Les élus de Paris veulent réduire l’étendue de la zone soumise à la protection du patrimoine dans la capitale

Détricoter deux décisions sur la protection du patrimoine parisien prises au cours des derniers mois de la mandature d’Anne Hidalgo – de 2014 à 2026 – et reprendre les choses dans l’ordre. C’est la raison qu’a avancée la nouvelle majorité socialo-écolo-communiste pour demander au Conseil de Paris, réuni du 6 au 9 octobre, de bien vouloir annuler deux délibérations adoptées en juin et novembre 2025 autour de la création d’un site patrimonial remarquable (SPR). Avec l’idée de revoir le périmètre de cette zone, qu’elle estime aujourd’hui trop vaste. Aussitôt, la droite, mercredi 7 octobre, a dénoncé « un vrai retour en arrière » et déploré un « manque de protection » du patrimoine parisien, alors que ce dispositif, estime-t-elle, permet à la fois de « concilier évolution de la ville et adaptation au réchauffement climatique ». C’est précisément parce qu’ils estiment le contraire que le nouveau maire (PS) de Paris, Emmanuel Grégoire, et sa majorité ont tenu à remettre le sujet sur la table, alors que le dossier était déjà bien avancé. Au cœur des débats, cette question cruciale : qui, de la Ville ou de l’Etat, a le dernier mot sur le bâti et le paysage de la capitale ? De la réponse dépend un double enjeu : leur préservation, mais aussi leur nécessaire – et urgente – adaptation au réchauffement climatique, ce que l’été 2026 a si brutalement rappelé. Comme souvent à Paris, tout part du fleuve. En 1991, les berges de Seine entrent au Patrimoine mondial de l’Unesco. Tout bien ainsi classé est censé être doté d’un plan de gestion, forme de mode d’emploi dans lequel la ville, la collectivité ou le propriétaire du site détaille ce qu’il met en place pour le protéger. Ce document n’existe toujours pas pour les berges, ce qui est régulièrement rappelé à la municipalité. La dernière fois, c’était en 2024, lorsque le périmètre Unesco « Paris, rives de la Seine » est passé de 367 à 531 hectares, ce qui correspond globalement à une large bande longeant le fleuve depuis le pont Bir-Hakeim (île aux Cygnes comprise) jusqu’à la gare d’Austerlitz, en englobant le Champ-de-Mars, les Invalides, un morceau des Champs-Elysées, les Tuileries, etc. Une zone tampon de 3 194 hectares y a été ajoutée.
La droite pour une vaste zone
Dans le même temps, un nouvel outil juridique est apparu en France : le site patrimonial remarquable (SPR), créé par la loi LCAP de 2016, relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine. Son idée ? Simplifier la protection des sites patrimoniaux et paysagers d’un même territoire, avec cette précision : dans le périmètre d’un SPR, tous les travaux autorisés sont soumis au contrôle des architectes des bâtiments de France. Courant 2024, la Ville et l’Etat, par l’intermédiaire du préfet de Paris, se mettent d’accord sur l’idée d’en élaborer un pour la capitale. Lequel pourrait, au passage, répondre à la demande de l’Unesco pour les berges de Seine. Encore fallait-il s’entendre sur son étendue. La pression de la droite en faveur de la zone la plus vaste possible est alors très forte. Il est question d’aller de Montmartre, dans le nord, à la Butte-aux-Cailles, dans le sud. A l’époque, rappelons que Rachida Dati, l’opposante historique d’Anne Hidalgo, cheffe de file des Républicains pour les municipales de 2026, est aussi ministre de la culture. Un compromis finit par être négocié entre le préfet de Paris et le premier adjoint d’Anne Hidalgo, Patrick Bloche – lequel avait été le rapporteur de la loi créant ces fameux SPR : celui de la capitale engloberait les sept premiers arrondissements, ainsi que des morceaux des 8e, 12e, 13e et 15e. En novembre 2025, les élus parisiens approuvent l’idée de transmettre cette proposition à l’Etat. En décembre, la commission nationale du patrimoine et de l’architecture valide le périmètre, même si cette commission regrette qu’il n’aille pas plus loin. Une enquête publique devait suivre. Jusqu’à ce que la municipalité décide de reprendre la procédure. Un SPR à une telle échelle, c’était prendre le risque pour la ville de se retrouver « affaiblie pour piloter de manière cohérente ses politiques urbaines », a détaillé François Vauglin, l’adjoint à l’urbanisme d’Emmanuel Grégoire, pour justifier cette décision, en rappelant que le plan d’urbanisme voté en 2024 renforce déjà considérablement les protections du patrimoine. Enfin, cela impliquerait des années d’études et des coûts colossaux – « 11 millions d’euros » – estime-t-il, dans la mesure où des diagnostics très détaillés du bâti doivent notamment être établis. La délibération adoptée inclut également le lancement d’études pour la butte Montmartre. Une fois le nouveau périmètre du SPR défini, il s’agira de s’entendre sur le ou les statuts – il en existe deux – qui régissent les secteurs qu’il contient. L’un de ces statuts donne franchement les clés à l’Etat et aux architectes des bâtiments de France, comme c’est déjà le cas dans le quartier du Marais et le 7e arrondissement. Des consultations doivent également être organisées dans les mois à venir dans les arrondissements concernés, avant le lancement d’une enquête publique.