Revue de presse

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Blocus des lycéens. « Tout a dérapé, on était seul » : à Lorient, son lycée a été envahi, ce proviseur témoigne

Ouest-France · 08/10/2026 · ← revue

« Ce matin, il y a eu une tentative musclée de bloquer le lycée. Ils étaient une vingtaine. Mais on est arrivé à ce que les élèves rentrent. La majorité voulait aller en cours. Il a fallu que je m’interpose. On était plusieurs à pousser contre la grille. C’était un petit peu physique et chaud.

De 8 h à 9 h, tout se passe bien. Ensuite, des élèves de Marie Le Franc arrivent en nombre avec des poubelles auxquelles ils mettent le feu. Ils se rapprochent des grilles. Et là, mais vraiment en nombre, peut-être 500 (300 selon la préfecture, NDLR), ils secouent fortement le portail d’entrée, jusqu’à ce que la porte au milieu cède.

J’ai déclenché l’alerte intrusion, le Plan Particulier de Mise en Sûreté (PPMS). Les manifestants sont restés cantonnés à l’entrée, ne sont pas allés au-delà. Ils ont amené deux poubelles, y ont mis le feu. Et après, tout le monde est parti.

« Ils étaient 500, 600, j’ai redéclenché l’alerte intrusion »

On a nettoyé. On a essayé de réparer la grille comme on pouvait. J’ai levé l’alerte. Les cours ont repris. On pensait avoir vécu le pire moment… Et alors beaucoup sont revenus deux heures plus tard. En nombre. Ils ont secoué à nouveau la grille d’entrée. La chaîne a cédé. Ils ont pénétré dans l’établissement. Ils étaient 500, 600, couraient dans tous les sens. J’ai redéclenché l’alerte intrusion. Et puis carrément le PPMS évacuation pour que tout le monde sorte. Et j’ai pris la décision d’annuler les cours.

Les manifestants ont essayé de casser de vitres. Heureusement, ils n’ont pas insisté. On est un établissement scolaire, il y a du verre partout. Dans les étages, des extincteurs ont été vidés, une salle saccagée, une vitre brisée… En termes de dégâts, ouf, ça aurait pu être bien pire. On ne s’en sort pas trop mal. Mais on est traumatisé.

« C’était venir pour casser, détruire, mettre le feu »

La communication était impossible. C’était venir pour casser, détruire, mettre le feu. Il y avait des élèves de tous les autres lycées, mais pas que. Des très jeunes aussi, des collégiens. Et puis des adultes. On voyait les drapeaux palestiniens. Donc, non, là, je n’ai pas pu garantir la sécurité dans le lycée. À un moment, tout a dérapé. On était seul. Très démunis.

J’étais en lien avec les forces de l’ordre. Je leur ai dit : « Attention, on ne va plus tenir. » Mais rien. Je comprends que ce ne soit pas facile, mais à un moment, quand il y a des intrusions et des menaces pour ceux qui sont dans le lycée, où il y a quand même 2 000 personnes, entre les élèves et les personnels… Il faut aider. J’en ai parlé avec le maire, avec le Dasen (directeur académique des services de l’Éducation nationale) tout à l’heure. Il y avait très peu d’effectifs sur Lorient, avec sept points potentiellement sensibles.

« On ne voit pas la fin »

Ce qui nous inquiète, c’est qu’on ne voit pas la fin. Ça dure depuis la semaine dernière. C’est de plus en plus violent.

On est tous en train de se remettre en cause. On voit les élèves filmer, toujours au plus près. Pour eux, c’est un spectacle. Sauf que ce n’est pas du virtuel. Il y a du danger. Bien sûr, il y a des choses à changer, il faut que leurs revendications soient reconnues. Mais là, c’est pour détruire. Ça dessert la cause.

Ce qui ne nous aide pas aussi, c’est qu’il y a des syndicats et des mouvements politiques dans tout ça. On a vu des drapeaux LFI (la France insoumise) sur de précédentes actions. Maintenant, c’est la CGT ou FO qui viennent, qui font même la bise à certains élèves.

« Il y a une peur qui s’installe »

On est inquiets. On devait recueillir les doléances des lycéens, comme l’a demandé le ministère, demain, vendredi. Évidemment on ne peut plus mettre ça en place. Je voulais construire ça avec les élèves. Comme ça doit être leur espace, on était parti du principe que de 10 à 12 h, les élèves, par classe, resteraient sans professeur, sans adulte, pour débattre et faire un document avec ce qui ne va pas, leurs attentes, leurs préoccupations.

Tout tombe à l’eau. Et il y a une peur qui s’installe. Des professeurs et des élèves sont choqués. Maintenant, on se dit que ça peut arriver à tout moment. Je compte réunir ce vendredi 9 octobre, à 9 h, tous les personnels qui le souhaitent, pour échanger. On ne pourra pas reprendre les cours comme ça sans avoir un débriefing avec les élèves. Comment on va pouvoir repartir après ? »