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Présidentielle 2027 : comment Marine Le Pen veut réduire la contribution de la France à l'Union européenne

Les Échos · 14/10/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

C'est l'une des grandes sources d'économies sur laquelle le Rassemblement national compte pour rétablir les comptes publics de la France : le parti d'extrême droite veut réduire drastiquement la contribution tricolore à l'Union européenne. Ce mercredi, à la veille du sommet sur le prochain budget de l'Union européenne prévu les 15 et 16 octobre, Marine Le Pen sera à Bruxelles pour défendre sa position sur le sujet. La candidate du RN doit ainsi participer, mercredi soir, à la réunion des leaders des partis du groupe Les Patriotes pour l'Europe du Parlement européen. Elle tentera de convaincre ses partenaires de se rallier à ses arguments, dévoilés en partie le 6 octobre avec sa trajectoire budgétaire sur cinq ans - alors même que la contribution de la France en 2027 (30,9 milliards d'euros) doit être débattue ce mercredi à l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027.

Annulation de politiques entières

Le RN a affiné son discours sur le sujet. S'il a abandonné l'idée d'un Frexit depuis plus de dix ans, le parti souverainiste n'en veut pas moins sérieusement revoir le rôle de l'Europe. Et Marine Le Pen entend profiter de la - difficile - négociation en cours sur le cadre financier pluriannuel européen (2028-2034) pour que certains programmes, auxquels s'oppose le RN, soient abandonnés ou revus à la baisse. « On demande l'annulation de politiques entières », a précisé Jean-Philippe Tanguy, le Monsieur Economie du RN, le 6 octobre, citant par exemple la diplomatie, qui ne relève pas, selon lui, de la compétence de la Commission, ou encore « les politiques de voisinage et de pré-adhésion ». « A partir du moment où nous sommes opposés à l'adhésion de nouveaux membres, il n'y a pas de raison de financer ces pré-adhésions », a-t-il expliqué. VIDEO - Combien coûtent à l'Etat les élections présidentielles et législatives ? Ce mardi, lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale, le député de la Somme a aussi cité la santé et le Pacte vert, parmi les programmes auxquels le RN s'oppose. « La baisse de la contribution de la France, ce n'est pas un caprice, c'est la conséquence de ces modifications », a-t-il poursuivi. Le RN veut ramener la contribution nette de la France, y compris les sommes reçues (notamment au titre de la Politique agricole commune), à 5 milliards d'euros par an, a annoncé Marine Le Pen le 6 octobre (elle était de 7,9 milliards en 2024). Ce qui équivaudrait, selon la trajectoire annoncée, à une baisse de la contribution brute comprise entre 9 et 14 milliards d'euros annuels, selon les années. A laquelle s'ajouterait l'arrêt du reversement annuel au budget de l'UE, de 2,2 milliards de droits de douane.

« Frexit déguisé »

Une position radicale, que ses adversaires politiques n'hésitent pas à qualifier de « Frexit déguisé », invoquant surtout son danger pour les agriculteurs tricolores. « Ce que le RN ne dit pas, c'est que nous sommes les premiers bénéficiaires des fonds européens. Si demain je vais voir mes homologues pour négocier un rabais, ils vont me dire, d'accord mais on baisse le budget de la PAC », avance Benjamin Haddad, ministre délégué à l'Europe. Eulalie Rubio, spécialiste du sujet à l'Institut Jacques-Delors, alerte, elle, sur le risque juridique d'un arrêt unilatéral des paiements. « Si la France ne tient pas ses engagements et ne paie plus sa contribution, elle se met en infraction, et la Commission peut compenser sur les versements de la PAC », dit-elle. Le RN balaie l'argument. « On ne reçoit même pas la moitié de ce qu'on verse, on s'y retrouvera forcément ! », estime Jean-Philippe Tanguy. Pour Charles-Henri Gallois, conseiller économique du RN, « les clés de répartition sur les contributions et sur les versements sont totalement indépendantes : il n'y a donc pas de raison pour que les versements liés à la PAC baissent. » Evoquant les rabais obtenus par d'autres pays (Allemagne, Pays-Bas, Autriche et Suède), le RN entend aussi négocier un changement de calcul des contributions nationales pour mieux prendre en compte la situation économique de la France, qui s'est dégradée.

Nouveaux alliés

Si elle estime « légitime » d'envisager des renégociations, Eulalie Rubio doute cependant de la capacité de la France à obtenir seule une modification des programmes européens. De fait, le parti d'extrême droite mise aussi sur les résultats des élections à venir en Espagne, en Pologne ou en Italie pour trouver de nouveaux alliés sur le sujet. En France, la proposition de l'ancien ministre de l'Economie Bruno Le Maire, qui a lui aussi plaidé récemment pour une réduction de 5 milliards d'euros de la contribution à l'UE, ou celle du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a demandé à la Commission d'imputer sur les contributions nationales le produit de l'amende payée par Google, lui ont en tout cas fourni de nouveaux arguments.

Anne Feitz, avec Nicolas Rauline