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Face aux normes européennes, l'andouille de Guémené se rebiffe

Les Échos · 15/10/2026 · ← revue

Il y a du rififi au pays de l'andouille. Enfin, au pays de l'andouille bretonne, celle de Guémené-sur-Scorff, reconnaissable à ses cercles concentriques et réguliers. En cause : un vieux problème lié aux normes européennes de contrôle, qui a récemment pris une ampleur nationale depuis que le député du Morbihan Jean-Michel Jacques (EPR) a remis la question sur la table du gouvernement. L'affaire, quelque peu technique, concerne la mesure des HAP, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés cancérigènes issus du fumage, traditionnellement réalisé au bois de hêtre. Depuis l'entrée en vigueur des normes, les mesures des HAP étaient réalisées dans la chair du produit. Mais il y a dix ans, la réglementation a changé, imposant des contrôles sur la peau, là où se concentrent les molécules nocives.

Régime dérogatoire

Les producteurs, qui ont logiquement vu les taux de non-conformité exploser, ont dû adapter leur process. Notamment en glissant les andouilles dans des « chaussettes » pour capter les particules. Mais aussi en instaurant des contrôles stricts, assez coûteux - 1.000 euros par semaine pour la Maison de l'Andouille Rivalan-Quidu, l'un des principaux producteurs - et parfois longs à réaliser. En septembre, l'entreprise a même été contrainte de suspendre la vente de ses produits une semaine durant, en attendant les résultats des tests. De quoi faire prendre la plume au député du Morbihan, Jean-Michel Jacques (EPR), qui a adressé un courrier à la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, pour l'alerter sur la situation du produit et demander qu'un régime dérogatoire lui soit accordé. « Je ne remets pas en cause le fait de protéger les populations, mais là, ça tourne au ridicule, s'agace l'élu. Il faudrait manger matin, midi et soir de l'andouille de Guémené pour hypothétiquement tomber malade », estime-t-il.

Pétition

Ni une, ni deux, un collectif de citoyens lui a emboîté le pas et lancé une pétition en ligne. Les initiateurs ne font pas dans la demi-mesure : selon eux, la réglementation pourrait « conduire à la disparition d'une tradition ancestrale qui contribue à notre identité culturelle ». Mi-octobre, le mouvement, auquel se sont joints d'autres élus, avait déjà recueilli quelque 22.500 signatures. La polémique a pris une ampleur telle que la préfecture du Morbihan a dû réagir dans un communiqué. « La production d'une seule société est concernée par le dépassement des seuils. Les services de l'Etat l'accompagnent pour qu'elle puisse, comme les autres fabricants d'andouilles de Guémené aujourd'hui, garantir un produit de tradition tout en préservant la santé humaine », ont souligné les services de l'Etat qui notent que le « procédé de fabrication est en passe d'être fiabilisé ».

Guillaume Roussange (Correspondant à Rennes)