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Sécheresse : alerte sur le niveau des nappes phréatiques en France

Les Échos · 08/10/2026 · ← revue

Par Marie Bellan

La recharge tant attendue des nappes phréatiques n'a toujours pas démarré, alors que nous sommes déjà début octobre. D'après le relevé mensuel du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), 66 % des points d'observation sont sous les normales de saison, et seulement 16 % au-dessus. « Par rapport à l'an passé à la même époque, la situation est très dégradée », prévient Augustin Thomas, du BRGM. Ce sont les nappes phréatiques du Limousin, du Jura et désormais de la Champagne et des Vosges qui inquiètent le plus car leur niveau est très bas.

Des ravitaillements par camions-citernes

« Le rôle des pluies à venir sera très important. L'enjeu pour les nappes, ce n'est pas l'été, c'est maintenant et les mois qui viennent car c'est là que se fait la recharge. C'est à partir de maintenant que ça va se jouer. Rien n'est encore perdu pour combler le déficit accumulé », poursuit Augustin Thomas. Les experts s'inquiètent tout de même de la difficulté d'infiltration car sur des sols très secs, des pluies abondantes ont tendance à ruisseler plutôt qu'à s'infiltrer jusqu'aux nappes. Le déficit de précipitations observé jusqu'ici a pour conséquence une sécheresse hors norme des sols mais aussi du niveau des cours d'eau. Combinée à la sécheresse hydrologique des nappes, cette situation explique que 94.000 personnes sont aujourd'hui privées d'eau du robinet en France, selon le dernier décompte communiqué par le ministre de la Transition écologique datant de début octobre, soit 30.000 de plus qu'au début du mois précédent. Ces habitants sont ravitaillés par camions-citernes. Un autre aspect est surveillé de près par les chercheurs du BRGM, celui de l'impact sanitaire du réchauffement des eaux souterraines. Bien qu'en sous-sol, les eaux des nappes phréatiques se réchauffent, elles aussi, sous l'effet du changement climatique, mais à moins grande vitesse que les eaux de surface. « Ça n'augmente pas les risques pour la consommation humaine pour l'instant mais ça peut modifier les équilibres bactériologiques. Nous sommes en train d'étudier cela plus amplement », précise le BRGM.

Avis favorable pour Sainte-Soline

Signe que le manque d'eau est un sujet éminemment sensible, notamment pour les agriculteurs déjà fortement impactés par les vagues de chaleur de cet été, le ministère de la Transition écologique a donné un avis favorable à une dérogation « espèces protégées » qui est demandée par la justice administrative pour réautoriser la mise en service de la bassine de Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Cet ouvrage de stockage de l'eau, fortement contesté et théâtre de violentes manifestations en 2022 et 2023, avait été suspendu par la justice en décembre 2024 car elle menaçait une espèce protégée, l'outarde canepetière. Dans son avis rendu début octobre, et révélé par « La Nouvelle République », le ministère de la Transition écologique considère que cette réserve d'eau « constitue un maillon nécessaire, bien que non exclusif, d'une stratégie plus large d'adaptation au changement climatique ». Il ajoute plusieurs conditions à l'octroi de la dérogation : une superficie compensatoire suffisante en partie cultivée en prairies avec rotation des cultures, et un « suivi régulier de l'ensemble des surfaces favorables à l'outarde canepetière ». Une forme d'équilibrisme, pratiqué de plus en plus couramment par le ministère de la Transition écologique, pour concilier les besoins impérieux en eau d'une agriculture sous pression avec la protection des milieux naturels.

Marie Bellan