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« Le cinéma anglais a toujours fasciné le public français » : Amira Casar préside le jury du Dinard Festival du film britannique et irlandais

Le Télégramme · 06/10/2026 · ← revue

En 37 ans de festival, de nombreux films sont « sortis » de Dinard (35). Il y a eu « Billy Elliot » mais aussi « The Full Monty », « Petits meurtres entre amis »… Quel regard portez-vous sur ce cinéma d’outre-Manche ?

Je crois que le cinéma anglais a toujours fasciné le public français. Je pense qu’entre les deux pays, il y a une vraie et véritable histoire d’amour. On se titille, on se chamaille depuis la nuit des temps et la Guerre de cent ans mais, au fond, c’est une grande histoire d’amour entre les deux nations.

Je suis aussi toujours étonnée par l’audace des films d’outre-Manche, de leurs récits, du jeu des acteurs qui incarnent leur rôle tout en profondeur et en subtilité. Il y a, dans le cinéma britannique, une certaine radicalité dans l’écriture. Tout, absolument tout, dès le début, avant même que le film n’entre en production, repose sur un scénario et des dialogues extrêmement bien travaillés.

Les acteurs anglais chérissent les rôles de composition. Ils n’ont pas de vanité. Ils aiment se fondre dans leurs rôles derrière la personne qu’ils interprètent et j’avoue que, moi aussi, cela me plaît énormément. Tout cela permet à l’acteur un jeu expressif et ancré dans le réel. Un jeu organique et qui ne simule pas. Car le cinéma britannique, même dans ses comédies, est, en majeure parti, e un cinéma social.

Votre cinéma anglais, quel est-il ? Quels sont les films qui vous attirent ?

Le genre m’importe peu. Je me souviens d’avoir été éblouie lorsque j’étais très jeune par le film de Terence Davies : « Distant voices, still lives »… J’ai toujours, et cela depuis l’enfance, beaucoup aimé le cinéma de Michael Powell, sa fantaisie et la beauté captivante de tous ses films m’ont éblouie et enchantée et continue de m’éblouir… de « Colonel Blimp » au « Chaussons rouges » et puis « Black Narcissus » avec les lumières sublimes du grand chef opérateur Jack Cardiff. J’avais aussi beaucoup apprécié Caravaggio, Peter Greenaway avec son film « Drowning by numbers », et les deux Ken (elle sourit) Ken Loach et Ken Russell, dont bon nombre de films comptent tant pour moi. Dans les cinéastes contemporains, Shane Meadows est un cinéaste que j’aime mais aussi Andrea Arnold.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’être comédienne ?

Les romans que je lis et les situations romanesques que je vis, en me projetant dans d’autres vies, d’autres réalités, d’autres mystères, d’autres tempêtes, d’autres lieux, d’autres pays, d’autres prénoms et d’autres filles. D’autres vies parallèles. Tout ne peut s’expliquer de façon rationnelle et je crois bien que c’est un des problèmes majeurs de notre époque.

Thomas Gilou, les frères Quay, Catherine Breillat, Carlos Saura, les frères Larrieu, Bertrand Bonello, Luca Guadagnino… Vous avez tourné avec de grands réalisateurs. Lequel vous a particulièrement marquée ?

Fort heureusement, chaque cinéaste est différent. Chaque film est une invitation au voyage. Une exploration espérée, intime et profonde, d’un être humain, d’une situation, d’une relation. Je n’ai pas de préférence. Évidemment, j’ai quelques connivences. Avec certains. Je vois mes films comme des expériences. Chaque tournage est une expérience, une aventure et mon rôle est de m’adapter, d’essayer de saisir ce que le cinéaste attend de moi et d’essayer d’incarner une personne vivante, en rencontrant la personne que je vais interpréter. C’est une étrange alchimie métaphysique qui, chaque fois, me surprend. C’est mystérieux…

Comment abordez-vous votre rôle de présidente au sein de ce jury ?

En étant à l’écoute de l’autre, en partageant et en vivant cela d’une manière collective. Par-dessus tout, j’aime apprendre des autres. C’est le but de ma vie. Il s’agit de cela à mes yeux. Augmenter quelque chose, en soi… la respiration, le souffle, la technique, l’écoute… comme en musique. Vous savez, j’ai cette chance de travailler souvent avec des musiciens et des chefs d’orchestre, des orchestres symphoniques, et, comme au théâtre, sans les autres, vous n’êtes rien ! Et c’est cette expérience collective qui est passionnante à vivre.

Vous allez remettre à Dinard le Hitchcock d’or. En quoi une récompense compte-t-elle dans la vie d’un acteur, d’un réalisateur ou d’un film ?

Je suis parfois sceptique en ce qui concerne les récompenses, parce que je trouve qu’il est difficile dans l’art, de dire objectivement que l’un est meilleur que l’autre… Cela dit, un prix peut attirer les faveurs et l’attention du public, ainsi le film peut obtenir une distribution plus facilement. Moi, je chéris le cinéma. Je sais que c’est un refuge. Je sais que les salles obscures que sont les cinémas me proposent une vie intérieure et une expérience intérieure, une vision intime et une concentration que je ne peux ressentir de la même manière, lorsque je regarde des films à la télévision ou sur un écran.

Y a-t-il des rôles que vous aimeriez tenir au cinéma ?

J’aime que l’on me surprenne, alors, je laisse l’imagination des cinéastes faire son chemin. J’aime surtout, que l’on m’imagine là où moi-même je ne m’imagine pas. Mais il est vrai que j’ai eu cette chance d’interpréter des femmes différentes, et de toutes confessions. Professeure, colonel de l’armée, Médée, artiste peintre, cheffe d’entreprise terroriste repentie, femme de ménage dans « Playoff », d’Eran Riklis. J’aimerais être toutes les femmes. J’en rêve.

Quels sont vos projets immédiats ?

Je viens de terminer le tournage d’un film qui s’appelle : « La fête sauvage », avec Bastien Bouillon. Je participe à un tournage américain, « The maid of Orleans », de Sarah Elizabeth Mintz, avec le merveilleux acteur Mike Faist. Nous avons tous les deux tourné avec Luca Guadagnino. Et puis bientôt, je vais créer un opéra à Londres avec l’orchestre de la BBC et le grand compositeur allemand Jörg Widmann.