Revue de presse

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Dans ce petit collège breton « au milieu de nulle part », des scientifiques de renom viennent faire rêver les jeunes

Ouest-France · 11/10/2026 · ← revue

Alors qu’ils disputent une partie de baby-foot dans la cour de leur collège, ces jeunes s’enthousiasment. C’est vraiment génial qu’on ait la chance de rencontrer des scientifiques qui font des choses merveilleuses résume Chloé, 15 ans. Ils viennent ici, dans notre tout petit collège, nous raconter ce qu’ils font et surtout nous dire qu’il faut croire en nos rêves. Que rien n’est impossible. La jeune fille veut y croire. Son rêve à elle : devenir neurochirurgienne.

Elle fait partie des 126 élèves du collège Jean-Jaurès, à Saint-Nicolas-du-Pélem, petite commune des Côtes-d’Armor de 1 600 habitants nichée dans le Centre-Bretagne. Le secteur est très rural. En 2023, l’établissement comptait 91 élèves. Il en a récupéré 40 en septembre 2024, après la fermeture de Corlay à une dizaine de kilomètres. Avec un total de cinq classes, on est le deuxième plus petit collège de Bretagne rappelle sa nouvelle principale, Florence Kersaudy. Particularité : Nous avons les résultats parmi les plus faibles de l’académie au diplôme national du brevet (DNB).

Autre fait marquant : l’indice de position sociale, qui mesure le profil socio-économique et culturel des élèves. Il est très fragile »,confirme la principale. En clair, les élèves sont issus de familles modestes plombées par un certain déterminisme social. Pas un jugement mais un constat.

« Je me suis pris une claque »

Ce constat, l’ancien principal, Vincent Lefeuvre, l’a aussi dressé. Quand j’ai pris la direction du collège en 2023, j’ai tout de suite été marqué par le manque d’ambition des élèves. Je me suis pris une claque en constatant que leur champ des possibles était réduit. Leurs projets se résumaient à faire ce que font leurs parents, sans envie marquante de faire des études. De quoi le faire réfléchir. Je me suis alors demandé comment susciter des vocations ?

Alors qu’il a ce questionnement dans un coin de sa tête, une rencontre devient déterminante. J’ai été invité à suivre une lecture à l’Ehpad de la commune. L’orateur, dont la mère résidait là, s’appelait Jean-Louis Coatrieux. Aujourd’hui retraité, il a été un chercheur de renommée internationale dans l’imagerie médicale. Le courant passe très vite entre les deux hommes. Vincent Lefeuvre lui parle notamment de son questionnement sur ses élèves.

« Faire venir ces scientifiques au milieu de nulle part »

Une idée prend forme. Pourquoi ne pas faire venir au collège des scientifiques de tous horizons, se souvient Jean-Louis Coatrieux. Qu’ils viennent parler de leur parcours et de leur métier. De faire briller des étoiles dans les yeux de ces élèves. Et pourquoi pas susciter des vocations.

Ils se mettent au travail, le scientifique ouvre son carnet d’adresses. Les deux hommes décident de faire venir des scientifiques, non seulement pour rencontrer les collégiens mais aussi les résidents de l’Ehpad et finalement tous les habitants qui le veulent grâce à des conférences le soir. Alexandre Petit, premier adjoint de la commune, en est très reconnaissant. C’était fantastique de faire venir ces scientifiques en plein milieu de nulle part et d’en faire profiter toute la population. Ils embarquent aussi Michel Cabaret, patron de l’Espace des sciences de Rennes.

On a rencontré un glaciologue qui est allé plein de fois sur la banquise », s’émerveille encore cette autre collégienne. S’il n’était pas venu jusqu’à nous, je ne crois pas qu’on aurait eu la chance de le rencontrer et d’échanger avec lui.

Jean-Philippe Verhoye, patron de la cardiologie au CHU de Rennes est aussi venu raconter et montrer que c’est possible. Lui qui a commencé sa carrière par un CAP de frigoriste, avant de louper deux fois sa première année, est la preuve que les trajectoires vers la réussite ne sont pas toujours droites ».

« On plante des graines dans leur esprit »

On plante des graines dans leur esprit en espérant qu’ils aient envie de les cultiver, assure Anne Audic. Spécialiste des technologies dans le domaine de la santé, elle estime que cette initiative est une chance de rendre ce que l’on nous a donné. Moi aussi, je viens d’un milieu rural.

Chaque année, depuis deux ans, entre cinq et sept conférenciers viennent à Saint-Nicolas-du-Pélem. Ils sont séduits par ces rencontres et viennent sans rien demander en échange se réjouit Jean-Louis Coatrieux. Cette année, la marraine de l’opération est Régine Le Fouques-Jeanne, une figure du traitement du signal médical.

C’est une vraie chance pour nous,conclut Simon Lotout, enseignant. Que ce ne soit pas que les grandes villes qui soient irriguées par cette culture scientifique. Il a suffi ici de deux bonnes volontés. La générosité des intervenants a fait le reste.