« On est le futur » : plus de 21 000 manifestants pour soutenir la colère des lycéens en Bretagne
Des lycéens en colère, tout en retenue. C’est plutôt dans la joie que les quelque 21 000 manifestants ont marché ce mardi en Bretagne, très majoritairement dans le calme. Tout le monde souffle, probablement les autorités les premières, mais également les parents - surtout les mères - qui sont venus épauler leurs enfants dans les cortèges. Ici et là, à Brest, à Rennes comme à Lorient, des « daronnes en colère » investissent la rue auprès de leurs enfants.
Les adultes s’interposent
« Il y a eu plus de 5 000 arrestations depuis le début du mouvement, c’est comme ça que le gouvernement entend cette jeunesse ? », se demandent Maïwenn et Jeanne, toutes deux mères, à Brest, sur la place de la Liberté, « J’en ai marre que les conversations à table ce soit de parler de la manière de se protéger lors de leur mobilisation. » À Rennes aussi, sûrement ailleurs, certaines mères pensent à cette main arrachée par une grenade policière, à Lens, lundi.
La présence de ces adultes en nombre, notamment certains vêtus d’un brassard blanc au bras, et la venue de syndicalistes, a peut-être participé à contenir des flambées de violence. À Rennes, par exemple, des syndicalistes de FO et de la CGT se sont interposés entre les dispositifs de maintien de l’ordre et les lycéens, à République. C’est souvent là, aux portes du vieux Rennes, que les affrontements éclatent - les manifestations y sont proscrites depuis le mouvement de la loi Travail en 2016. Les tensions n’ont pas pu être évitées, quelques ballons de peinture ont été jetés côté manifestant, le gaz lacrymogène et la lance à eau ont également été dégainés côté policier. La violence a été contenue.
« Battles d’aura »
Mais les lycéens ont également été les principaux artisans de ces manifestations sans débordements, avec un goût assez poussé pour l’absurde. Ces jeunes manifestants aiment venir déguisés : avec une tête de canard ; un déguisement intégral de requin gonflable ou bien de dinosaure ; un casque de chevalier. C’est notamment à Lannion, devant le lycée Félix-Le-Dantec, qu’on a pu assister à des « battles d’aura », nouvelle tendance chez les jeunes, sorte de duel de poses où les adversaires sont départagés à l’applaudimètre.
Au-delà de cette nouveauté un peu énigmatique, revient en force un grand classique des mobilisations, un temps laissé de côté, par lassitude peut-être : la pancarte. Les manifestants ont fait preuve d’une grande inventivité et leur profusion laisse à penser qu’il y a beaucoup de choses à dire. Mais si les revendications d’amélioration des conditions d’enseignement avaient la part belle ces derniers jours, les critiques sur le maintien de l’ordre tendent à saturer l’espace d’expression.
Reste encore quelques-unes pour les aspirations des élèves, comme celle-ci à Quimper, qui s’accorde bien avec la tonalité de cet acte III breton : « Un violent désir de bonheur. »