Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Présidentielle 2027 : Mélenchon en mode Maga

Les Échos · 14/10/2026 · ← revue

Par Isabelle Ficek

Bis repetita. Décidément, dès que le gouverneur de la Banque de France ouvre la bouche, il s'expose à une volée de bois vert de Jean-Luc Mélenchon. Et encore, le mot est faible. Début octobre déjà, Emmanuel Moulin avait averti, dans une interview au « Financial Times », sur le risque pour la France d'être « étranglée par les taux d'intérêt » sans redressement sérieux de ses finances publiques. Hauts cris du candidat de La France insoumise à la présidentielle. Trahison ! avait tonné le tribun, accusant l'ex-directeur général du Trésor et ex-secrétaire général de l'Elysée, de prendre « publiquement parti contre son pays à l'étranger » et d'appeler ainsi implicitement les « spéculateurs » à sanctionner la France. Trahison et donc menaces : « Il sera poursuivi pour cela […], il n'y aura pas de prescription en 2027. »

Coup de pression

Mélenchon en mode Maga ? Toujours est-il que ce coup de pression a fait penser à ceux exercés par Donald Trump contre Jerome Powell lorsque celui-ci dirigeait encore la Réserve fédérale américaine (Fed)… Ce mercredi, rebelote, donc, mais plutôt en mode Tsipras, du nom de l'ancien Premier ministre grec. Nouvelle déclaration, ire de Jean-Luc Mélenchon. Au moment où le Parlement s'empare du budget, Moulin a, depuis Bangkok, en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, appelé parlementaires et exécutif à « prendre [leurs] responsabilités » pour qu'un budget soit adopté. Glissant au passage que la Banque centrale européenne comme la Banque de France ne pouvaient pas faire grand-chose dans ce processus. Réplique de Mélenchon ? Sur X d'abord, « commis de Macron », « tuteur de notre pays au service de la finance », qui « donne des leçons aux députés », « en alliance avec la directrice du FMI » laquelle « annonce des années de sacrifices pour retrouver la 'confiance' des marchés spéculateurs ». Et Mélenchon, ironique, d'en appeler à « la banquière centrale » Christine Lagarde pour « rappeler à l'ordre son employé ».

La grande illusion

Première salve, suivie d'une deuxième lors de la présentation de sa recette pour redresser les comptes. Tout y est. « Trahison des élites », « comploteurs qu'ils sont contre notre pays », « ces gens cherchent à provoquer des effets de panique pour ramener le troupeau vers la bonne sortie », attaque l'Insoumis. La situation actuelle ? « Une stratégie et pas un hasard », « projet allemand de l'ordolibéralisme ». Et voilà qu'il déroule sa théorie aux accents complotistes contre ces dirigeants - tous en prennent pour leur grade de Macron à Sarkozy en passant par Hollande et Bayrou - qui auraient sciemment coulé les comptes, pour faire exploser la dette, couper dans les services publics et que les marchés prennent la main sur tout. CQFD… Bref, il exploite les points noirs du bilan d'Emmanuel Macron, s'engouffre dans quelques brèches (les derniers postes d'Emmanuel Moulin) pour attaquer l'indépendance des banques centrales, surfe sur le dégagisme ambiant et l'envie de croire que tout se résoudra en taxant à tout-va et en rayant d'un trait de plume une partie de la dette. La grande illusion.

Isabelle Ficek