Revue de presse

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7-Octobre : le maire RN de Carcassonne inaugure une stèle en hommage aux victimes des attentats devant Louis Aliot et plusieurs élus d’extrême droite

Le Monde · 07/10/2026 · ← revue

Des policiers municipaux dans les fourrés pour prévenir toute intrusion de manifestants. Un accès interdit – comme de plus en plus souvent – aux trois rédacteurs de L’Indépendant, désormais seul quotidien du département. Mercredi matin 7 octobre, juste devant la gare et au bord du canal du Midi, le maire Rassemblement national (RN) de Carcassonne (Aude), Christophe Barthès, a dévoilé, au milieu du parc André-Chénier, une stèle de marbre gris gravée d’une étoile de David et recouverte d’un drapeau israélien, « en mémoire des 1 200 victimes juives des attentats islamistes du 7 octobre 2023 en Israël, dont 51 Français massacrés par les terroristes du Hamas ». La cérémonie, très politique, s’est déroulée devant le maire de Perpignan, Louis Aliot, vice-président du RN, et deux députés, du RN eux aussi : Edouard Jordan, député de la première circonscription de l’Aude, et l’élu européen Julien Leonardelli. Beaucoup de Perpignanais et de Biterrois, peu de kippas, mais quelques responsables de la communauté juive de la région ; l’un venu de Béziers (Hérault), l’autre de Perpignan. Le rabbin Chmouel Bensoussan était présent à titre personnel, puisque « le CRIF a souhaité ne pas être représenté à cette cérémonie », a indiqué au Monde le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi. Invité, le préfet de l’Aude, Alain Bucquet, a décliné.

« Un déclic »

Adhérent du Front national puis du RN depuis 2007, le maire de Carcassonne a expliqué que, en 1979, alors qu’il était en 6ᵉ, il avait été « très marqué par le feuilleton Holocauste [de l’Américain Marvin J. Chomsky, sorti en 1978]. Un déclic. Je n’ai eu de cesse, depuis, de me renseigner sur le sort de nos compatriotes juifs (…) sur cette histoire horrible ». Comme l’un des adjoints de Louis Aliot, Philippe Benguigui, il a dénoncé tous ceux, « politiques ou autres intellectuels de gauche », qui ont décrit les massacres du 7-Octobre comme des « actes de résistance » et regretté de ne pas les avoir vus manifester, à Paris, lors de la marche civique contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023 – pas davantage que « le président de la République » –, alors que, « c’est une première, tous les élus RN de Marine Le Pen et de Jordan Bardella se trouvaient là ». Le projet de la stèle et cette commémoration « désormais annuelle » avaient été rendus publics le 24 septembre, quatre jours avant que Mediapart ne publie des messages antisémites attribués à Jordan Bardella, lorsqu’il était jeune militant, en 2013. Des documents auxquels le maire « ne croit pas », confie-t-il au Monde. Lors de la présentation du projet, devant son conseil municipal, Christophe Barthès avait cité en exemple Nice, où, il y a deux ans, le maire de l’époque, Christian Estrosi (Horizons), a inauguré une sculpture en hommage aux victimes du 7-Octobre conçue par l’illustrateur Joann Sfar. Mais, ce même jour, M. Barthès a immédiatement exclu l’opposition municipale de gauche de cette cérémonie, arguant que, en juin 2024, après la dissolution de l’Assemblée nationale, le Parti socialiste (PS) local s’était uni contre l’extrême droite au sein du Nouveau Front populaire (NFP) derrière Philippe Poutou, figure du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), parachuté dans la circonscription de Carcassonne. « Compte tenu des prises de position exprimées à propos du 7-Octobre par Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou, et au regard des alliances politiques revendiquées par le Parti socialiste (…), j’espère que monsieur [Alix Soler-]Alcaraz et les siens auront la décence de ne pas venir, avait lâché le maire à l’attention du premier secrétaire fédéral du PS de l’Aude et candidat malheureux au scrutin municipal de mars. Le PS était absent mercredi, « non parce que le maire l’a demandé, explique M. Soler-Alcaraz, mais parce qu’il fait de cette cérémonie un événement politicien et veut à nouveau créer les conditions du conflit et brutaliser la politique locale, comme il le fait depuis son élection ».

« Tour de passe-passe »

Une fois la prière dite par le rabbin de Perpignan, quelques membres des chœurs de l’harmonie municipale ont entonné La Marseillaise, puis le maire a offert un « apéritif républicain » dans le parc. Un homme, en costume, coiffé d’une kippa, s’est alors approché timidement dans une allée donnant à l’arrière du square. Jean-Philippe Sportouch a été professeur d’histoire au collège du quartier du Viguier à Carcassonne. Depuis peu à la retraite, après vingt-huit ans d’enseignement, il se décrit comme un « juif universaliste » et est membre du collectif Nous Carcassonne, qui s’est créé après la victoire de l’extrême droite à l’élection municipale. A l’annonce de l’hommage prévu par le RN, il a « ressenti tout à coup comme une sorte de commandement moral » de s’exprimer tout haut. « Je n’ai jamais cru une seconde à la soi-disant dédiabolisation, dit-il. Le tour de passe-passe a si bien fonctionné que Bardella peut oser proférer des énormités comme : “le RN est le bouclier des juifs.” Il n’était cette fois pas possible de laisser le maire commettre une telle imposture sans réagir. » Un gros caillou à la main, un brin tremblant, il lit désormais à quelques mètres de la stèle le long texte qu’il a préparé. « En 1940, l’extrême droite a abattu la République au gré de circonstances extérieures. Aujourd’hui, elle menace de la détruire de l’intérieur en s’emparant du pouvoir pour la vider de sa substance au profit d’un régime autoritaire. Les Français juifs, quelles que soient leurs inquiétudes, devraient toujours se rappeler que leur intérêt a toujours coïncidé avec celui de la République. Ils ne doivent jamais oublier qu’à l’inverse, l’extrême droite a toujours combattu la République et que l’antisémitisme en a toujours été le corollaire inévitable. » Puis il s’en va déposer une pierre au pied de la stèle, comme le veut la tradition juive sur les sépultures des défunts. Cinq jours plus tôt, un autre féru d’histoire, Martial Andrieu, ténor d’opéra et auteur d’une grosse dizaine d’ouvrages sur Carcassonne, avait tenté lui aussi de réveiller la ville. Sur son compte Facebook – très suivi –, « La vie à Carcassonne », il a posté une stèle virtuelle surmontée d’une étoile de David et égrenant plus de 300 noms de « victimes juives du nazisme raflées à Carcassonne et dans l’Aude, déportées vers les camps de la mort nazis avec la complicité du gouvernement d’extrême droite dit “Etat français” entre 1942 et 1944 », recensées grâce à ses travaux. Avec ce commentaire : « Si j’avais été le maire de Carcassonne, voici la stèle que j’aurais fait ériger et inaugurer au cours d’une commémoration où j’aurais invité tout le monde. »