Présidentielle 2027 : François Baroin apporte son soutien à Bruno Retailleau contre un Edouard Philippe « premier de cordée » du macronisme

Pour officialiser son soutien à Bruno Retailleau, il a suffi à François Baroin de traverser la route. L’entourage du candidat Les Républicains (LR) à l’élection présidentielle de 2027 avait imaginé un déplacement commun avec davantage de caméras, mais le maire de Troyes a préféré la simplicité. Celle d’une conférence de presse organisée dans un restaurant en face de l’hôtel de ville. Qu’importe le décorum, le transfuge du villiérisme peut revendiquer « l’onction chiraquienne », selon l’expression du sénateur (LR) des Pyrénées-Atlantiques Max Brisson, de l’ancien porte-parole de Jacques Chirac lors de la campagne de 1995. L’édile accueillait, jeudi 8 octobre, le séminaire de rentrée des sénateurs LR dans sa mairie, en présence de leur président de groupe, Mathieu Darnaud, du président du Sénat, Gérard Larcher, et de Bruno Retailleau. L’occasion de poser pour une photo de famille et d’envoyer un message tranché : la droite doit tracer sa route sans monter à l’arrière d’une berline conduite par un candidat macroniste. « Je ne vois pas comment [ils peuvent] être la solution quand [ils sont] une bonne partie du problème », a déclaré François Baroin. La formule est moins imagée que son intervention remarquée lors du dernier bureau politique de LR, en mars (« On ne peut pas renverser la table avec ceux qui ont mis les couverts. »). Et celui qui tient fourchette, couteau et cuillère s’appelle Edouard Philippe. « Il a été le premier de cordée venu de la droite, pour accompagner la transgression du “en même temps” en devenant le premier ministre d’Emmanuel Macron », souligne François Baroin, qui évacue le sujet Gabriel Attal, le candidat de Renaissance, renvoyé à ses « débuts au Parti socialiste ». Chez le maire de Troyes, le soutien à Bruno Retailleau tient autant à une estime pour le président de LR (« et la sincérité de ses convictions ») qu’à une aversion à peine dissimulée pour le candidat d’Horizons remontant à leurs lointaines années à l’Union pour un mouvement populaire.
Une voix forte
A 61 ans, l’élu a désormais l’âge et l’expérience pour camper les gardiens du temple. Pour lui, le parti héritier du général de Gaulle n’est pas comptable du bilan d’Emmanuel Macron et doit avoir son propre candidat à la prochaine présidentielle. Et si certains étaient tentés de débrancher Bruno Retailleau au profit d’Edouard Philippe, ils le trouveraient sur leur route. Comme candidat ? C’est la menace (ou promesse) formulée par François Baroin lors d’un dîner organisé le 29 septembre avec les principaux dirigeants de LR (Gérard Larcher, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Roger Karoutchi) autour du candidat Retailleau. Les Républicains la prennent-ils au sérieux ? Les moins « retaillistes » renvoient à « l’arlésienne Baroin », l’homme qui regarde passer le train présidentiel depuis une décennie sans jamais monter dedans. « J’aime bien François, mais ça fait deux fois qu’on lui propose d’être candidat et qu’il décline », souffle un ministre LR. Début 2017, François Baroin était resté fidèle à un François Fillon fragilisé par les affaires. Encouragé alors par une partie des cadres de LR, il lui aurait pourtant suffi d’un léger coup d’épaule pour dégager l’ancien premier ministre et prendre sa place de candidat à l’Elysée. En tant qu’ancien directeur de campagne et ami de François Fillon, Bruno Retailleau a la mémoire du cœur : « De tous ceux qui avaient rallié la candidature de Fillon, François était le plus talentueux et loyal. » Ce talent, l’équipe Retailleau a un temps pensé l’associer à un ticket présidentiel. Problème, le principal intéressé est déjà doublement vacciné contre. « Je suis l’homme politique qui a le plus été sur un ticket. Et je suis celui qui est allé le moins à Matignon comme premier ministre », ironise à ce sujet François Baroin. Et de rappeler ses précédents malheureux aux côtés de Nicolas Sarkozy, lors de la primaire en 2016, et de François Fillon plus tard. Ni ticket ni rôle opérationnel défini dans la campagne, le maire de Troyes sera d’abord une voix forte afin de soutenir le candidat Retailleau. Optimiste, il voit pour lui « un chemin possible » pour créer « la surprise ». François Baroin parle d’expérience et rajeunit de plus de trente ans pour évoquer ses souvenirs de porte-parole. « J’ai connu Jacques Chirac à 12 % [dans les sondages] en janvier et on me posait tout le temps la question de quand il allait se désister en faveur d’Edouard Balladur [également candidat à la présidentielle] pour favoriser son élection au premier tour. On connaît la suite. » Bruno Retailleau aussi, lui qui battait campagne pour Philippe de Villiers à l’époque. A la question de son enlisement dans les sondages, le président de LR renvoie toujours à la remontée victorieuse de Jacques Chirac en 1995. Avec François Baroin, il tient un témoin de ce passé, mais aussi de moralité, pour le dédouaner de toute collusion avec la Macronie, malgré son année comme ministre de l’intérieur d’Emmanuel Macron. « Personne ne dirait que Charles Pasqua était un mitterrandien parce qu’il a été ministre de François Mitterrand pendant deux ans », s’insurge François Baroin. A ses côtés, Bruno Retailleau sourit. Voilà le plus chiraquien des antimacronistes validant sa ligne de défense, celle d’avoir été « un ministre de cohabitation ». A défaut d’un binôme, au moins a-t-il trouvé un avocat politique.