Revue de presse

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Lignes rouges, rapprochements… Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon sont-ils vraiment si « irréconciliables » ?

Ouest-France · 12/10/2026 · ← revue

Il a été élu sans partage par plus de 120 000 électeurs lors de la primaire de la gauche sociale-démocrate. Raphaël Glucksmann est depuis dimanche 11 octobre 2026 le candidat du Parti socialiste pour l’élection présidentielle de 2027. Le député européen et fondateur du mouvement Place publique a raflé la mise en se plaçant, notamment, comme un rempart contre toute alliance avec La France insoumise.

« Nous allons mettre fin à l’hégémonie psychologique, culturelle, politique, idéologique des brutaux et des violents sur la gauche française », a-t-il promis lors d’un entretien à France Inter ce lundi. Si le candidat se veut très dur dans ses mots à l’encontre des alliés du PS, des Écologistes et des communistes à l’Assemblée nationale, son programme se veut-il également en rupture avec celui de Jean-Luc Mélenchon (dont la version détaillée doit être publiée le 6 novembre prochain) ? On compare.

Des lignes rouge vif sur l’international

C’est sans doute le sujet sur lequel les divisions sont les plus importantes. La principale concerne notamment leurs points de vue sur l’action de la force face aux conflits mondiaux : « Nous sommes les partisans du non-alignement », a redit Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), dimanche 11 octobre. Ainsi, le candidat âgé de 75 ans plaide notamment pour sortir de l’Otan, cette alliance militaire regroupant plusieurs pays européens ainsi que le Canada et les États-Unis, ou encore pousser l’Ukraine et la Russie à ouvrir des négociations pour une « paix durable ».

Le ton est bien plus différent du côté du député européen : « Ce qui se joue en Ukraine, c’est pas juste l’avenir de l’Ukraine, c’est [celui] de l’ensemble de l’Europe », a-t-il répété lors d’un débat entre candidats de la primaire de la gauche. Selon lui, il faut augmenter l’aide à Kiev (financière comme militaire), maintenir de lourdes sanctions diplomatiques contre la Russie et pousser les forces armées russes à la défaite.

Différences aussi, mais d’ordre sémantique, sur le rôle d’Israël dans la guerre au Moyen-Orient : s’il « dénonce Benyamin Netanyahou » sur les actions de « purification ethnique » que son gouvernement fait à Gaza et en Cisjordanie, et souhaite que l’Union européenne dénonce l’accord commercial avec le pays – des positions partagées par LFI –, le député européen dit vouloir « faire attention aux mots qu’on emploie ». Ainsi, Raphaël Glucksmann dit reprendre la qualification actuelle de la Cour pénale internationale de « crimes contre l’humanité et de guerre », quand Jean-Luc Mélenchon parle sans détour de « génocide » en cours dans la bande de Gaza.

Europe et retraites, autres points d’achoppement

Entre les deux candidats, c’est aussi la thèse et l’antithèse autour de leurs relations avec l’Union européenne. Le premier est un européiste convaincu et souhaite plus de fédéralisme sur le continent. Très peu pour le tribun insoumis, qui souhaite conditionner la contribution française au budget de l’UE et permettre au pays de se défausser des dispositions des traités européens empêchant d’appliquer le programme de LFI « tant en matière sociale qu’environnementale ».

L’autre divergence majeure concerne la sortie du monde du travail : tous deux souhaitent bien revoir à la baisse l’âge de départ, qui est désormais de 64 ans pour les personnes nées à partir du 1er janvier 1969. Chacun fixe cependant son seuil : « À partir de 62 ans » pour Raphaël Glucksmann, mais avec un « système de décote » en fonction de la pénibilité et une injonction à « travailler plus » pour ceux qui ont « une expérience de vie en bonne santé ».

Jean-Luc Mélenchon, lui, souhaite instaurer la retraite à 60 ans pour tous, mesure phare de son programme depuis 2017. Devant le patronat fin août, le chef de file de LFI précisait un retour « à 62 ans dans un premier temps », avant de passer à 60 « le plus vite possible ».

Des points d’accord, il y en a aussi (beaucoup)

Malgré les joutes verbales désinhibées entre les deux candidats, tout n’oppose pas leurs programmes, loin s’en faut. Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon partagent la même ambition d’augmenter le Smic, le salaire minimum. Longtemps, les deux candidats avançaient le chiffre de 1 600 €, avant que LFI ne rehausse ce seuil à 1 700 €. Chacun veut également revenir sur la réforme décriée de l’assurance chômage tout comme la pérennisation du dispositif Territoire zéro chômeur de longue durée.

Ils défendent également d’une même voix le « fabriqué en France », par une stimulation de la commande publique française pour le social-démocrate ou des nationalisations pour l’Insoumis, ainsi que des prix planchers pour rémunérer les agriculteurs et une restauration collective scolaire préférant l’utilisation de produits locaux et issus de l’agriculture biologique.

Sur le logement aussi, Place publique et La France insoumise croisent leurs programmes : encadrement des loyers, régulation des meublés touristiques Airbnb, lutte contre les logements vides en revoyant la fiscalité liée aux logements vacants ou encore objectif zéro sans-abri… Les propositions s’entrechoquent, avec peu de divergences sur le fond. Une meilleure contribution des ultra-riches et des grandes entreprises à la solidarité nationale est également évoquée d’un côté comme de l’autre, tout comme la mise en place de la taxe Zucman, totem de la gauche.

Si Raphaël Glucksmann a répété durant les débats de la primaire avoir « une divergence de ligne, de doctrine, de stratégie » avec La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon, leurs deux courants seraient-ils vraiment irréconciliables ? Rien n’est moins sûr… en principe. Parmi les autres candidats de gauche déjà en course, l’Écologiste Marine Tondelier a une nouvelle fois dit rester « convaincue que le chemin de la victoire passe par le refus du clanisme et du concept des gauches irréconciliables ». Les semaines passant, les appels à l’union pourraient se montrer de plus en plus insistants.