A Istres, le nouveau maire LR, Robin Prétot, va « serrer un peu la vis », après l’ère François Bernardini, condamné par la justice

La vue sur l’étang de l’Olivier est superbe, les dimensions du bureau sont démesurées. Au sommet de l’imposant hôtel de ville d’Istres (Bouches-du-Rhône), Robin Prétot (Les Républicains) assure depuis mars ses fonctions de maire dans les vastes espaces imaginés par son prédécesseur, l’ex-socialiste François Bernardini. « C’est un peu excessif, hein ? Presque Versailles », constate le jeune élu, 36 ans, un brin gêné. Certes, il a transformé le fumoir avec canapé voulu par celui qui a régné sur la ville pendant trois mandats et demi en salle de visioconférence. Et ouvert la terrasse géante pour permettre à des concitoyens de profiter du feu d’artifice annuel. Mais Robin Prétot ne peut effacer l’incongruité de cette « cité administrative » aux allures de mausolée dans une sous-préfecture de 45 000 habitants. « Mon prédécesseur avait sûrement la passion de sa ville. Mais il s’est laissé emporter par la folie des grandeurs à une époque où l’argent coulait à flots », juge celui qui, il y a sept mois, a battu l’indéboulonnable sortant avec près de 60 % des suffrages. Mercredi 7 octobre, François Bernardini, 73 ans, a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison ferme, 200 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour « détournements de fonds publics, favoritisme et prise illégale d’intérêt », dans des dossiers d’attribution de marchés publics. Son directeur général des services a, lui, reçu une peine de trois mois de prison avec sursis assortie de 100 000 euros d’amende. François Bernardini peut faire appel, mais il doit également répondre à d’autres accusations lors d’une prochaine audience. Dans son bureau XXL, Robin Prétot n’enfonce pas celui qu’il a vaincu. « Je veux tourner cette page », souffle-t-il. Un objectif plus difficile qu’il n’y paraît. « Quand on construit un théâtre à 43 millions d’euros, une médiathèque à 27 [millions] et un hôtel de ville comme celui-là, on sait qu’on laisse des coûts de fonctionnement énormes », énumère-t-il.
Train de vie hors norme
Quelques jours plus tôt, il a révélé le résumé d’un audit commandé à un cabinet spécialisé. Le document décortique la situation des finances et des ressources humaines de la commune après trois mandats Bernardini. Au-delà des irrégularités soulevées par la justice, il affirme que le train de vie de la petite ville de l’ouest de l’étang de Berre, à 60 kilomètres de Marseille, est hors norme parmi les communes de sa taille – 2 358 euros de dépenses de fonctionnement par habitant et par an, contre 1 535 euros en moyenne nationale. Et près des deux tiers du budget (64 %) sont consacrés à la rémunération de 1 610 agents communaux. L’audit note « une politique d’avancement très généreuse, en dehors du cadre légal », le versement de près de 1 million d’euros d’heures supplémentaires et d’astreintes et de 1,8 million consacré aux vacataires. En contrepoint, il reconnaît aussi que la ville offre une très haute qualité de services en matière d’écoles, de pratiques du sport, d’accompagnement social… « Tout le monde est attaché à ce niveau de services, mais Istres vit au-dessus de ses moyens », assure le nouveau maire. Le discours hérisse l’opposition. « C’est son interprétation politique d’un audit qui ne doit pas servir de prétexte à des coupes dans des services publics que les Istréens paient avec leurs impôts », prévient le conseiller municipal communiste David Gibaud. Pour lui, « une autre solution est possible » que l’austérité prônée par Robin Prétot. « On va réduire notre soutien à la vie associative, les dépenses en interne, serrer un peu la vis », promet ce dernier. Déjà, le maire a liquidé Nexus, un centre ludique de réalité virtuelle paramunicipal qui affichait une perte de 245 000 euros en un an d’existence. Le 26 septembre, il a ouvert dans les arènes d’Istres la vente aux enchères publiques de 54 véhicules sur les 320 que comptait le parc automobile municipal à son arrivée. La journée a rapporté 304 000 euros. Autant de mesures que son opposition qualifie d’« opérations de communication » et qui n’améliorent pas significativement la situation. Ces dernières années, Istres ne doit l’équilibre de ses comptes qu’à d’importantes ventes de terrain, à l’augmentation de 57 % des impôts fonciers et surtout aux 57 millions d’euros versés annuellement par la Métropole Aix-Marseille-Provence (AMP), au titre de l’attribution de compensation, un mécanisme financier entre les intercommunalités et leurs communes membres. Soit la moitié de son budget annuel. Une manne qui date de son intégration forcée dans la métropole, mais qui est aujourd’hui très menacée par la situation financière chaotique d’AMP, mise sous tutelle de l’Etat en avril.