« Ils sont mal lotis et nous si privilégiés », fustigent des élèves de ce lycée réputé près de Nantes
Ils rejoignent le mouvement pour la première fois. Après une première tentative, la semaine passée, très vite avortée par la fermeture de leur lycée. C’était sans compter leur pugnacité. Entre 600 et 700 élèves de Charles-Péguy, à Gorges, dans le vignoble de Nantes, se sont rassemblés, ce jeudi 8 octobre, devant leur établissement, dans le contexte de la mobilisation lycéenne.
Une foule dense, amassée devant le portail, arborant des pancartes : l’image est très rare, ici. Ce lycée d’enseignement privé cossu est réputé pour sa qualité d’apprentissage, ses conditions matérielles confortables, son accompagnement éducatif. Une description qui semble tirée d’une utopie. En ce moment, ils sont en train d’effectuer des travaux dans certains bâtiments, pour améliorer ce qui est déjà correct. C’est pour vous dire à quel point on prend soin de nous ici, confie Caelan, 16 ans.
L’adolescente, scolarisée en première, est consciente de la chance d’être à Charles-Péguy. Elle a grandi à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. Des établissements scolaires abîmés par le temps, elle en a connu. Il y avait de l’amiante dans les murs de mon école. Un jour, une punaise a été enfoncée dans un de ces murs. On a été évacués, se souvient Caelan. Ici, ça n’a rien à voir. On a des restaurants au sein de notre lycée, en plus du self. On réserve et on a une table. Donc, on est solidaires de nos camarades des autres établissements de Loire-Atlantique et d’ailleurs, qui, pour la plupart, sont sous-dotés.
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« C’est franchement écœurant »
Son discours est largement partagé par les manifestants, préoccupé par le terrible décalage de moyens entre les lycées selon leur situation géographique ou qu’ils sont privés ou publics. C’est franchement écœurant. Il y a des lycéens très mal lotis et nous, nous sommes hyper privilégiés. Si c’est possible pour nous, pourquoi ça ne l’est pas pour eux ?, interrogent vivement Zélie, 15 ans, Morgane, Jeanne, Alice et Margaux, 16 ans.
Si les jeunes filles, scolarisées en seconde et première, déplorent les classes surchargées à Charles-Péguy et le fonctionnement opaque de la plateforme Parcoursup, elles dénoncent les inégalités entre les établissements. J’étais à la cité scolaire Aristide-Briand, à Saint-Nazaire. Je me souviens d’une classe sans fenêtre et des rats qui filaient dans les couloirs. On avait fini par leur donner des prénoms, tellement on les voyait souvent, ironise Zélie.
Leur participation à la mobilisation lycéenne fait écho à une angoisse viscérale pour l’avenir. Comment se fait-il que la septième puissance mondiale ne peut pas offrir le nombre de chaises et de tables suffisantes pour un établissement ? On a tellement affaibli les services publics qu’il faut crier dans la rue qu’on n’a pas de chaise, fustige Luis, 15 ans, en faisant allusion à une pancarte brandie par des lycéens de Saint-Exupéry, à Créteil (Val-de-Marne), établissement où est né le mouvement.
Pour lui, comme pour Mélodie et Rafaël, 15 ans, on a laissé tomber une partie de la jeunesse et on en bichonne une autre. On reproduit une ségrégation sociale : il y a les chanceux, bénéficiant du confort, encore et encore, et il y a les autres. On est l’avenir de ce pays et on ne veut pas de ça. Bref on est très en colère et on ne se sent pas écouté et pas pris au sérieux, rebondit Mélodie. Une remarque partagée par Lyna et Lou, 18 et 17 ans : Tout le monde devrait avoir les mêmes chances, d’où qu’ils viennent.