Revue de presse

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« J’ai peur pour mon gamin » : à Rennes, quand parents et enseignants s'interposent entre lycéens et CRS

Le Télégramme · 06/10/2026 · ← revue

C’est l’une des images fortes de la journée de mobilisation lycéenne en Bretagne. Il est 12 h 30 ce mardi 6 octobre 2026, place de la République à Rennes. Alors que les lycéens et les CRS se toisent dans un face-à-face tendu, une enseignante d’une cinquantaine d’années se place entre les deux camps, à quelques centimètres des forces de l’ordre. Une bouteille en verre éclate à quelques centimètres d’elle mais elle ne bouge pas. Dans sa main, cette pancarte : « On ne répond pas à la colère par la violence ».

Parmi les 9 500 manifestants mobilisés à Rennes selon les chiffres de la préfecture, des lycéens, des étudiants, en nombre, mais aussi des enseignants, des parents d’élèves et des syndicats. Avec un mot d’ordre largement partagé : protéger les élèves et calmer le jeu entre les manifestants et les forces de l’ordre. « On est d’accord avec leurs revendications et on est aussi tous choqué par ce que l’on a vu de la répression policière en marge des blocages, raconte Alain Hélard, professeur au lycée Joliot-Curie, au nord de Rennes. On porte donc un brassard blanc pour être identifiables et faire un cordon de protection face aux CRS. »

« C’est la mission qu’on s’est donnée partout en France »

De fait, dans le cortège rennais, les services d’ordre des syndicats CGT, FO et Sud Solidaires, aidés de parents et enseignants, ont systématiquement fait barrage à chaque passage des lycéens devant les forces de sécurité chargés d’encadrer la manifestation. « C’est la mission qu’on s’est donnée aujourd’hui partout en France, pointe Mathieu Cocq, secrétaire départemental de la CGT en Ille-et-Vilaine. C’est la raison pour laquelle on n’est pas devant, c’est le mouvement des lycéens. Notre seul but est que personne ne soit estropié aujourd’hui. »

Critiqué à l’Assemblée nationale sur la répression du mouvement lycéen, le Premier ministre Sébastien Lecornu a rappelé, ce mardi, que « des instructions de proportionnalité ont été données aux forces de l’ordre ». Selon lui, « ce qui déclenche le maintien de l’ordre, c’est l’existence de violences urbaines ». À Nantes, un lycée a été en partie brûlé par des manifestants le 1er octobre. La veille à Rennes, l'accueil, la cantine et l’infirmerie du lycée Coëtlogon ont été saccagés et les pompiers pris à partie lors d’un blocage. Le chef du gouvernement a par ailleurs indiqué qu’environ 715 membres des forces de l’ordre, 215 élèves et 85 personnels éducatifs ont été blessés depuis le début du mouvement de blocus des lycées.

Mais pour les enseignants, parents d’élèves et syndicats présents mardi, ce sont surtout les images, vues dans les cortèges ou sur les réseaux sociaux, de lycéens blessés qui ont marqué les esprits, comme les 6 000 interpellations depuis le début du mouvement. D’où leur présence ce mardi.

« Ça nous donne une légitimité »

« Je ne supporte pas que l’on s’en prenne à nos enfants », s’indigne Peggy. Masque sur le nez, elle garde un œil sur son fils, en tête de cortège. « Il participe à l’ensemble des blocus depuis le début et a été témoin d’agissements disproportionnés de la part de forces de l’ordre ». Un peu plus loin, Charlotte, mère d’un lycéen de Bréquigny, s’inquiète : « J’ai peur pour mon gamin. J’ai toujours été en manif avec mon fils, en poussette. Et là, ils peuvent se faire arracher une main alors qu’ils se battent pour leur futur. » Un peu plus loin, Julien, lui, défile juste derrière sa fille Lucie, en seconde à Redon. « On est là pour légitimer le mouvement des lycéens. Ils sont méprisés par les autorités et les médias. »

Un « cordon de sécurité » apprécié des lycéens. « Je trouve ça important, salue Soren, lycéen à Châteaubriand. Si des adultes, des professeurs, nous suivent, ça nous donne de la confiance. On se rend compte qu’on n’est pas juste des lulus. Ça nous donne une légitimité ».