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Aucun repreneur pour la Fonderie de Bretagne

Les Échos · 13/10/2026 · ← revue

Le pire des scénarios s'est bel et bien produit : aucun candidat n'a déposé de dossier pour la reprise de la Fonderie de Bretagne (FDB). Sauf miracle, le tribunal de commerce devrait donc prononcer, ce jeudi, la liquidation judiciaire de l'entreprise historique, qui emploie 244 salariés à Caudan, dans le Morbihan. « Encore ces derniers jours, j'ai tenté de convaincre un groupe industriel intéressé, en lui proposant un soutien financier de l'Etat pour l'aider à la reprise. Malgré ces efforts, il n'a pas souhaité confirmer son offre », a commenté Sébastien Martin, le ministre délégué à l'Industrie, en amont du comité social et économique extraordinaire du site. La liquidation de la FDB signera donc l'épilogue de ce feuilleton industriel symbolique mais dont l'issue était, en réalité, assez prévisible. Car Renault, qui a détenu l'usine jusqu'en 2022, a toujours refusé de s'engager sur de futurs volumes de commandes, compte tenu des incertitudes du marché automobile. Cette position avait conduit, en 2024, à l'échec de la reprise envisagée par le fonds allemand Private Assets. L'usine n'avait dû son salut qu'à l'intervention du groupe Europlasma, dont le projet semblait, alors, le seul crédible.

« Vocation industrielle »

La suite est connue. L'industriel landais, qui se présentait comme un champion du sauvetage des sites industriels en difficulté, n'a jamais été en mesure de tenir ses engagements, en particulier concernant son plan de diversification dans l'armement. Après des mois d'atermoiements, la FDB a été de nouveau placée en redressement judiciaire, en juillet dernier. In extremis, Renault a débloqué 4 millionspour assurer la poursuite de l'activité. Avec un outil industriel victime d'un incendie en début d'année, sans investissements massifs et dans une conjoncture industrielle dégradée, l'usine avait somme toute peu de chances d'attirer de nouveaux repreneurs. Au cours des dernières semaines, un seul candidat - un industriel européen dont le nom n'a pas filtré - s'est porté volontaire. Mais, là encore, la question des engagements de volume a constitué une pierre d'achoppement. « La catastrophe aurait pu être évitée », tance le député écologiste Damien Girard. « L'Etat aurait pu peser sur Renault, dont il détient 15 % du capital. Il aurait pu aussi accélérer la diversification par l'intermédiaire de la DGA », juge l'élu, qui a milité en faveur d'une nationalisation provisoire de l'usine. A Caudan, la colère a laissé place à la résignation. « Voilà, c'est fini », a simplement lâché Maël Le Goff, représentant CGT des salariés qui, malgré les difficultés, ont tout fait pour assurer la pérennité de l'usine. En désespoir de cause, la semaine dernière, ils avaient mené une série d'actions - des blocages de voies ferrées et de ronds points notamment - pour alerter sur le sort de la fonderie, souvent présentée comme une pièce importante du plan de réarmement français. Un engagement salué par le président de région, Loïg Chesnais-Girard, qui a remercié les services de l'Etat et les élus locaux, pour leur travail. « Nous travaillerons à ce que ce site conserve une vocation industrielle », a-t-il assuré. « Des instructions seront données à la préfecture du Morbihan pour qu'un accompagnement spécifique soit mis en place pour les salariés. Je serai particulièrement vigilant à ce que le PSE leur soit favorable », a ajouté Sébastien Martin, qui avait prévenu, en juin, que les dirigeants d'Europlasma auraient « des comptes à rendre ».

Guillaume Roussange (Correspondant à Rennes)