« Des enfants ont été exposés » : à Rennes, la colère de ces parents face à l’emploi de gaz lacrymogènes près de leur école
Le mardi 6 octobre 2026, Sainte-Anne se transforme à nouveau en épicentre des tensions. Après la manifestation lycéenne de la fin de matinée, quelques centaines de participants prennent la direction de la célèbre place du centre historique pour un rassemblement non autorisé, en fin d’après-midi. Cette fois encore, les lieux se transforment en théâtre d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. La fois de trop pour Magda, mère de famille, qui se rend alors à une réunion d’école, dans une rue adjacente, son bébé de trois mois sous le bras.
Des enfants privés de récréation
Pensant la voie libre, elle traverse la place et tombe nez à nez avec les policiers, en pleine opération de maintien de l’ordre pour disperser l’attroupement. « Ils ont lancé des bombes lacrymogènes à ce moment-là », témoigne-t-elle. La jeune femme rebrousse chemin en catastrophe mais elle et son nourrisson n’échappent pas aux fumées. « Chaque manif, on sait qu’il peut y avoir des débordements, lâche Magda. On en a marre de se faire gazer alors qu’on va chercher nos enfants. » Ce jour-là, à la sortie de l’école, plusieurs élèves et leurs accompagnants sont eux aussi pris dans le nuage irritant. Et c’est loin d’être la première fois.
Déjà, en 2023, le long mouvement contre la réforme des retraites, émaillé de violences, n’avait pas été sans conséquence sur les deux établissements du coin, la maternelle Saint-Malo et l’élémentaire du Contour Saint-Aubin, situés dans un mouchoir de poche, derrière la basilique. Une crèche accueille aussi des tout-petits de l’autre côté de la place. À l’époque, les élèves avaient été confinés à plusieurs reprises à l’intérieur par mesure de précaution, sans pouvoir profiter de la cour de récré. Ce fut encore le cas mardi. « Les lacrymogènes ne s’arrêtent pas à la porte de l’école », pointe Laure, une autre mère de famille. Les militants non plus : en 2025, des individus cagoulés avaient escaladé les grilles pour échapper à une charge de la police.
Deux nouvelles lettres à la préfète et à la municipalité
Cette année-là, les parents avaient écrit une lettre pour alerter les autorités. Après le nouvel épisode du 6 octobre, ils ont repris la plume pour écrire deux missives - une par établissement - à la préfecture, à la municipalité et à l’Éducation nationale. « Des enfants présents sur place ont été exposés aux fumées et certains ont dû courir pour tenter d’échapper à la zone », s’indignent les représentants de l’école Saint-Malo. Ils confient aussi leur inquiétude face aux conséquences de ces évènements à répétition sur les petits. Notamment pour ceux qui souffrent d’asthme. Ou encore pour ceux qui assistent à « des scènes de violence, de panique et de désordre particulièrement impressionnantes ».
« Ce sont des faits graves qui exposent les enfants, les familles et les personnels éducatifs à des risques physiques et à une situation particulièrement anxiogène, alors que l’école devrait demeurer un lieu protégé », ajoutent les familles du Contour Saint-Aubin. « La situation est désormais intolérable. Faut-il attendre un accident pour que nos alertes soient enfin prises au sérieux ? »
Leur demande : une meilleure coordination entre les services municipaux, les directeurs d’établissements et la préfecture, afin d’anticiper les manifestations. Ils réclament aussi des mesures préventives pour éviter l’emploi de lacrymogènes près des bâtiments scolaires ou des trajets empruntés par les élèves. « Nous ne sommes même pas sûrs que les CRS, qui viennent parfois d’autres régions, sont informés de la proximité des écoles », s’interroge Laure. « Vu les moyens déployés, il doit y avoir possibilité de bloquer l’accès à Sainte-Anne en fin de journée, aux horaires de sortie, pour éviter ce genre de débordements ».
La préfecture pointe la responsabilité des manifestants
Contactée, la préfecture pointe « les troubles graves à l’ordre public » régulièrement causés par des manifestants sur la place. Les feux de poubelles, par exemple, allumés au-dessus des bouches d’aération du métro. D’où « un risque majeur de propagation et de dégagement de fumées toxiques nécessitant l’intervention immédiate des sapeurs-pompiers ». Dans ce contexte souvent marqué par des jets de projectiles, elle estime que les forces de l’ordre interviennent « avec un grand professionnalisme », en utilisant « des moyens intermédiaires strictement nécessaires et proportionnés ».
Les services de l’État indiquent aussi œuvrer pour empêcher les cortèges d’accéder au centre historique, où les parcours officiels n’ont plus le droit de passer depuis le mouvement contre la loi travail de 2016. Aucun rassemblement n’a d’ailleurs pu se tenir à Sainte-Anne lors des deux manifestations lycéennes qui ont suivi le 6 octobre. Des efforts qui, cependant, n’empêchent pas à tous les coups les manifestations sauvages, parfois imprévisibles. Et la préfecture de conclure : « Il est particulièrement regrettable que les agissements violents des individus en cause troublent la tranquillité du quartier ».