernière vague Ifop-Fiducial, s’offrant le luxe de doubler le sénateur de la Vendée d’un point (6 % contre 5 %). Avec ces nouvelles, confortées par un rythme soutenu de nouveaux adhérents chez Nouvelle Énergie (près de 3 000 cartes revendiquées, mercredi soir), les soutiens de Bruno Retailleau font montre d’une position attentive : « Les sondages évoluent chaque jour. Dans le dernier (Opinionway pour Les Échos et Radio Classique, NDLR) diffusé jeudi, Bruno est à 9 % (et David Lisnard n’est pas testé, NDLR). Cela révèle surtout que les électeurs sont dans l’indécision, à la recherche d’un candidat qui ne soit ni macroniste, ni lepéniste, ni LFI. » Concernant la stratégie du Vendéen, on assure que les bons signaux chez David Lisnard « ne changent rien » : « Les mouvements de la campagne ne modifient en rien sa détermination. Il va défendre son projet pour sauver le pays. Il est le seul à proposer un programme aussi ambitieux en alertant sur le fait que les efforts demandés à tous seront indispensables, sinon ce sera la Grèce. » Un cadre appuie : « Pour le moment, ça montre que Lisnard est un objet politique non identifié, que nous avons certes peut-être sous-estimé, mais c’est un bruit qui surfe sur nos faiblesses. Pas que les nôtres : celles de Philippe, aussi, qui ne soulève pas un enthousiasme dingue et d’Attal qui a du mal. Les gens se disent donc : “Pourquoi pas Lisnard ?” » Mais, se persuade un autre, « ça va se tasser ». » LIRE AUSSI - « Je sors des 35 heures » : Bruno Retailleau défend une thérapie de choc de 197 milliards d’euros pour redresser les comptes publics

La primaire pour clarifier

Chez LR, on soutient également que Bruno Retailleau n’a « jamais été hostile à la primaire ». Primaire que David Lisnard continue de réclamer pour clarifier l’offre et éliminer les « héritiers » du macronisme, Édouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance). Le cercle de l’ancien ministre de l’Intérieur considère qu’une compétition serait sans doute le « meilleur moyen » d’écarter la concurrence. Pour autant, on met en garde le maire de Cannes sur la faisabilité de l’opération : le Havrais est-il prêt à y participer ? Si cette primaire inclut Sarah Knafo, comment imaginer que le président d’Horizons puisse en accepter le principe ? Enfin, si cette primaire se résumait finalement à une confrontation entre Lisnard, Retailleau et quelques autres, quelle serait son utilité réelle si cela ne permet pas d’écarter totalement la concurrence à droite et d’assurer l’accès du vainqueur au second tour ? Les soutiens de Bruno Retailleau n’écartent pas l’hypothèse d’un revirement de Philippe sur le sujet, estimant qu’il n’a pas « écrasé le match », même s’il reste en tête des sondages. Au QG des « lisnardiens », où le mot d’ordre est de ne pas commenter les sondages, on répond aux interrogations sans hésiter : la participation du maire du Havre n’est pas le sujet. L’important reste la « confrontation des projets », surtout quand personne ne s’illustre franchement. « Une primaire de la gauche ne sert à rien si Hollande décide ne pas y participer », ajoute-t-on jugeant une confrontation « essentielle » afin de déminer les procès en « combines de notables ». Aussi, chez Nouvelle Énergie, les partisans de la primaire renvoient toutes ces réflexions sur le dos de ceux qui choisiraient de s’en extraire : « Ce sera à eux qu’il faudra poser la question, parce qu’ils seront comptables du résultat. » Avant de souligner : « Est-on vraiment certain que les récalcitrants ne voudront pas y aller ? Les choses évoluent chaque jour. » Enfin, si cette primaire devait avoir lieu, charge aux organisateurs d’être vigilants sur la clarté des règles, récemment définies par Hervé Morin, et l’importance pour le gagnant de pouvoir compter, in fine, sur le soutien des perdants. Au pire, qu’aucun d’entre eux ne vienne le gêner dans sa course vers l’Élysée.

« Les similitudes entre les projets sont grandes »

Primaire ou pas, les LR ne voient pas le flux d’adhésions chez Lisnard comme un risque. Ils revendiquent eux-mêmes plus de 100 000 encartés et n’excluent pas la présence de nombre d’adhérents LR chez Lisnard après avoir fait le choix d’un double soutien. Cette éventualité n’est pas écartée chez Nouvelle Énergie, où on assume de vouloir laisser chacun « libre » de ses choix et où on revendique de « nombreux primo-adhérents », notamment chez les jeunes. Sans compter que le parti de David Lisnard se voit aussi comme le mouvement refuge de nombreux déçus de la droite et du macronisme. Chez LR, on se rassure en observant le « potentiel » de Bruno Retailleau, qui serait capable de mordre à la fois sur l’électorat d’Édouard Philippe et sur celui de Marine Le Pen, en plus d’être « bien ancré » sur son socle de militants. Ces derniers enjoignant régulièrement au Vendéen et au Cannois de s’entendre le plus vite possible. « C’est une attente que l’on peut comprendre, car les similitudes entre les projets sont grandes, mais aussi parce qu’il y a une vraie envie de gagner à droite. Le match ne peut pas se résumer à la question de Lisnard et Retailleau », analyse un cadre du parti.

Le risque de la « droite la plus bête du monde »

Pour autant, les soutiens du Vendéen sont convaincus que la machine LR est un atout indispensable pour se lancer dans la présidentielle. Que ce soit en termes de moyens ou d’assise parlementaire, constituant une source de financements publics non négligeable. Quand Nouvelle Énergie se dit confiant dans le fait de pouvoir récolter une partie de ces ressources, les LR réclament les preuves d’une telle affirmation. Enfin, quels que soient les chiffres quotidiens des études d’opinion, la perspective d’une compétition musclée entre Bruno Retailleau et David Lisnard est perçue comme un signe positif de dynamique. À cette condition, que chacun semble partager aujourd’hui : ne pas prendre à nouveau le risque d’apparaître comme la « droite la plus bête du monde ». En mars dernier, le maire de Cannes actait son départ du parti. Une séparation, assure une voix qui connaît bien les protagonistes, « qui n’aurait jamais dû avoir lieu » et qui, à ses yeux, ne peut que se résorber. « Lisnard sait bien qu’il ne pourra pas aller jusqu’au bout », renchérit un ténor du parti. « Il lui faudra une porte de sortie et ne pas soutenir le candidat de sa famille politique ou, pire, donner son soutien à quelqu’un d’autre, serait incompréhensible. » Jeudi soir, le rendez-vous prévu la semaine prochaine entre le président des LR, le chef de file de Nouvelle Énergie et Robert Ménard, maire de Béziers, était toujours inscrit au programme.