Revue de presse

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Edwige Diaz, la bonne soldate passée cheffe locale du RN au Sénat

Le Monde · 12/10/2026 · ← revue

Le chat est un collaborateur prisé dans les rangs du Rassemblement national (RN). Des élus du parti d’extrême droite en auraient adopté, ces dernières années, pour s’attirer l’attention de Marine Le Pen, passionnée par les félidés jusqu’à devenir éleveuse professionnelle. Edwige Diaz n’a pas l’ailurophilie opportuniste : âgés de 14 à 16 ans, ses compagnons Momo, Tototte et Gladys sont plus vieux que sa première carte au Front national (FN, devenu RN en 2018), réglée en 2014. La nouvelle sénatrice de Gironde est pourtant passée maître dans la dévotion à la cheffe. Les succès électoraux, pas plus que l’intégration des cercles dirigeants lepénistes (jusqu’au très restreint bureau exécutif du RN), n’ont affecté la prudence zélée de la trentenaire, amatrice de couleurs flashy. Pas un avis qui ne soit précédé d’un prudent « comme Marine [Le Pen] et Jordan [Bardella] le disent ». Pas une ambition qui ne soit dissimulée derrière son statut de « soldat », prête à sauter n’importe où le voudraient les deux têtes de son parti. Le dimanche 27 septembre, une fois acquis les 450 grands électeurs nécessaires pour intégrer le Sénat (elle obtiendra finalement 709 voix), la députée ose informer Marine Le Pen que, « si le poste est vacant, [elle se] rendr[a] disponible ». Le « poste » en question lui était promis avant même le scrutin : la Marseillaise de naissance sera bien présidente du premier groupe d’extrême droite du Sénat. Le Palais du Luxembourg était imprenable quand Edwige Diaz a, pour la première fois, représenté le FN, en 2014 : 3,51 % seulement des suffrages, à l’époque, deuxième d’une liste « Bleu Marine » très « Jean-Marie ». Jacques Colombier, son numéro un, patron incontesté de la fédération girondine, comptait parmi les derniers vestiges d’une génération peu soucieuse de dédiabolisation. Celle qui lui succédera dès 2016 comme déléguée départementale – et jure avoir succombé à Marine Le Pen seulement, lors d’un meeting en Corrèze – joue après coup l’ingénue : « Il m’a fait ma première carte [d’adhérente], mais je ne le connaissais pas. » L’eurodéputé ne guidera pas moins ses premières années de militante, lui imposant une règle qui deviendra recette magique : aller partout.

« Génération Marine »

Les défaites à la chaîne (sénatoriales 2014 et 2020, régionales 2021, municipales 2020, législatives 2017) n’ont pas entamé la percée de l’ancienne cheffe d’entreprise (responsable de parcs de loisirs pour enfants) dans l’appareil RN. Sa communication robotique, mais sans accrocs, et sa disponibilité médiatique en ont fait vite un visage de la « génération Marine », ces incarnations propres et souriantes d’un mouvement dissimulant saillies et radicalités dans l’arrière-boutique. Envoyée sur tous les plateaux, l’élue (conseillère régionale depuis 2015) collectionne les casquettes dans le parti : membre du bureau national et de la laborieuse commission d’investiture, la vice-présidente du RN est par ailleurs chargée de la poussive formation. Son abnégation en Gironde, arpentant chaque semaine les terres rurales et historiquement de gauche du Médoc, est érigée en modèle : le « 33 » caracole en tête du classement interne des fédérations, les adhésions s’envolent, les fréquentes visites de « Marine » et « Jordan » y portent d’imparables coups de projecteur. Son élection en 2022 à l’Assemblée nationale couronne la « méthode » Diaz. Loin de se reposer sur son nouveau siège, elle en fait un tremplin au service de sa conquête locale. Sa visibilité à Paris assoit sa légitimité sur les marchés. Après la dissolution du 9 juin 2024, elle est l’unique élue dès le premier tour en Nouvelle-Aquitaine. « Avec elle, le RN est devenu en Gironde l’alternative de droite mainstream à la gauche, observe Camille Bedock, chargée de recherche CNRS au Centre Emile-Durkheim de Bordeaux. Dans le passé, le modèle politique dominant consistait en l’exercice de mandats locaux avant d’espérer une assise nationale. Elle incarne un nouveau mode d’implantation, inverse, tenté, avec moins de succès ailleurs, par le RN. » De ses quatre années à l’Assemblée nationale, Edwige Diaz laissera un souvenir essentiellement médiatique. Assidue lors des scrutins publics, elle s’est révélée plus évanescente en commission et n’a mené aucun travail saillant, ni porté de texte majeur. L’apprentie juriste, étudiante « par plaisir » en parallèle de ses mandats, revendique pourtant des « journées de dix-huit heures ». Le décompte stakhanoviste, accroché comme une médaille dans un portrait de Paris Match, publié le 29 septembre, relève surtout du déminage : le site d’informations Les Jours a révélé le 16 septembre ses colossaux frais kilométriques lors des législatives anticipées de 2024. La députée sortante assure avoir parcouru plus de 5 000 kilomètres, effectués lors de fréquents parcours de près de neuf heures. « Je ne vais pas faire de fausse déclaration pour risquer l’élection, argumente Edwige Diaz. Oui, je suis une militante, oui, je fais beaucoup de kilomètres. » Ses dernières prouesses routières mises à part, Edwige Diaz endosse sa nouvelle charge sans grandes polémiques. Cet été, des adversaires avaient bien exhumé un entretien accordé par la lepéniste en février 2022 à LCI : elle apparaissait, en duplex, près d’une affiche proclamant : « Le parti ne te doit rien, tu dois tout au parti », soit le slogan du fasciste Parti populaire français de Jacques Doriot. L’élue s’est défendue en précisant qu’elle intervenait depuis le bureau de Jean-Lin Lacapelle, l’ancien responsable des fédérations du FN, aujourd’hui collaborateur du mouvement, qui l’avait propulsée cheffe en Gironde en 2016. La formule, reprise à leur compte depuis les années 1970 au Front national par Jean-Marie Le Pen ou Louis Aliot, ne dérogerait pas, sur le fond, à la philosophie professée par Edwige Diaz : rien ne compte pour elle que le parti. A peine constitué, son groupe marche d’ailleurs déjà à la baguette : « Je ne veux pas une entité indépendante, je veux des militants pour Marine. »