Présidentielle 2027 : impôts, heures sup, familles… Edouard Philippe apporte une touche de sucré « après le salé des retraites »

Edouard Philippe n'est pas venu les mains vides, ce jeudi soir, sur le plateau de « L'Heure de vérité ». Premier invité de l'émission politique de référence des années 1980-1990, ressuscitée par France 2 pour la présidentielle, le candidat à l'Elysée a dévoilé plusieurs nouvelles mesures qu'il entend mettre en oeuvre s'il est élu en 2027. Deux d'entre elles visent à redonner du pouvoir d'achat aux Français. « Ce que je propose, c'est de faire en sorte qu'en travaillant un peu plus, on gagne nettement plus », a déclaré le maire du Havre (Seine-Maritime). Reprenant à son compte le célèbre slogan de Nicolas Sarkozy, Edouard Philippe souhaite accorder la liberté aux entreprises de fixer elles-mêmes la durée hebdomadaire de travail, avec la possibilité de déroger aux 35 heures.
« 1.000 euros de plus par an »
Concrètement, toutes les heures travaillées au-delà de 35 heures seront défiscalisées et exonérées de cotisation, et il n'y aura plus une seule cotisation pour les entreprises au-delà de 37 heures. « Pour quelqu'un qui est au SMIC, travailler deux heures de plus par semaine, c'est 1.000 euros de plus par an. Ce n'est pas négligeable », a assuré l'ancien Premier ministre en guise d'exemple. Sur le plateau de Caroline Roux, où résonnait le mythique générique inspiré de la musique « Live and Let Die » de Paul McCartney, Edouard Philippe a aussi fait part de sa volonté de « revoir totalement le système des allocations familiales ». Le candidat Horizons veut aider les familles « dès le premier enfant ». Il propose ainsi que les foyers qui paient moins de 3.000 euros d'impôt sur le revenu par an soient exonérés d'impôts pendant « les trois années qui suivront la naissance d'un enfant ». Ceux qui en paient plus auront, eux, « une réduction d'impôt d'environ 3.000 euros » sur la même période. Une ristourne pensée pour aider « les classes moyennes » dont l'homme de droite cherche à se faire le porte voix dans cette course à l'Elysée. Le tout en précisant qu'il n'a « jamais aimé l'expression réarmement démographique ». Un tacle à Emmanuel Macron, car avoir un enfant, selon lui, « n'est pas une décision politique ». Le coût de cette mesure serait de 3 milliards d'euros, selon ses équipes. Elle serait financée via son plan de redressement des finances publiques, notamment grâce à sa réforme des retraites, dont il a présenté les grandes lignes la semaine dernière. Pour les familles les plus modestes, Edouard Philippe souhaite par ailleurs mettre en place « une allocation familiale unique qui permet de verser 350 euros par mois » et par enfant, dès le premier enfant. Cette mesure serait dégressive avec le revenu et à « coût constant », selon son entourage, notamment grâce à la fusion d'une série de dispositifs existants (allocations familiales, supplément familial de traitement, prime de naissance…).
Des efforts à fournir
« Après le salé des retraites, il fallait du sucré », avance un conseiller qui a contribué à l'élaboration de ces mesures. « La campagne ne peut pas être qu'une grande réforme macro, il faut aussi avoir un dialogue avec les Français sur leur quotidien », ajoute un proche d'Edouard Philippe. Car le Havrais a pris un risque en reportant l'âge légal à 65 ans avec 45 annuités : il se trouve être le candidat le plus audacieux sur la retraite. Depuis le début de la campagne, Edouard Philippe n'entend pas dissimuler aux Français les efforts à fournir pour redresser les comptes. En plus de sa réforme des retraites, il défend le projet de plafonner les indemnités chômage à douze mois et entend mettre fin à l'« open bar » des arrêts de travail. Des mesures fortes qui alimentent une image du candidat « du sang et des larmes » que ses adversaires, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Gabriel Attal, se plaisent à entretenir.
Diviser par deux l'immigration légale
Face à plusieurs journalistes, dont Benjamin Duhamel de France Inter et Eugénie Bastié du « Figaro », Edouard Philippe a aussi annoncé qu'il « divisera par deux l'immigration légale » sur un quinquennat. Ceci ne veut pas dire « la ramener à zéro » car la France aura besoin d'une « immigration de travail », a-t-il précisé. Le juppéiste a en outre évoqué la mise en place d'un « moratoire » concernant l'immigration au titre du regroupement familial. Pour mettre en oeuvre rapidement son projet, Edouard Philippe, s'il est élu président, entend présenter « dès juillet » 2027 une vingtaine d'ordonnances. Il faut, a-t-il martelé, que ces ordonnances « entrent en vigueur dès l'automne afin de pouvoir cesser cet état d'indécision, d'indétermination dans lequel vit le pays depuis au moins 2024 ».