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Rachat de SFR : les négociations entre le consortium et les élus vont reprendre, sur fond de bataille judiciaire

Les Échos · 12/10/2026 · ← revue

Par Mehdi Laghrari

Le dialogue social va se remettre en marche entre les acheteurs et les salariés de SFR. Trois semaines après la dernière réunion de négociations entre le trio Bouygues-Orange-Free et les représentants du personnel de l'opérateur désormais vendu, le consortium revient à la table des discussions. Selon nos informations, une nouvelle réunion doit se tenir ce vendredi 16 octobre pour tenter d'avancer de nouveau vers un accord de principe, après la rupture du dialogue en vigueur depuis la dernière rencontre du 21 septembre. Lors de celle-ci, le consortium, représenté par Bouygues Telecom, avait présenté ce qu'il considérait comme son offre finale.

Indemnités inférieures à 2017

Une proposition jugée insuffisante par les syndicats, qui réclament toujours trois offres de reclassement pour chaque salarié dont le poste serait supprimé, contre une seule à ce stade. Ils demandent également un congé de reclassement de dix-huit mois, ainsi que des indemnités de départ au moins équivalentes à celles accordées lors du plan de restructuration de SFR en 2017. « On ne peut pas avoir moins d'indemnités qu'on a eues précédemment alors même que c'est une opération d'envergure », plaide Abdelkader Choukrane, délégué syndical Unsa, qui rappelle par ailleurs que d'ici à 2028, près de la moitié des salariés de SFR aura plus de 50 ans. « Il y a des moyens qui sont mis dans ce rachat, il ne faut pas que ce soit les salariés qui payent toute l'addition de cette concentration ». VIDEO - Rachat de SFR : qu'est ce que ça change pour les 25 millions d'abonnés ? De leur côté, les repreneurs défendent les efforts consentis. Au moins 5.000 des 8.000 salariés de SFR rejoindraient directement l'un des trois opérateurs, principalement Bouygues Telecom, repreneur de la filiale BtoB. Une source assurait récemment aux « Echos » que l'enveloppe globale allouée aux mesures d'accompagnement social (indemnités…) aurait été relevée d'environ 800 millions à près d'un milliard d'euros au fil des négociations.

Bras de fer avec la direction

Mais ces mesures sont jugées insuffisantes par les représentants du personnel, engagés par ailleurs dans un bras de fer avec la direction d'Altice France (maison mère de SFR). Le 6 octobre, au terme de quinze semaines de procédure d'information-consultation, le comité social et économique (CSE) central de SFR a refusé de rendre son avis sur le projet de cession présenté par la direction. Les élus estiment ne pas disposer de toutes les informations nécessaires pour mesurer ses conséquences sur l'emploi et l'organisation du groupe. Une lecture contestée par les dirigeants de SFR, qui soulignent dans un courrier interne datant du 6 octobre avoir prolongé la consultation à deux reprises et transmis de nombreux documents aux représentants du personnel. Surtout, Arthur Dreyfuss, PDG d'Altice France, et Mathieu Cocq, PDG de SFR, considèrent dans ce courriel que le CSE est réputé avoir été consulté et avoir rendu un avis négatif à l'expiration du délai légal. Ce que les syndicats dénoncent comme un passage en force, alors que l'avenir de nombreux pôles du groupe reste en suspens. A commencer par Altice Technical Services (ATS), la filiale technique de SFR, qui emploie quelque 3.200 salariés. Non reprise par le consortium, celle-ci dépend toutefois fortement de SFR. Mécaniquement, les élus craignent que la vente de l'opérateur ne débouche sur le licenciement pur et simple de ses salariés, chacun des opérateurs disposant de ses techniciens.

Judiciarisation de la négociation

C'est désormais à la justice de départager les deux camps. Plusieurs procédures ont été engagées par les élus pour contester la régularité de la consultation. Une première décision est attendue le 26 octobre concernant le pôle SFR. Les représentants ont également sollicité un rendez-vous avec l'Autorité de la concurrence, afin de leur exposer leurs inquiétudes sur l'opération. Ces procédures restent toutefois très liées aux garanties éventuelles que pourraient obtenir les élus dans leurs discussions avec le consortium. « Tout le monde a intérêt à ce qu'un accord de principe soit trouvé, que ce soit les salariés ou les acquéreurs de SFR, qui voudront que la société continue de fonctionner pendant le transfert », résume un observateur du secteur.

Mehdi Laghrari