Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Présidentielle 2027 : les chefs d'entreprise guère convaincus par la copie budgétaire de Marine Le Pen

Les Échos · 11/10/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

« Pro business », le Rassemblement national ? Au lendemain de la présentation par Marine Le Pen de son ambitieuse trajectoire budgétaire de redressement des comptes publics, le 6 octobre dernier, les chefs d'entreprise ne se montrent guère convaincus par la copie. Au-delà de leurs convictions politiques, beaucoup ont suivi la prestation, mardi, de la candidate du parti d'extrême droite - donnée gagnante par certains sondages à la présidentielle de 2027. La plupart saluent l'exercice… sur la forme. « Il est intéressant de voir que le RN a changé sa doxa budgétaire et donne son plan d'économies. Ce n'est pas le cas de tous les candidats », souligne le dirigeant d'une organisation patronale. Mais sur le fond, les dirigeants restent extrêmement réservés sur le plan de Marine Le Pen, censé générer 140 milliards d'euros d'économies annuelles nettes d'ici à 2032. « Il y a du bon et du moins bon », a prudemment commenté Patrick Martin, le président du Medef, le 7 octobre.

Baisses d'impôts de production

Difficile, pour les patrons, de ne pas saluer la suppression des impôts de production (CFE, C3S et CVAE) proposée par le RN, qu'ils réclament de leurs voeux depuis des années. Marine Le Pen a aussi promis une « réforme de l'IS en faveur des TPE PME », qui sera présentée plus tard, et un « renforcement » du pacte Dutreil sur les successions. « Ça va dans le bon sens », a reconnu Patrick Martin. Alors que le RN chiffre l'allègement de charges induit à 20 milliards d'euros par an, d'autres relèvent néanmoins que l'effort est loin de couvrir les taxes non assises sur les bénéfices supportées par les entreprises. « Celles-ci représentent plus de 100 milliards d'euros par an… », rappelle un représentant du patronat. Surtout, tous s'inquiètent du financement de ces baisses d'impôt. Tous les économistes ont émis des doutes sur la crédibilité des économies annoncées. « Le RN dit qu'il veut créer un choc de compétitivité. Mais si ces mesures ne sont pas financées, elles n'auront pas d'effet, car les entreprises anticiperont un durcissement ultérieur de la fiscalité et n'investiront pas. C'est ce qui s'est passé, pour les particuliers, avec la suppression de la taxe d'habitation en 2017 », explique Erwann Tison, économiste à l'Institut de l'entreprise.

Taxe sur les salariés non-européens

Le Syndicat des indépendants (SDI) et TPE, qui représente les entreprises de 0 à 10 salariés, peine lui aussi à applaudir. « Ces allègements n'ont de sens que s'ils ne sont pas compensés par de nouvelles taxes ou de nouvelles charges », insiste son secrétaire général, Marc Sanchez. Une crainte fondée, relève-t-il : le RN veut notamment appliquer une taxe de 1.000 euros sur l'emploi de salariés non européens, qui risque de pénaliser lourdement certains secteurs gros employeurs de salariés étrangers. Les grandes entreprises seraient elles aussi lourdement mises à contribution. « Elles font figure de boucs émissaires : elles supporteraient au total 18 milliards d'euros de prélèvements supplémentaires en 2027 », a calculé Erwann Tison. Le RN veut notamment taxer les multinationales qui « ne paient pas leur dû » en France, sur la base du chiffre d'affaires réalisé dans l'Hexagone. Une mesure destinée selon les dirigeants du parti à lutter contre la « suroptimisation » fiscale, et censée rapporter 3,8 milliards d'euros par an. Mais qui suscite scepticisme et opposition. « Les impôts des multinationales sont régis par des conventions fiscales entre Etats, je ne vois pas comment on les casserait sans mettre en jeu notre crédibilité », tempête le dirigeant patronal précité. « La France n'est pas une île dans un océan ! ».

Taxe sur les rachats d'actions

Les chefs d'entreprise sont aussi vent debout contre la taxe de 30 % sur les rachats d'actions prévue par le RN. Non seulement ils jugent son chiffrage (11,4 milliards en 2027, puis 340 millions les années suivantes) « lunaire », car il ne tient pas compte de son effet dissuasif. Mais ils estiment aussi qu'elle est « confiscatoire », et constitue « une incitation à délocaliser », selon Erwann Tison. Plus généralement, les dirigeants regrettent que les économies affichées ne soient pas documentées. Et attendent notamment les détails de la réforme des retraites du RN, qui veut ramener l'âge légal de départ entre 60 et 62 ans - alors que le déséquilibre du système représente une énorme part du déficit public à venir. « Impossible de juger ce contre-budget s'il manque l'éléphant dans la pièce ! », balaie l'un de leurs représentants. Mardi, Marine Le Pen a assuré que la « correction des mesures injustes » du système actuel permettrait d'économiser « 15 à 20 milliards », ce qui ramènerait le coût de sa réforme à 9,5 milliards en 2031. Le Rassemblement national promet d'expliciter son budget dans les mois à venir. « Le détail du chiffrage n'a pas été présenté, je comprends les critiques. Mais nous sommes encore en début de campagne : chaque ligne est parfaitement documentée, et sera expliquée », assure un poids lourd du parti. Pour le gros morceau qu'est la réforme des retraites, rendez-vous mi-novembre.

Anne Feitz