Revue de presse

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Mobilisation lycéenne : à La Réunion, le maire LFI du Tampon, Alexis Chaussalet, dans le rôle du grand frère

Le Monde · 12/10/2026 · ← revue

Mardi 6 octobre, il est monté dans le bus des lycéens qui allaient défiler pour cette journée nationale de mobilisation. Alexis Chaussalet, 33 ans, maire du Tampon, commune conquise à la droite locale en mars, leur « a témoigné de [s]on soutien dans leurs revendications ». Cinq jours plus tôt, à l’occasion de la première journée de manifestation à La Réunion, jeudi 1er octobre, ce rare élu de La France insoumise (LFI) dirigeant une ville de plus de 80 000 habitants avait été acclamé par une foule de 400 élèves du lycée de sa commune, venus se faire entendre devant l’hôtel de ville. Certains ont pris des selfies avec lui. Défendant une « jeunesse pas entendue au sommet de l’Etat » et qui « possède un haut degré de conscientisation politique », celui qui appartient aussi au Parti pour La Réunion (PLR), dirigé par Huguette Bello, présidente de la région Réunion proche de LFI, apparaît pour beaucoup de lycéens comme un grand frère. Avant tout parce que l’engagement politique du trentenaire, à l’allure toujours juvénile, a commencé au sein du lycée Roland-Garros, celui des élèves venus manifester devant sa mairie. En 2008, il y est scolarisé en seconde générale et devient responsable local de l’Union nationale lycéenne en manifestant contre la réforme du lycée lancée par Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale (2007-2009) sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Trois ans plus tard, alors élève de terminale, il est l’une des têtes d’affiche réunionnaises du mouvement de protestation contre les suppressions de postes. Avec deux camarades, il est placé en garde à vue pour entrave à la circulation et outrage à agent. Son visage d’adolescent, ses dreadlocks retenues par un bandeau, son exaltation micro en main, apparaissent dans tous les médias de l’île. Le jeune homme reçoit le soutien de plusieurs figures locales de la gauche, dont Huguette Bello, alors députée-maire. « Je me souviens très bien, avec une petite émotion, de cette époque », sourit l’élu en s’interdisant de jouer au vétéran des luttes syndicales. « Je reste un militant solidaire et transmetteur des enseignements de mon expérience », se définit Alexis Chaussalet. « Quand je les ai reçus pour les écouter et dans un souci de médiation, je leur ai conseillé de clarifier leurs revendications et, surtout, de faire attention. Parce qu’en cas de débordements et de violence, tout est concentré là-dessus et non plus sur leurs revendications ». « Des conseils d’ancien militant lycéen et de camarade de lutte », ajoute-t-il.

Indépendance du mouvement

En marge des accusations de « bordélisation » à l’encontre des élus LFI lancées par le premier ministre Sébastien Lecornu, Alexis Chaussalet répond n’être localement « à l’initiative de rien du tout ». « Il est extrêmement condescendant de croire que la jeunesse a besoin de responsables ou d’adultes pour ses revendications », critique l’élu. Sa mairie n’a pas financé les bus des lycéens allant manifester, insiste-t-il, pour démentir la rumeur qui court. Le transport a, selon nos informations, été payé par les syndicats FO et SUD Education. De leur côté, les lycéens du Tampon, les plus organisés de l’île, défendent leur « auto-organisation ». Alors que des affrontements ont éclaté dans d’autres lycées, leur défilé, qui a réuni à Saint-Pierre près de 350 lycéens de quatre établissements du sud de l’île, s’est déroulé sans heurt. Une source policière reconnaît un « mouvement structuré » avec un service d’ordre. Plusieurs élus du Tampon, des représentants syndicaux, ainsi que des parents se trouvaient dans le cortège. Une délégation de lycéens a ensuite été reçue par le sous-préfet d’arrondissement. « Nous ne sommes pas instrumentalisés par un parti ou un autre », revendique avec ferveur l’une des leaders des lycéens dans le Sud, Gabrielle Dugain, 16 ans, élève de terminale. Mégaphone en main et vêtue d’un gilet jaune dans le cortège, la lycéenne défend l’indépendance du mouvement : « LFI est le parti qui s’est le plus impliqué dans la cause, mais nous venons tous de bords différents et notre convergence des luttes ne se rattache pas à ce parti-là ».

Rassemblement interdit

Dans son établissement, les lycéens dénoncent des classes surchargées, avec plus de 35 élèves, des salles inutilisables à cause de la présence de pigeons et de rats, le manque d’enseignants, d’infirmiers et de personnels dédiés à la santé mentale ou encore d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Gabrielle Dugain pointe aussi « la machine à broyer qu’est Parcoursup » et « les inégalités des chances pour un étudiant ultramarin ». « Certains étudiants sont obligés de suivre des formations post-bac dans l’Hexagone. Leur coût et le prix du voyage sont exorbitants pour les familles les plus défavorisées », s’indigne la lycéenne. Alors que les vacances scolaires de la Toussaint ont débuté, vendredi 9 octobre, à La Réunion, les élèves réfléchissent à la suite à donner à leur mouvement afin « qu’il ne s’essouffle pas ». Le lycée Roland-Garros a été fermé les deux derniers jours de cours. La préfecture avait, elle, publié un arrêté interdisant tout rassemblement devant l’établissement en invoquant le risque de troubles. « Notre mobilisation a pourtant été parmi les plus pacifiques. Nous sentons bien que notre lycée est visé car il a été à la racine de la grève à La Réunion, réagit Gabrielle Dugain. Le pouvoir cherche à déstabiliser notre mouvement. » « Une décision arbitraire qui porte atteinte à nos libertés et à nos droits fondamentaux en démocratie », s’insurgent les lycéens, dans un communiqué, en condamnant en outre « la violence exercée », vendredi 2 octobre, lors de l’interpellation devant l’établissement d’un élève, maintenu à terre avec un genou sur la nuque. A la suite de la diffusion publique d’une vidéo, une enquête préliminaire a été ouverte, confirme la procureure de Saint-Pierre, Elodie Landat.