Revue de presse

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« Ce qui ressort, c’est un sentiment de colère » : Benoit Mathieu, le microcandidat à la présidentielle qui ausculte la France à vélo

Le Monde · 12/10/2026 · ← revue

Il y a six mois, Benoit Mathieu a fermé les volets de sa maison de Chauffailles (Saône-et-Loire) et enfourché son vélo de randonnée de marque Decathlon, acheté d’occasion, pour un périple sportivo-politique d’un genre spécial : soit 12 000 kilomètres à la force des mollets dans le but de devenir… président de la République – ou du moins candidat à la fonction suprême. Baptisé « Cap 500 signatures », son projet consiste à rencontrer un maximum de maires sans étiquette, dans tous les départements de France métropolitaine, afin de recueillir le demi-millier de parrainages nécessaires pour postuler à l’Elysée. Agé de 27 ans, ce diplômé d’une école d’ingénieur en agroalimentaire espère faire entendre sa différence au milieu des innombrables microcandidats qui s’autodéclarent habituellement avant chaque élection présidentielle. L’idée lui est venue il y a quatre ans, au lendemain de la réélection d’Emmanuel Macron, qui avait obtenu 27,85 % des voix au premier tour, soit 9 783 058 voix. « De voir qu’on pouvait devenir président de la République avec moins de 10 millions des suffrages exprimés au premier tour m’a interpellé. J’ai ressenti comme une grande frustration en tant qu’électeur », raconte le jeune homme, croisé début octobre sur la commune d’Eguzon-Chantôme (Indre, 1 300 habitants). Benoit Mathieu ne s’est jamais engagé au sein du moindre parti, et se garde bien de faire étalage de ses opinions politiques. Ce qui l’intéresse, c’est le fonctionnement des processus démocratiques et le développement de l’intelligence collective au service des prises de décisions. « Je préfère la mécanique à la carrosserie », confie ce lecteur des écrits de la politologue franco-américaine Hélène Landemore, spécialiste de la démocratie délibérative. Aux élus ruraux qu’il rencontre chemin faisant, il propose une refonte de la constitution, qui verrait le programme de politique générale être rédigé par des citoyens tirés au sort, sans préférence partisane.

« 200 élus m’ont dit “pourquoi pas” »

Avant de remplir les sacoches de son vélo de tout le barda nécessaire à l’itinérance en autonomie – tente, réchaud, ordinateur, vêtements, ouvre-boîte… – Benoit Mathieu a méticuleusement élaboré son parcours en zigzag. Les véloroutes et les routes départementales ont été privilégiées, à raison de 40 kilomètres avalés chaque jour en moyenne. Moins rigoureuses sur le plan climatique pendant l’hiver, les communes du littoral seront surtout visitées dans les derniers mois d’un voyage censé se terminer en mars 2027. L’ancien prof de maths d’un CFA de Mably (Loire) et d’un collège de Charlieu (Loire) a recensé les quelque 26 000 maires sans étiquette en naviguant dans les bases de données de l’Etat, et mis au point un programme informatique qui envoie automatiquement, au fur et à mesure de son avancée, des demandes de rendez-vous auprès des mairies approchées. A ce stade, le visiteur impromptu dit avoir obtenu 250 entretiens (sur 1 500 demandes). « Environ 200 élus m’ont dit “pourquoi pas” quand je leur ai demandé s’ils accepteraient de me donner leur signature et ils m’ont proposé de les recontacter à l’approche de la période de recueil des parrainages [ du 7 février au 12 mars 2027] », assure-t-il. Trois maires, touchés par son opiniâtreté de fantassin de la démocratie, lui ont également offert le gîte et le couvert. Le reste du temps, Benoit Mathieu plante sa tente dans des campings municipaux et dans les jardins de particuliers à qui il demande l’autorisation. Financée avec ses propres économies (15 000 euros), cette plongée dans la vie de ses compatriotes a douché sans surprise son optimisme de départ : « Ce qui ressort le plus souvent chez les gens, développe-t-il, c’est un sentiment de colère et de perte de confiance à l’égard de la politique, à l’image des petits maires qui en sont majoritairement dégoûtés. » Au cours de son tour de France, le cycliste aux moustaches en forme de guidon de vélo est également allé au-devant de deux candidats défendant les mêmes concepts de révision constitutionnelle et de démocratie participative : Manolo Mlekuz, 20 ans, qui sillonne actuellement la France en van aménagé, et Thibaut Damien, qui fait de même en voiture avec un ami. Leur projet est de fusionner leurs programmes en décembre, en additionnant leurs promesses de parrainages pour les convertir ensuite derrière un seul nom. Dans l’espoir d’en compter 500 en tout… Retrouvez toutes les chroniques « La France buissonnière » ici.