Revue de presse

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REPORTAGE. « Maman, quelqu’un tire avec une arme au collège ! » : à Aubagne, la sidération des élèves et des familles

Ouest-France · 12/10/2026 · ← revue

Chloé, Karim, Augustin… Quelqu’un est venu vous chercher ? Il est 12 h 30, devant le collège Lakanal d’Aubagne (Bouches-du-Rhône). Un à un, des élèves sont autorisés à sortir, au milieu d’un dispositif policier et ambulancier massif. Deux heures et demie plus tôt, un adolescent de 14 ans, scolarisé en troisième, a tiré plusieurs coups de fusil dans l’établissement, blessant le proviseur et une enseignante, avant d’être maîtrisé par le CPE. Parmi les 700 élèves de l’établissement, maintenus en sécurité le temps de la sécurisation des lieux, les témoins de la scène sont les derniers à sortir, retenus par des auditions et une cellule d’écoute psychologique.

Derrière le cordon policier, des parents patientent, parfois depuis deux heures. Pas le courage de parler, glisse un papa. Marjorie, elle, attend l’une de ses deux filles, qui est en troisième. Elle m’a appelée depuis sa classe pour me dire : “Maman, il y a quelqu’un qui tire avec une arme au collège.” Je me suis précipitée, le souffle coupé.À ses côtés, Valérie enserre son fils Fabio, 13 ans, qui lui glisse : Ne t’inquiète pas, je vais bien. Il avait déjà pu la rassurer grâce à sa montre connectée. Heureusement, commente la maman, car sur Pronote, ils ne nous ont informés que tardivement.

« Un moment très stressant »

Adrien, 14 ans, est l’un des derniers troisièmes à sortir. J’étais en classe quand j’ai entendu deux explosions, puis l’alarme à incendie. On pensait à un feu, donc on est descendu dans la cour. Mais là, on a vu l’élève en train de courir, puis il y a eu d’autres tirs. L’élève décrit un moment très stressant, mais rassure son père, Frédéric : Ça va mieux.

Ce n’est pas le cas de la fille de Nefissa, qui est en troisième : Elle est traumatisée. Cet après-midi, je l’emmène voir notre médecin.Anthony et Stéphanie attendent eux aussi leur fille de 11 ans. Elle est dans la classe qui a dû voir les choses les plus choquantes. Après avoir été alertés par hasard sur Pronote, ils n’ont eu de nouvelles que via un autre parent. C’est un bébé ! Elle vient de quitter la primaire et voilà dans quel monde elle arrive. Je vais appeler la pédopsychiatre.

Personne, ici, n’imaginait un tel drame. Ce n’est pas un quartier difficile, décrit Marjorie. Il y a des problèmes dans ce collège, de harcèlement notamment, mais pas plus qu’ailleurs. Frédéric confirme : C’est un bon collège. Lakanal est a priori le collège le plus à l’aise d’Aubagne.

Quelle sécurisation ?

Reste cette question, que soulève Marjorie : Comment un élève a-t-il pu entrer avec un fusil dans un étui à guitare ? » « Je ne connaissais pas le tireur, témoigne Fabio, mais l’un de ses amis m’a dit que, depuis fin septembre, il ne parlait plus à personne. Certains multiplient les spéculations. Attention aux rumeurs, prévient Adrien, qui a été dans sa classe pendant deux ans. On s’entendait bien. Il était juste très absentéiste en fin d’année dernière.

De l’avis de tous, le drame n’a rien à voir avec le mouvement dans les lycées, dont très peu de traces sont à noter au collège Lakanal. Quelques élèves avaient mis trois poubelles dehors, pour profiter du mouvement, alors que c’est un bon collège, note Adrien. Cela n’empêche pas la présidente du Département, Martine Vassal (DVD), de tancer ceux qui tentent d’influencer des enfants et d’instrumentaliser [le mouvement] au niveau politique. L’élue détaille son plan de sécurisation des collèges, qui comprend de la vidéosurveillance et des portiques de sécurité. Elle regrette que cinq établissements ne l’aient pas accepté, dont Lakanal. On va le faire quand même, et le plus rapidement possible. » Pour Frédéric, « ce plan de sécurisation ne servira à rien. Je voudrais surtout savoir pourquoi un enfant a accès à une arme à feu. L’argent ne doit pas servir à ça, mais à recruter des profs !