Pourquoi la police était-elle absente lors de l’incendie de la façade du lycée Nelson-Mandela à Nantes ?
Il y avait des signes avant-coureurs. Sur certains réseaux sociaux, comme Snapchat, des messages annonçaient une attaque du lycée Nelson-Mandela. Un groupe de personnes aux visages dissimulés a fait irruption un peu avant 8 h, jeudi 1er octobre. Ils ont tiré des mortiers d’artifice sur une rangée de poubelles plaquées contre l’entrée. Quand les pompiers sont arrivés, les flammes étaient déjà montées jusqu’au toit, détruisant le hall et une partie de la toiture de l’établissement récent, situé sur l’île de Nantes.
Les enquêteurs de la Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) mènent les investigations, en lien avec un expert en incendie, pour fixer les circonstances du feu. Et vérifier notamment si un produit accélérant a été propagé au niveau des poubelles.
Le sinistre aurait-il pu être évité ? La question s’est invitée dès le départ du feu, jeudi. Les lycéens l’ont exprimé à travers différents témoignages. Se demandant pourquoi la police n’était pas présente alors qu’il leur paraissait évident que leur établissement allait être visé. Des messages inquiétants de ce genre visaient la plupart des lycées nantais, répond-on du côté de la Direction interdépartementale de la police nationale.
Des équipages partis en renfort devant d’autres lycées et à Saint-Nazaire
D’après des sources du commissariat de Waldeck-Rousseau, la volonté de départ des forces de l’ordre était de mobiliser des unités devant chaque établissement pour en assurer la sécurité. Mais les circonstances ont changé les plans. Les collègues ont été pris à partie très fort devant des lycées comme Camus. Ils se sont retrouvés sans gaz lacrymogène, en sous-effectif. Il a fallu redéployer les équipes.
À ce moment-là, des unités de la Brigade spécialisée de terrain (BST) et de la Compagnie départementale d’intervention (CDI) avaient déjà été envoyées en renfort à Saint-Nazaire. Lorsque les unités se déplacent vers Camus ou Saint-Félix, il ne se passe rien de particulier à Nelson-Mandela. Il y a les poubelles qui empêchaient d’entrer, rien d’autre, assure-t-on. L’irruption des individus masqués et armés d’engins pyrotechniques change la situation en quelques minutes. On est arrivé trop tard pour empêcher le feu, regrette la DIPN. Ce jour-là, il y a eu sept incendies ou tentatives d’incendies.
La progression des pompiers « gênée par des regroupements violents »
Certains s’étonnent également des délais d’intervention des sapeurs-pompiers au lycée Nelson-Mandela. L’alerte a été donnée à 7 h 59, au centre d’appels du Sdis. Les premiers engins sont arrivés vingt minutes après, selon une source sur place. Un délai plutôt long pour une intervention dans le centre de Nantes. L’établissement est entouré par deux casernes composées essentiellement de pompiers professionnels (Nantes-Gouzé et Rezé). Les pompiers étaient accompagnés des forces de l’ordre en raison des jets de projectile dont ils étaient l’objet, explique la préfecture. Leur progression jusqu’au lycée Mandela a été gênée par la multiplicité des regroupements violents.
Quant aux témoins qui déplorent le fait d’avoir mis du temps à joindre les pompiers, l’explication peut se trouver dans les nouveaux outils performants dont disposent les secours pour gérer les alertes. Quand un événement génère de multiples appels, et que le sinistre est déjà pris en compte, les opérateurs priorisent des appels au secours provenant d’autres secteurs où il peut y avoir une urgence vitale. Il sont désormais géolocalisés avec une grande précision. Cela ne veut pas dire que les pompiers n’étaient pas déjà en route.