« Elle a encore du mal à parler » : sa fille blessée après une manifestation, elle dénonce des violences policières à Rennes et porte plainte
Une lèvre fissurée sur plusieurs centimètres, une dent cassée et de nombreuses ecchymoses sur le corps. C’est dans cet état que Méline*, 15 ans, s’est retrouvée à l’issue de la manifestation lycéenne du mardi 6 octobre dernier à Rennes. L’élève de première, scolarisée à Dinard, affirme avoir été victime de violences policières. Une plainte a été déposée.
Une charge des CRS
La journée avait pourtant bien commencé pour la lycéenne. Après avoir manifesté aux côtés de 10 000 personnes dans les rues du centre-ville pour demander plus de moyens pour l’éducation nationale, elle avait décidé de rester discuter avec des amis sur l’esplanade Charles-de-Gaulle.
C’est à ce moment que les CRS, présents pour encadrer le rassemblement, ont chargé un large groupe de personnes réunies sur la place. Selon la Préfecture, « des individus hostiles avaient fait tomber les barrières qui sécurisaient la place avant d’ériger des barricades » et « jeté des projectiles sur les forces de sécurité intérieure ».
« Ça a été très violent »
Sur des images que Le Télégramme a pu visionner, on peut voir plusieurs CRS foncer dans la foule en distribuant des coups de matraque et en faisant usage de grenades lacrymogènes. Des dizaines de personnes paniquées courent dans tous les sens. C’est au cours de ce mouvement de foule que Méline indique avoir été frappée.
« Elle discutait avec une copine au moment où il y a eu une charge des CRS », indique la mère de la lycéenne blessée. « À ce moment, elle a été frappée par un policier et est tombée au sol. Elle ne se souvient de rien, mais des témoins nous ont dit qu’elle a été tirée par les cheveux sur plusieurs mètres. Sur une vidéo qu’on a récupérée, on voit un policier avec une matraque qui s’apprête à la frapper de nouveau alors qu’elle est au sol. Les gens lui ont crié d’arrêter. Ça a été très violent. »
En sang au sol, la jeune fille a d’abord été prise en charge par des « medics », ces bénévoles qui apportent les premiers secours lors des manifestations, avant d’être emmenée aux urgences.
De multiples blessures
Le bilan médical est lourd. « Sa lèvre supérieure a été complètement fêlée sur plus d’un centimètre, elle a dû bénéficier de plusieurs points de suture. Une de ses dents était également cassée et trois autres fragilisées », détaille sa mère. « Elle avait aussi une ecchymose au dos d’environ 15 cm, probablement liée à un coup de matraque, et une autre grosse ecchymose au genou Elle est restée aux urgences le mardi après-midi et a pu rentrer chez nous le soir. On est retournées aux urgences dentaires le lendemain. »
Depuis cet incident, Méline reste très choquée. « Elle a encore du mal à parler », poursuit sa mère. « Elle reste à la maison depuis et n’est pas en capacité de retourner au lycée pour le moment. Il y a encore de la sidération. »
Une plainte déposée
La famille compte obtenir réparation. « On a déposé plainte », indique la mère de famille. « Je suis dans une colère noire. On a toujours dit à nos enfants que la violence c’était l’arme des faibles. Elle se retrouve frappée par des gens qui sont censés la protéger. J’espère qu’on retrouvera l’auteur. »
Contacté par Le Télégramme, l’avocat de la famille, Maître Nicolas Prigent, confirme avoir transmis ce jour une plainte au Procureur de la République pour « violences volontaires en réunion avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique ».
Plusieurs interrogations planent sur la charge policière menée le mardi 6 octobre sur l’esplanade Charles-de-Gaulle. Après la diffusion de vidéos montrant un manifestant frappé violemment par un policier, le parquet de Rennes avait déjà ouvert une enquête sur ces faits en fin de semaine dernière.