Revue de presse

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Présidentielle 2027 : la course aux élections fait tomber les masques

Les Échos · 06/10/2026 · ← revue

Par Philippe Besson

Ça aurait pu marcher. Ils avaient déployé tant d'efforts… Du côté de l'extrême droite d'abord. Des mois que Marine Le Pen s'échine à se montrer positive et rassurante. D'ailleurs, dans cette campagne, elle ne nous propose rien de moins que « La Renaissance ». Un peu « le Golden Age » de Donald Trump, mais moins bling-bling. Le gros rouge qui tache, le racisme décomplexé, elle les laisse à Zemmour, et la haine pavlovienne de l'Europe à Dupont-Aignan. Elle met aussi en avant des visages avenants et duveteux (Bardella), de malicieux bagarreurs de cour de récréation (Tanguy), des discoureurs matois (Chenu). Elle présente un contre-budget pour prouver à quel point elle serait désormais sérieuse en matière de finances. Même ses déboires judiciaires la servent, qui attestent qu'elle a blanchi sous le harnais et possède le calme des vieilles troupes.

Une ancienne ritournelle

Et patatras ! Il a suffi que ces empêcheurs de dissimuler en rond de Mediapart déterrent de sinistres et glaçants échanges numériques pour que le vernis craque, que le papier peint se décolle et qu'on redécouvre les anciens motifs du FN, vous savez, cette boutique fondée par d'anciens Waffen SS. Voici que le président du parti en personne nous ressuscite le bon vieil antisémitisme de papa et fait remonter les odeurs fétides d'antan. Pire peut-être : plutôt que de plaider l'erreur de jeunesse, le présumé fautif s'enferme dans une dénégation théâtrale et outragée, y entraînant sa cheffe et ses troupes (et ranimant, pour l'occasion, des penchants liberticides). Or on sait, depuis Jérôme Cahuzac, que le mensonge en politique, surtout affirmé avec aplomb et réitéré, est mortel. Romans de campagne : De l'autre côté de l'échiquier, on n'a pas lésiné non plus sur le ripolinage. Des mois que Jean-Luc Mélenchon nous joue les papys sympathiques, les tribuns assagis. Il est plus posé, il se veut rassembleur. Encore un peu et il va singer François Mitterrand, quelque part entre la force tranquille et la France unie. De surcroît, il lui arrive de sourire. Si ce n'est pas une transfiguration… Pour le reste, certains médias complaisants ont même réussi à occulter ses jeux de mots douteux sur les patronymes à consonance juive et son électoralisme grossièrement communautariste.

La bordélisation, c'est la vie

Et re-patatras ! Il a suffi que des lycéens, déplorant la vétusté de leurs établissements, trouvent logique d'y mettre le feu, pour que le naturel revienne au galop et que le belliqueux, galvanisé par cette révolte pubère, ressurgisse soudain et se remette à souffler sur les braises. Finalement, le bruit et la fureur, ça lui plaît bien. Le désordre, ça a du bon. La bordélisation, c'est la vie. Casser du flic et casser tout court, ça revigore. Sauf que les Français, s'ils appellent de leurs voeux la rupture, ne goûtent guère le chaos. Et que, s'ils distinguent et saluent éventuellement les ressorts d'une communication habile, ils détestent la mystification et la duperie. Oui, ça aurait pu marcher. RN et LFI auraient pu continuer à nous servir leur fable. Le tout, c'était de ne pas se faire prendre.