Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeBypass BPC (navigateur)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

« Si tout le monde ne réduit pas sa consommation, on n’a plus d’eau au robinet dans un mois » : face à la sécheresse, ces élus bretons sonnent l’alerte

Le Télégramme · 08/10/2026 · ← revue

Et s’il fallait composer avec des coupures d’eau du robinet ? Le scénario catastrophe, que la Bretagne voudrait à tout prix éviter, n’est pourtant pas loin d’arriver. Quelques pluies ont bien arrosé la région ces derniers jours mais bien trop peu pour écarter l’alerte sécheresse, maintenue à son plus haut niveau dans les quatre départements bretons. « Depuis le début du mois d’août, la situation hydrologique en Bretagne s’est encore détériorée pour tous les compartiments de la ressource en eau. (…) L’état de sécheresse des sols atteint des valeurs historiquement faibles », indiquait, déjà, en septembre la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal).

Dans son dernier rapport, le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) précise, à son tour, que 94 % des niveaux des nappes de Bretagne sont en dessous des normales, avec une forte variabilité selon les départements : 69 % dans le Finistère et 50 % dans les Côtes d’Armor, contre 33 % dans le Morbihan et 8 % en Ille-et-Vilaine.

Face à ce cocktail défavorable et une météo qui n’en finit pas de rester clémente, le préfet du Finistère Louis Le Franc doit faire des annonces, ce vendredi matin. Plusieurs zones, dont le pays bigouden, vont probablement devoir composer avec des baisses de pression, voire même des coupures temporaires d’eau.

« Il nous faut tous limiter nos usages »

Mardi 6 octobre, les représentants du syndicat mixte d’alimentation en eau potable Kreiz Breizh Argoat, dans les Côtes d’Armor, ont annoncé qu’il y avait « une menace sur la continuité du service d’alimentation en eau potable ». La crainte n’est pas moins forte dans le secteur brestois, où les collectivités ont sonné, ce jeudi 8 octobre, « l’alerte écarlate ». « La pluviométrie des trois derniers mois a été inférieure de plus de 60 % à la moyenne observée ces 40 dernières années. Nous n’avons que quelques semaines de stock. Le taux de remplissage du lac du Drennec est de 32 %, c’est du jamais vu sur le barrage. Si nous ne faisons pas collectivement un effort pour réduire immédiatement notre consommation, nous n’aurons plus d’eau au robinet en novembre », ont martelé élus et président de syndicats des eaux, dans l’usine d’eau potable de Pont-ar-Bled, à Plouédern (29). Le site appartenant à Brest métropole fournit 310 000 Finistériens en eau, de Brest à Landivisiau en passant par Landerneau.

Ce sont autant de personnes à qui les collectivités adressent de nouveau un message d’urgence. « Particuliers, entreprises, agriculteurs. À court terme, il nous faut tous limiter nos usages. La consommation du Finistère est estimée à 112 litres d’eau par personne et par jour. Pour bien s’en sortir, il faudrait réussir à la diminuer de moitié. Tous les écogestes du quotidien (plus de bain, pas de nettoyage de voiture) sont les bienvenus ».

Les tarifs risquent de grimper

En convaincre les particuliers ne sera pas chose aisée. « Malgré nos nombreux messages de prévention pendant l’été, la consommation de septembre est rigoureusement identique à celle de 2025 », se désole le président du syndicat de bassin de l’Élorn, Dominique Cap. « Il a plu à seaux tout l’hiver dernier. Et, après la sécheresse de l’été, les pelouses reverdissent. Ce message peut paraître contre-intuitif, concède le président de Brest Métropole, Stéphane Roudaut. Mais il ne faut pas oublier que le sous-sol breton est composé majoritairement des roches dures qui ne laissent pas facilement passer l’eau. L’eau potable des Bretons ne provient qu’à 25 % de ses nappes phréatiques, tout le reste est en surface ».

Pour le maire de Brest, cet appel au civisme n’est qu’une première marche « vers un changement radical de la culture à l’égard de l’eau ». Dans les solutions de moyen terme, Brest Métropole et la communauté de communes du pays de Landerneau-Daoulas veulent prolonger les efforts pour améliorer le rendement du réseau (de 90,02 % sur le secteur d’Eau du Ponant) et limiter les fuites. Ils envisagent aussi d’intégrer « une logique de progressivité » à la tarification sur l’eau. Un système où les gros consommateurs paieraient plus et où l’eau coûterait plus cher l’été. Le débat devrait ouvrir en 2027.

Quant au long terme (trois à cinq ans), il se construira au prix d’investissements « ambitieux » : possibilités de stockage en carrière, sécurisation des captages complémentaires, déploiement de la réutilisation des eaux usées traitées. « Il faut un débat territorial, termine Stéphane Roudaut. Face au changement climatique, nous avons une révolution à opérer ».