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Présidentielle 2027 : Glucksmann, les inconnues des jours d'après

Les Échos · 12/10/2026 · ← revue

Par Isabelle Ficek

« Enfin la bataille commence ! » Sourire aux lèvres, yeux écarquillés comme encore étonné lui-même de sa victoire par KO à la primaire socialiste, c'est un Raphaël Glucksmann toujours aussi peu à l'aise dans son expression, mais habité - voilà un candidat sincère -, qui martèle cette phrase le jour d'après. La première manche du pari est gagnée, de loin. Il l'a remportée sur la « clarification » de la ligne, n'a-t-il de cesse de rappeler : plus jamais d'alliance avec LFI, plus de « compromissions ». Plus besoin de « sacrifier une part de vous-même » pour battre l'extrême droite, dit-il aux électeurs de gauche que hérisse Jean-Luc Mélenchon. De la place pour une gauche sociale-démocrate ? « LFI entretient l'idée qu'il n'y a pas le choix, il montre l'inverse, les mouches peuvent changer d'âne, passer de Méluche à Raphaël », veut croire un soutien, qui voit son poulain pouvoir gagner du terrain, et sur sa gauche et chez les électeurs de gauche partis en 2017 chez Macron. Bref, il y aurait de la place pour une gauche sociale-démocrate, veut signifier Glucksmann. Et c'est même là pour lui « la condition d'une victoire en 2027 ». Il veut disputer à Edouard Philippe le statut de celui qui peut empêcher un second tour entre le leader de LFI et l'extrême droite de Marine Le Pen. C'est là la « vraie bataille » qui commence, pleine d'inconnues, il le sait. D'abord, LFI va tout faire pour le dépeindre en candidat vendu au macronisme. Avec quels effets ? Ensuite, le corps électoral qui l'a plébiscité était étroit et forcément motivé. Cet espace social-démocrate, morcelé, reviendra-t-il au bercail ?

Jupiter, embellie, toboggan

Raphaël Glucksmann sait aussi la nécessité - et les difficultés - du rassemblement. La défaite est lourde pour Olivier Faure. La voie du recours s'est brusquement compliquée pour François Hollande. Il les a appelés à faire campagne ensemble - et n'imagine pas « qu'on puisse s'adonner à autre chose que l'intérêt général » -, il veut une campagne « en équipe », gage pour lui d'une rupture avec la pratique d'Emmanuel Macron - « Jupiter c'est fini. » Il n'empêche, ses mots trahissent quelques doutes sur la vigueur qu'ils pourront mettre à le rejoindre. Et c'est sans parler des autres partenaires à gauche hors LFI, divisés. Aussi Raphaël Glucksmann tente-t-il de se poser en candidat au-dessus des partis - « Je ne suis pas cadre du PS, je veux parler aux Français » -, en chantre de la « rupture réaliste », qui souhaite négocier des avancées dans ce budget « inacceptable ». Cela n'empêche pas le groupe PS à l'Assemblée de défendre une motion de rejet sur le budget, curieuse manière de négocier… Dans les états-majors des candidats, beaucoup s'attendent à une embellie sondagière post-primaire pour Glucksmann, mais nombreux sont ceux qui lui imaginent aussi un destin à la Valérie Pécresse : le toboggan après l'embellie. Il est évidemment trop tôt pour le dire. Mais peut-être est-ce le signe que le regard a changé sur lui ? Encore une inconnue.

Isabelle Ficek