Présidentielle : en Auvergne, Mélenchon peaufine sa stature présidentielle et s'adresse à la jeunesse

Par Hadrien Valat
Du haut de l'oppidum de Gergovie, Jean-Luc Mélenchon hume l'air des vieux volcans. Ce samedi, l'éruptif Insoumis n'est que béatitude. Là où, deux mille ans plus tôt, Vercingétorix déboutait César, des chevaux broutent paisiblement. Un arc-en-ciel évince les dernières gouttes de pluie au-dessus de la Chaîne des Puys. « Il y a des lieux comme ça en France qui vous envahissent », s'émeut le quadruple candidat à la fonction suprême devant la campagne à perte de vue. L'image est belle pour l'Insoumis qui entend crédibiliser sa stature présidentielle, et qui fait lui-même le parallèle avec les pèlerinages de François Mitterrand à la Roche de Solutré.
Guerre de mouvement
Une scène quelque peu à contre-emploi pour celui qui mise avant tout sur les habitants des quartiers populaires et sur les jeunes urbains pour atteindre le second tour de la présidentielle. Mais aucunement en contradiction avec ses concepts clés de « nouvelle France » et de « créolisation », assure Jean-Luc Mélenchon : « Dix ans après la bataille, ils étaient romanisés comme personne à Gergovie. » Le tribun Insoumis s'amuse à filer la métaphore politique. Face à des Gaulois « désorganisés » en une multitude de tribus (tels des socialistes ?), lui se reconnaît mieux dans l'ordre romain. Pas si étonnant, au vu de la cohésion quasi militaire de LFI. Le troisième homme de l'élection 2022 se retrouve aussi dans la guerre de mouvement de César : « Il faut bouger, changer de front sans arrêt […] Il faut obliger l'adversaire à courir… une semaine, la dette, une autre, les lycéens », explique-t-il. C'est d'ailleurs de la jeunesse dont il est largement question dès le lendemain, lors de son raout à Clermont. Car après le calme de cimes samedi, place à l'effervescence du Zénith dimanche. Le candidat de LFI tient meeting devant 10.000 personnes - selon les Insoumis, qui additionnent ceux dans le public et ceux suivant l'événement en direct sur écran géant à l'extérieur. Encore une fois, l'image est trop belle pour ne pas s'en repaître. « Tout ceci se voit, tout ceci se sait », peut savourer Jean-Luc Mélenchon.
« Le martyr de toute la famille »
Sur scène le septuagénaire a martelé son soutien à la mobilisation des lycéens. Des lycéens qui étaient d'ailleurs invités, en première partie, pour réclamer « 10 milliards pour nos bahuts » dans le prochain budget à « Monsieur Lecornu ». Jean-Luc Mélenchon a longuement pourfendu Parcoursup, « une ignominie ». « C'est le martyr de toute la famille sur trois générations », a-t-il harangué la foule. S'en prenant du même coup à un de ses « inventeurs », Gabriel Attal, qui était la veille en meeting à Lyon, que Mélenchon tient pour « personnellement responsable » d'une partie de la révolte lycéenne. La démonstration du jour avait d'ailleurs été pensée comme une réponse à l'événement de l'ancien Premier ministre. En installant le duel, les Insoumis assument vouloir fracturer le bloc central qu'entend rassembler Edouard Philippe.
« Marchandisation du savoir »
Le « bazar » de l'affectation post-bac, qui met les établissements et les élèves en concurrence entre eux, selon Jean-Luc Mélenchon, a été « organisé du sommet de l'Etat par des gens qui voulaient transformer le savoir en marchandises », a-t-il accusé, répétant son opposition à la sélection à l'université. Il s'est aussi appesanti sur le sort des filières professionnelles. « Du CAP jusqu'à la licence professionnelle, notre gouvernement leur préparera un passage sans fossé », a-t-il promis. Pour entreprendre son projet de repas bio et gratuits dans toutes les cantines, il faudra « 400.000 » agriculteurs supplémentaires. Avec, à la clé, des économies sur les maladies comme le diabète ou les cancers, autant de « dividendes du bonheur », entrevoit le leader de LFI. Afin de mener à bien la rénovation thermique des logements qu'il appelle de ses voeux, « 300.000 personnes » formées à ces métiers seront nécessaires. « 200.000 » pour appliquer le programme insoumis dans les énergies renouvelables. Et « 100.000 » autres pour entreprendre la conversion du pays vers l'électrique. « Il y a un lien très étroit entre le fait que nous refusons la marchandisation du savoir et l'accomplissement de la planification écologique », a ainsi souligné Jean-Luc Mélenchon. S'adresser aux jeunes représente aussi un enjeu stratégique pour le troisième homme de la présidentielle 2022. C'est l'électorat qui soutient le plus massivement LFI mais aussi « qui vote 30, 40 points de moins que le reste de la population », a pointé Manuel Bompard, lors d'un point presse à l'issue du meeting.