« C’est très flou. » Après les blocus, le distanciel s’improvise dans les lycées lorientais
Le témoignage d’Allana, élève au lycée Colbert à Lorient (Morbihan), illustre les difficultés à organiser les cours à distance pendant les blocus. Alors qu’une journée au lycée dure environ huit heures, elle estime le temps consacré aux cours à deux heures et demie maximum par jour, et parfois une heure à peine. Ce lundi 12 octobre 2026, les huit établissements de la ville demeurent fermés, depuis une journée de blocages particulièrement agitée le jeudi 8 octobre.
Aucun cours en visio, que des PDF pour la classe d’Allana. La lycéenne reçoit des documents réguliers en mathématiques et français, et de rares exercices dans certaines matières : ce lundi, elle a passé une quinzaine de minutes sur un QCM de physique-chimie. Comme on n’a pas vu les profs depuis les blocus, c’est très flou. Moi ça me stresse beaucoup. Il va falloir tout rattraper. Avec les évaluations, ça va faire beaucoup.
« Je trouve l’organisation assez bancale »
Margot, lycéenne à Marie-Le-Franc, trouve l’organisation assez bancale. Quand les cours à distance ont été mis en place, on ne savait pas si les professeurs fonctionnaient par visio ou par mail. Donc, on se levait pour attendre un mail qui n’arrivait parfois jamais, se rappelle-t-elle. La lycéenne sent la pression induite sur le corps enseignant : On comprend que ça les embête beaucoup, souligne Margot. Ils ne peuvent pas avancer comme ils le souhaitent, les évaluations n’arrêtent pas d’être repoussées ce qui les retarde également.
Des enseignants « livrés à eux-mêmes »
Un enseignant de Colbert témoigne de la solitude dans laquelle se trouvent les professeurs : On n’a pas eu de directive. On est 200 profs pour dix caméras de dispo, personnellement je n’ai pas de webcam ni de poste adapté. On est livrés à nous-mêmes.
Proviseur du lycée Dupuy-de-Lôme, Jean-Christophe Bidet défend la confiance dans son équipe pédagogique : Certains font des classes virtuelles, d’autres envoient des travaux. Chaque professeur, dans le cadre de sa liberté pédagogique, organise ses suivis.
« Ça me fait du chagrin. C’est de l’anti-pédagogie »
Sophie Zimmerman, ancienne professeure de lettres au lycée Dupuy-de-Lôme, a connu l’enseignement à distance lors du confinement. Voir revenir cette situation me fait du chagrin. C’est de l’anti-pédagogie. Enseigner passe par la relation, c’est presque un corps à corps. Repérer l’élève qui fronce les sourcils, poser la main sur un avant-bras pour dire « tu vas y arriver ». Avec le distanciel, on perd les conditions essentielles de l’enseignement », déplore celle qui a quitté son métier le plus tard possible.
La retraitée pointe une autre problématique, celle de l’inégalité entre les élèves, accentuée lorsqu’ils sont en dehors des murs de l’école républicaine : Les meilleurs s’en sortent toujours, mais ce qui nous importe, nous, c’est l’élève en difficulté réelle. Ils n’ont pas les mêmes conditions d’étude à la maison.