Présidentielle 2027 : après la primaire, Raphaël Glucksmann face au laborieux défi de rassembler

Par Hadrien Valat
Porté aux nues par les électeurs sociaux-démocrates, Raphaël Glucksmann n'a pas tardé à voir le ciel lui tomber sur la tête. Dimanche soir, entouré de ses soutiens dans la rue après sa victoire dès le premier tour (66 % des voix) à la primaire du pôle socialiste, l'eurodéputé a reçu du riz lancé depuis une fenêtre puis s'est fait enfariner en montant dans son taxi. Quelques instants plus tôt, les « Glucksmann président » de ses partisans avaient été recouverts par des « Mélenchon président » de militants Insoumis venus se mêler aux célébrations. Pour Raphaël Glucksmann, le message est on ne peut plus clair : la vraie bataille débute maintenant. La primaire n'était qu'un amuse-bouche avant d'aller se frotter à Jean-Luc Mélenchon, Edouard Philippe, Gabriel Attal, et surtout Marine Le Pen.
En route, mauvaise troupe
Avant de se lancer tête baissée, le député européen a tout intérêt à trouver des soutiens. Lors de ses prises de parole dimanche soir, il a plusieurs fois promis de « rassembler » sa famille politique et au-delà. Mais après une campagne lors de laquelle les invectives ont fusé, peut-il déjà réunir les socialistes derrière sa candidature ? Tous ont promis, à l'annonce des résultats, de respecter les règles de la primaire et de soutenir le vainqueur. Mais certains avec bien moins d'entrain que d'autres. Dimanche soir, Ségolène Royal a eu beaucoup de mal à même prononcer le nom de Raphaël Glucksmann, avant de renvoyer une pique assassine : « Le stagiaire a gagné, malheureusement. » « A nous tous de forger ensemble cet esprit de victoire », a promis, plus sage, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Tout en rappelant qu'il restait à son poste et comptait bien continuer à oeuvrer à l'union de la gauche, son leitmotiv. L'intervention de Raphaël Glucksmann, au « 20 Heures sur France 2 » puis ce lundi matin sur France Inter, a donc certainement dû l'irriter. La question des alliances avec La France insoumise, après « un tel écart » entre son score et celui du premier secrétaire « a été tranchée », a juré l'essayiste. « Il n'y aura pas d'alliances avec La France insoumise », y compris aux législatives. La question des alliances aux législatives se posera concrètement après la présidentielle dans un contexte que personne ne connaît aujourd'hui et qui peut amener à faire évoluer beaucoup de certitudes actuelles
Un proche d'Olivier Faure
Pourtant, cette décision revient à la direction du PS, qui n'a jamais voulu prendre cet engagement, dans le cas où Marine Le Pen gagnerait la présidentielle et où il faudrait que la gauche lui barre la route à l'Assemblée. « Lors du vote, nous avons désigné notre candidat, il n'a jamais été question des législatives. Ce sera au parti PS de décider et personne d'autre », prévient une représentante de l'aile gauche du PS. « La question des alliances aux législatives se posera concrètement après la présidentielle dans un contexte que personne ne connaît aujourd'hui et qui peut amener à faire évoluer beaucoup de certitudes actuelles », pointe aussi un proche d'Olivier Faure, néanmoins prêt à faire la campagne de Raphaël Glucksmann. Le député européen devra aussi faire avec François Hollande, qui attend décembre pour se décider ou non à se présenter. « Il est le bienvenu », a tendu la main Raphaël Glucksmann. Car l'ombre portée de l'ancien président, s'il ne se rallie pas, pourrait parasiter le début de campagne du patron de Place publique.
Rassembler le reste de la gauche « démocratique »
Deuxième défi, pour Raphaël Glucksmann : rassembler le reste de la gauche « démocratique », selon la formule de l'essayiste. Soit les Ecologistes, les communistes et les ex-Insoumis. C'est mal parti : la primaire a couronné « celui qui fait le choix du repli en refusant toute perspective d'alliance large de toute la gauche et des écologistes. Pour ma part, je reste convaincue que le chemin de la victoire passe par le refus du clanisme et du concept des gauches irréconciliables », a réagi Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes. « Marine, sauf erreur de ma part, le Conseil fédéral [l'instance décisionnaire des Verts] a décidé d'ouvrir des discussions, pas de fermer des portes », lui a répondu le député écolo Jérémie Iordanoff, proche de la ligne de Yannick Jadot, qui a rejoint Raphaël Glucksmann. Pour l'heure, les soutiens du candidat tout juste désigné ne s'affolent pas. « L'électeur écolo est bien plus européen et centriste que la direction du parti », estime ainsi un parlementaire PS.
« Primaire de Raphaël à Glucksmann ! »
Les signaux sont aussi mauvais du côté des ex-Insoumis. « Raphaël Glucksmann remporte la primaire de Raphaël à Glucksmann ! », a ironisé François Ruffin sur les réseaux sociaux. « Les socialistes avec l'espace social-démocrate tournent le dos à l'union à gauche. […] Doit-on s'attendre demain à un accord avec le mal nommé 'bloc central', qui n'est rien d'autre que la droite ? », a aussi pourfendu Clémentine Autain. « Ces gens-là sont sympas, mais ça ne représente aucune assise électorale », balaye le proche de Glucksmann précité. Qui espère que la dynamique de son champion dans les prochaines semaines suffira à asseoir sa légitimité sur la gauche « non mélenchoniste ».