1,3 million de Bretons exposés : votre commune est-elle concernée par ce phénomène qui fissure les maisons ? [Carte]
La Bretagne, une oasis préservée du dérèglement climatique ? L’été cauchemardesque de 2026, qui a vu Rennes figurer parmi les villes les plus chaudes au monde, a tordu le cou à cette idée reçue. Non, la pluvieuse contrée n’échappera pas aux conséquences du réchauffement planétaire. Parmi celles-ci, un fléau encore peu connu : le retrait-gonflement des argiles (RGA). Bien moins spectaculaire que des feux de forêt ou des inondations, cette catastrophe naturelle est pourtant celle dont le coût est le plus lourd. Une addition qui ne cessera pas de grossir dans les prochaines décennies.
La faute au nombre important de maisons individuelles exposées à ce risque, intimement lié à la nature du terrain. Les sols argileux fonctionnent comme des éponges : ils se rétractent en période de sécheresse puis gonflent au retour des pluies. Un mouvement qui peut fragiliser les bâtiments jusqu’à les fissurer, voire les rendre inhabitables, dans les situations les plus graves. Les pavillons, plus légers que les immeubles, sont particulièrement exposés. On en compte 12 millions dans ce cas en France.
La carte des zones à risque en Bretagne
La Bretagne fait partie des moins concernées, selon le Bureau de recherches géologiques et minières. Ce service de l’État a récemment revu sa carte des risques, qui fait référence. Dans la région, 66 000 maisons sont construites sur une zone à aléa moyen ou fort. La part s’établit à 9 % dans le Morbihan, à 5,4 % dans les Côtes-d’Armor, et à 5,1 % en Ille-et-Vilaine. C’est dans ce dernier département que se situent les secteurs les plus exposés (les points rouges sur la carte). Dans le sud de Rennes, notamment, la commune de Pont-Péan compte une centaine de maisons sinistrées. Le Finistère, quant à lui, affiche… 0 %. Rassurant ? Pas si vite.
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Certes, deux tiers des Bretons vivent dans une zone à risque nul*. Mais ils sont tout de même 1,3 million à être exposés au RGA, d’après le calcul de l’Observatoire de l’environnement en Bretagne. L’écrasante majorité d’entre eux vit dans un secteur « à aléa faible ». Les sinistres y sont possibles, surtout dans les habitations avec des défauts de construction ou des facteurs aggravants, comme la présence de racines proches des fondations. Ainsi, après la sécheresse historique de 2022, des communes bretonnes pourtant classées à risque faible ont obtenu une reconnaissance de catastrophe naturelle.
Une facture qui pourrait être multipliée par deux
Signe que ces secteurs, jusqu’ici épargnés, ne sont plus à l’abri. « Le phénomène se développe à une vitesse folle, dépassant toutes les prévisions », s’alarme Lamine Ighil-Ameur, chercheur au Cerema. Selon ce spécialiste du retrait-gonflement des argiles, l’intensification des sécheresses provoque le retrait de couches plus profondes et atteint désormais des sols qui n’étaient pas touchés jusqu’ici. « Le réchauffement climatique va accentuer le risque, ce qui impose de prendre le sujet très au sérieux, de limiter les dégâts quand cela est possible et de miser sur la prévention. »
Les prévisions ne sont guère plus rassurantes du côté de la Caisse centrale de réassurance, l’organisme national qui garantit le dédommagement des catastrophes naturelles. En Bretagne, le coût total des indemnisations pourrait être multiplié par 2 à 3 si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent à un niveau élevé. Déjà, à l’échelle nationale, le retrait-gonflement des argiles est devenu depuis une dizaine d'annéesla première catastrophe naturelle en termes de coût, dépassant les inondations. Depuis dix ans, la facture annuelle dépasse régulièrement le milliard d’euros, avec un record à près de 4 milliards en 2022. Un montant qui devrait largement être dépassé pour 2026.
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* Dans les zones à risque nul, le BRGM prévient cependant que des poches d’argiles isolées peuvent ne pas avoir été détectées
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