« Ma mère ne voulait pas que je manifeste, elle a peur pour moi » : l’ombre des violences autour du mouvement lycéen à Rennes
Le sujet est dans toutes les bouches des lycéens. Et ferait (presque) passer au second plan leurs revendications, qui vont de la dénonciation de Parcoursup, des emplois du temps saturés et des infrastructures dégradées aux manques d’effectifs enseignants. Depuis le début du mouvement, la question des violences policières revient dans chaque cortège. Ce mardi 13 octobre 2026, ce fut encore le cas lors de la manifestation qui a réuni plus de 7 300 personnes dans les rues de Rennes. « Avant de venir en manif, on a peur et il y a du stress, raconte Elohanne, en Terminale Maths-physique au lycée Chateaubriand. Quand on voit les images de répression et les manifestants gravement blessés, ça crée un climat très anxiogène autour de nous ».
Pourtant, Elohanne et ses camarades sont bien là, ce mardi, pour battre le pavé dans le centre-ville de Rennes. « Ça n’enlève pas notre colère et notre volonté de voir nos conditions de vie dans nos lycées s’améliorer », explique une de ses camarades, en milieu de cortège. Pourtant ce mardi, la manifestation s’est déroulée dans le calme. Hormis les désormais habituels affrontements entre des groupes d’individus violents et les forces de l’ordre en fin de rassemblement, il n’y a eu qu’un seul moment de tension.
« On ne se met jamais en tête de cortège »
Sur les coups de 13 h 30, alors que les manifestants atteignaient le pont Pasteur, la tête de cortège a décidé de changer d’itinéraire, et de se rendre devant les locaux de la Direction académique. « C’est aussi à cause de ça qu’on se fait gazer, s’indigne une des têtes d’affiche du mouvement lycéen. Il n’y a pas de leader dans nos manifestations, alors si la tête de cortège décide de changer les plans, on doit suivre. Et ça peut créer des tensions ». Pour les empêcher de passer et les ramener sur leur itinéraire d’origine, les forces de l’ordre ont fait usage de leur canon à eau et de gaz lacrymogène. Ce fut également le cas mardi 6 octobre, lorsque les lycéens ont voulu se rendre devant l’Hôtel de Ville.
Pour éviter ce type de face-à-face, la majorité des lycéens s’adaptent. « On ne se met jamais en tête de cortège, rapporte Louise, en Terminale générale à Jean-Macé. Je n’ai vraiment aucune envie d’être blessée, donc je reste un peu en retrait. Les premières fois, je suis allée devant et je me suis fait déchirer par les canons à eau et le gaz ». Antoine et Aglaé, élèves à Chateaubriand, préfèrent, eux, rester avec leurs professeurs, en deuxième partie de cortège. « On se sent plus en sécurité avec eux que seuls avec d’autres lycéens ».
« On est préparé à se faire allumer »
D’autres ont plutôt fait le choix de s’équiper en conséquence. « On est préparé à se faire allumer. Lors de la première manif, on a pris du gaz, c’était violent, alors maintenant tout le monde prévoit un masque FFP2 et du sérum physiologique, observe Malia, en Terminale à Jean-Macé. On a aussi décidé de partir tout de suite après la manifestation, une fois revenus place Charles-de-Gaulle. Car c’est là que les affrontements débutent ».
S’ils étaient plus de 7 300 encore ce mardi dans la capitale, « beaucoup de mes camarades lycéens ne sont pas venus car ils ont peur de la répression », observe André, du lycée agricole Théodore-Monot, au Rheu. « Certains de mes copains ne viennent plus ni aux manifs ni aux blocus de lycées parce que leurs parents leur ont interdit. Ils ont peur pour leur enfant », ajoute Louise. Pour elle, la question a aussi suscité des débats à la maison. « Mon père est syndiqué. Il est donc content que je sois mobilisée, et m’a donné des conseils pour ma sécurité, comme rester en retrait et m’équiper d’un masque au cas où. Mais ma mère ne voulait pas que je manifeste, elle a peur pour moi ». La lycéenne était pourtant bien là, ce mardi. « J’ai réussi à la convaincre, mais je lui envoie des textos régulièrement pour la rassurer ».