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Breizh Frites parie sur le marché des frites fraîches précuites

Les Échos · 08/10/2026 · ← revue

C'est l'une des rares usines du genre dans l'Hexagone et la première de la région. Et pour cause : historiquement, la production de pommes de terre en Bretagne est davantage tournée vers les légumes primeur que vers leur transformation industrielle. Même si elle se situe loin derrière celle des Hauts-de-France ou du Grand Est, la région, avec quelque 7.000 hectares, assure 4 % environ de la production française. De quoi faire germer, dans l'esprit de trois spécialistes du monde agricole - Pascal Lemaire, Hervé Le Gall et Jean-Pierre Rivery -, l'idée de valoriser les tubercules sous forme de frites fraîches précuites. Début 2026, les trois associés ont ainsi lancé Breizh Frites, une usine de 1.600 m2 installée dans l'ex-friche industrielle Sovipor à Plumieux, dans les Côtes-d'Armor.

5.000 tonnes

Au total, 4 millions d'euros ont été injectés dans l'opération, dont le quart financé par le Fonds européen agricole pour le développement rural, la région Bretagne et la communauté de communes de Loudéac. Objectif du site : produire, en rythme de croisière, quelque 5.000 tonnes de frites fraîches précuites. Une technique qui permet d'obtenir un produit fini en quelques minutes, tout en bénéficiant d'une date limite de consommation longue, de vingt et un jours dans le cas de Breizh Frites. En fins connaisseurs du monde agro-industriel - Pascal Lemaire est l'ancien patron des oeufs Cocorette et Jean-Pierre Rivery préside la CCI Bretagne -, le trio a sécurisé ses débouchés en amont. Il s'est allié au Réseau Le Saint, le géant breton des produits frais (950 millions de chiffre d'affaires avec 3.400 salariés) pour écouler ses productions, commercialisées en sacs de 5 kg. « On a trouvé le client avant de lancer la production », s'amusait ainsi, lors de la présentation du projet, au printemps, Hervé Le Gall, agriculteur et directeur du site. Pour alimenter l'usine, qui emploie une quinzaine de salariés, l'entreprise transformera les productions de six exploitations couvrant quelque 200 hectares. Dans une conjoncture complexe, l'intérêt de ce projet est de capter la valeur ajoutée liée à la transformation, qui échappe trop souvent, dans le cas des frites, aux acteurs tricolores de la filière. Selon les fondateurs, Breizh Frites devrait rapidement générer plusieurs millions de revenus. D'autant qu'ils n'excluent pas d'ajouter une seconde ligne de production afin de pénétrer d'autres marchés, celui de la grande distribution notamment. Seules « deux autres unités de ce type existent en France », soulignait récemment le directeur de Breizh Frites, qui - en même temps qu'une autre entreprise, La Fromagerie Sainte-Anne de Kervignac, dans le Morbihan -, a obtenu en septembre le Grand prix « valorisation » lors du Forum Economique Breton.

Guillaume Roussange (Correspondant à Rennes)