« Toute la ville se moque de nous » : à Dinard, la guéguerre entre élus n'en finit plus

Nouvel épisode des tensions politiques qui animent la ville de Dinard, depuis les dernières élections de mars 2026. Lors du dernier conseil municipal, le 30 septembre, l’affaire qui oppose l’élu d’opposition Christophe Fichet au maire Arnaud Salmon et au conseiller de la minorité Stanislas du Guerny s’est encore invitée dans les débats. Point du jour : le retrait de la protection fonctionnelle accordée à Christophe Fichet. Avant de rappeler les faits, « il est demandé à M. du Guerny, M. Fichet et à moi-même de quitter l’assemblée, car cela nous mettrait clairement en conflit d’intérêts » a précisé le maire, avant de confier la présidence de séance à sa première adjointe Marie-Claire Mervin. Christophe Fichet a tout de même essayé de prendre la parole, pour faire « une déclaration préalable » dans le but de demander à tous les élus de la majorité de sortir de la salle, ce que le maire lui a catégoriquement refusé, au risque « d’entacher de régularité la délibération. Je vous rappelle que vous avez porté plainte contre moi et M. du Guerny. »
« L’affaire »
« Le 24 juin 2026, Christophe Fichet sollicite la protection fonctionnelle. Il invoque des propos tenus par le maire lors de la séance du 27 mai qu’il qualifie de diffamatoire, calomnieux et injurieux. M. Fichet demande une prise en charge des frais de défense et d’assistance juridique, une assistance psychologique le cas échéant et aussi la réparation intégrale des préjudices qui en résultent », expose Marie-Claire Mervin. « Le 30 juin, la protection lui a été accordée automatiquement. Le 7 septembre, une information a été faite à M. Fichet pour l’informer du retrait envisagé de sa protection fonctionnelle. Le 18 septembre, nous avons reçu ses observations écrites. Le 23 septembre, lors d’un entretien, nous avons reçu les observations orales avec le Conseil de M. Fichet. »
« Les conditions pas réunies »
La première adjointe au maire a expliqué pourquoi la délibération était proposée : « Dans le cadre légal, les faits invoqués ne relèvent pas de violences, menaces ou outrages. Les propos contestés portaient sur l’exercice du mandat et sur des sujets d’intérêt général débattus au conseil municipal. Le rapport (de la mairie) distingue l’outrage, qui demeure exclu de l’enceinte municipale, à la critique ou à l’invective politique portant sur un sujet d’intérêt général. Le rapport estime que la demande vise notamment la prise en charge par la commune de frais liés à des poursuites envisagées contre le maire et considère que l’intérêt général s’oppose dans les circonstances exposées au maintien de la protection. Le rapport conclut que les conditions légales d’octroi ne sont pas réunies et que la décision est donc illégale. La délibération vise donc à retirer pour illégalité la décision du 30 juin 2026 accordant à Christophe Fichet le bénéfice de la protection fonctionnelle. »
« Au-delà du cas de M. Fichet »
Pour le groupe Mieux vivre Dinard ensemble, « il est évident que nous sommes face à un conflit privé qui ne cesse de s’amplifier depuis les dernières élections municipales. Ce conflit oppose M. Salmon et M. Fichet. Notre conviction est que ce différend aurait dû être réglé depuis longtemps par le biais d’une médiation privée. Nous pensons que le conseil municipal n’a pas vocation à devenir l’arbitre d’un conflit entre personnes », indique Ernest Martin. « Par ailleurs la protection fonctionnelle a été mise en œuvre dans le cadre légal prévu et a été validée par la préfète avec un contrôle de légalité qui a confirmé l’octroi de cette protection fonctionnelle le 20 août dernier. Pour notre groupe, il y a un enjeu qui dépasse largement le cas de M. Fichet si le conseil municipal décide de retirer la protection fonctionnelle d’un élu de l’opposition sur la base de cette appréciation. Nous allons créer un précédent qui pourra demain être invoqué à l’encontre d’autres élus de la minorité, mais aussi de la majorité. La protection fonctionnelle doit rester une garantie pour tous les élus, quelle que soit leur appartenance à la majorité ou à l’opposition. »
« Toute la ville se moque de nous »
Ernest Martin a également souligné que « depuis près de six mois, nous consacrons une place considérable de nos conseils municipaux à ces problématiques relationnelles entre messieurs Salmon et Fichet, hors champ de compétence du conseil municipal. Chaque jour, les Dinardais nous disent qu’ils en ont assez. L’image que nous renvoyons n’est pas celle d’un conseil municipal concentré et actif sur les dossiers de notre commune. Pendant que nous débattons sur ces conflits de personnes, nous ne parlons pas suffisamment de Dinard et de ses habitants pour faire avancer les projets en cours. C’est pour cette raison que notre groupe votera contre cette délibération. »
« Ce que vous dites est faux »
Dans la majorité, Frédéric Sohier, adjoint au maire, ne partage pas le même avis : « M. Martin, ce que vous dites est faux. Vous dites que c’est un conflit entre M. Salmon et M. Fichet, ce qui n’est pas vrai puisque M. du Guerny est également sorti de la salle. Ce conflit vient d’une situation à laquelle M. le maire a souhaité mettre fin : l’attitude de M. Fichet. Si on en est là, c’est parce que M. Fichet s’est mis dans une situation qui n’était pas la bonne. » Frédéric Sohier est d’accord sur un point : « Vous avez raison, toute la ville se moque de nous. » En revanche, « en prenant la décision de voter contre cette délibération, je ne suis pas certain que vous preniez la bonne décision. Excusez-moi de vous le dire. »
« Le maire ne demandera pas la protection fonctionnelle »
Marie-Claire Mervin a apporté deux précisions complémentaires : « Cette loi, dite Gatel, a pour but de protéger les élus pour des menaces, des violences ou des outrages venant de la population et non pas pour des choses qui se passent dans l’enceinte du conseil municipal. » D’autre part, « ce que nous jugeons à travers cette délibération, c’est si la Ville supporte ou non les frais liés à la procédure. Le maire, pour sa part, ne demandera pas la protection fonctionnelle, car c’est son assurance personnelle qui le couvrira. »
« Qui suis-je pour juger ? »
Emilie Bellot, conseillère municipale de Mieux vivre Dinard ensemble, est plus nuancée : « Qui suis-je aujourd’hui pour juger si M. Fichet estime qu’il a été victime d’outrage pendant la séance du 27 mai ? Ce n’est pas à nous, conseil municipal, de décider cela. La meilleure stratégie serait de lui laisser sa protection fonctionnelle, même si cela va avoir un coût, sachant que la justice va décider. » Ernest Martin ajoute que « ce conflit ne nous intéresse pas. Je pense à l’ensemble des conseillers municipaux qui, potentiellement demain, peuvent avoir besoin de cette protection fonctionnelle. Vous nous informez que M. le Maire dispose d’une assurance à titre privé, c’est très bien. Sachez que nous, élus d’opposition, nous ne sommes pas rétribués et qu’il existe cette loi pour nous protéger. Entendez que nous aussi dans le cadre de l’exercice de nos fonctions, on souhaite se protéger en cas de problème. » Sans surprise, la majorité a voté pour le retrait de la protection fonctionnelle de Christophe Fichet. Le groupe Mieux vivre Dinard ensemble a voté contre.
De notre correspondant Matthieu BARON
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